Téhéran annonce des arrestations, mais l’indignation demeure

Mardi, le président Hassan Rohani a réaffirmé que son pays devait «punir» tous les responsables du drame.
Photo: Bureau de la présidence iranienne via Associated Press Mardi, le président Hassan Rohani a réaffirmé que son pays devait «punir» tous les responsables du drame.

Téhéran a annoncé mardi des arrestations dans le cadre de l’enquête sur l’avion civil ukrainien abattu en Iran, où des manifestations ont eu lieu pour un quatrième jour d’affilée dans le sillage de l’indignation provoquée par ce drame.

Dans l’après-midi, quelque 200 étudiants, pour la plupart masqués, se sont livrés à un face-à-face tendu avec des bassidji (volontaires musulmans loyalistes). Les bassidji criaient « mort au Royaume-Uni » et brûlaient l’effigie en carton de l’ambassadeur britannique Rob Macaire, brièvement arrêté samedi et accusé par Téhéran d’avoir participé à une manifestation interdite, ce qu’il dément.

Maintenus à distance par les forces de l’ordre, les deux groupes ont fini par se disperser.

Selon de nouvelles images, impossibles à authentifier immédiatement, d’autres manifestations ont eu lieu mardi soir, dans des universités à Téhéran et des affrontements pourraient avoir eu lieu entre des étudiants et des bassidji.

Le dispositif policier a par ailleurs été nettement réduit mardi à Téhéran. Internet était de son côté fortement perturbé, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Selon le bilan divulgué mardi par l’Autorité judiciaire, une trentaine de personnes ont été arrêtées entre samedi et lundi.

Un groupe de journalistes réformateurs de Téhéran a publié un communiqué dénonçant le manque de liberté de la presse et des médias officiels.

« Nous assistons aux funérailles de la confiance du public », dénonce le texte dont s’est fait écho l’agence officielle Irna.

« À l’heure où vous devez venir pour présenter des excuses et des explications, vous restez muets ! Pourquoi nous couvrez-vous de honte devant le public  ? », a tweeté Elmira Sharifi, un des visages de l’information à la télévision d’État.

Deux missiles

Le Boeing de la compagnie ukrainienne International Airlines abattu en Iran le 8 janvier aurait été atteint par deux missiles tirés depuis une base militaire près de Téhéran, selon de nouvelles images vidéo publiées mardi par le New York Times. L’hypothèse initiale n’incluait qu’un missile.

Ces images sont « vérifiées », souligne le quotidien américain. Elles expliquent « pourquoi le transpondeur de l’appareil a cessé de fonctionner quelques secondes avant d’avoir été atteint par un second missile », et que l’appareil a réussi à changer de trajectoire pour revenir vers l’aéroport avant de s’écraser.

Elles ont été prises selon le journal par une caméra de vidéosurveillance installée sur le toit d’un immeuble près du village de Bid Kaneh, à 6 km d’une base militaire iranienne.

Après avoir réfuté l’hypothèse d’un écrasement causé par un missile, les forces armées iraniennes avaient finalement reconnu samedi leur responsabilité dans le drame, en évoquant une « erreur humaine ». Les 176 personnes à bord, en majorité des Iraniens et des Canadiens, sont décédées.

L’Autorité judiciaire a par ailleurs annoncé mardi des arrestations (en nombre non précisé) dans le cadre de la « vaste enquête » menée pour déterminer les responsabilités après l’écrasement.

Le président Hassan Rohani a réaffirmé que son pays devait « punir » tous les responsables du drame. « Il est très important […] que quiconque ait été fautif ou négligent » soit poursuivi, a-t-il dit.

M. Rohani a demandé la formation d’un « tribunal spécial avec des juges de haut rang et des dizaines d’experts ». « Le monde entier va regarder », a-t-il averti.

L’Iran a déjà invité des experts du Canada, de France, d’Ukraine et des États-Unis à participer à l’enquête.

« Conséquences »

Sur un autre dossier, les pays européens parties à l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien — France, Royaume-Uni, Allemagne — ont déclenché mardi le mécanisme de règlement des différends prévu dans le texte afin de contraindre Téhéran à revenir au respect de ses engagements.

Les Européens ont dit ne pas se joindre pour autant à « la campagne » de « pression maximale contre l’Iran », mais Téhéran, qui s’est affranchi de plusieurs de ses engagements depuis plusieurs mois (en riposte au retrait américain de l’accord) les a mis en garde contre les « conséquences » de leur décision.

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, chargé de superviser ce mécanisme, a appelé tous les signataires, dont Téhéran, à préserver l’accord, « impossible » à remplacer.

La catastrophe aérienne du 8 janvier est survenue en plein pic des tensions entre Téhéran et Washington, après l’élimination de Qassem Soleimani, un important général iranien tué par un tir de drone américain le 3 janvier à Bagdad.

Frappes en Irak

En Irak, des roquettes sont tombées mardi près d’une base abritant des troupes américaines au nord de Bagdad, blessant deux Irakiens, a indiqué l’armée irakienne, après plusieurs attaques similaires ces derniers jours.

L’armée n’a pas indiqué, dans son communiqué, combien de roquettes Katioucha avaient été tirées sur la base de Taji. Deux Irakiens ont été blessés dans l’attaque, ont indiqué des sources médicales et policières à l’AFP.

Depuis fin octobre, des dizaines de roquettes ont été tirées sur des bases irakiennes abritant des soldats américains, tuant le 27 décembre un sous-traitant américain.

Les États-Unis ont accusé des factions armées irakiennes pro-Iran d’être à l’origine de ces tirs. En représailles, les États-Unis ont bombardé le 29 décembre des bases irakiennes à la frontière syrienne, tuant 25 combattants du Hachd al-Chaabi, une coalition de paramilitaires pro-Iran intégrée aux troupes irakiennes.