La colère reste vive en Iran

Une femme invectivant un policier antiémeute lors d’un rassemblement en l'honneur des victimes du vol d'Ukraine Airlines, à Téhéran, dimanche
Photo: Mona Hoobehfekr ISNA Via AFP Une femme invectivant un policier antiémeute lors d’un rassemblement en l'honneur des victimes du vol d'Ukraine Airlines, à Téhéran, dimanche

Des manifestations contre le régime iranien ont sévi tout le week-end à Téhéran et se sont étendues, dimanche, à d’autres villes d’Iran, pour protester contre l’abattage accidentel de l’avion d’Ukraine International Airlines par un missile iranien, qui a fait 176 morts, dont de nombreux Canadiens.

Le gouvernement de Téhéran a déployé la brigade antiémeute dans les rues de la ville dimanche en soirée pour contrer ces manifestations qui ont été désapprouvées par le régime. La police a de nouveau fait usage de gaz lacrymogènes contre les manifestants, selon The Guardian.

Plus tôt ce week-end, l’ambassadeur britannique à Téhéran, Rob Macaire, avait d’ailleurs été interpellé par le régime pour avoir participé à une célébration à la mémoire des disparus dans la catastrophe aérienne. Et dimanche, des manifestants prorégime ont brûlé un drapeau britannique et un drapeau israélien devant l’ambassade du Royaume-Uni à Téhéran.

Selon Vahid Yusecoy, doctorant en sciences politiques à l’Université de Montréal, et spécialiste des politiques iranienne et turque, des informations ont circulé sur les réseaux sociaux iraniens selon lesquelles le gouvernement aurait négligé d’interrompre le trafic aérien le 8 janvier en espérant qu’un avion serait abattu par des roquettes américaines.« Ils ont mis des civils en danger et cela a créé beaucoup de colère, dit M. Yusecoy. Cela fait des années qu’il y a beaucoup de colère parmi les Iraniens. Cela a commencé dans les campus », poursuit-il.

Dans la journée de dimanche, le président américain, Donald Trump, a envoyé un message sur Twitter, exhortant, comme il l’avait fait la veille, le gouvernement iranien à ne pas tirer sur les manifestants. « Ne tuez pas vos manifestants, a-t-il écrit. Il a aussi écrit en farsi, langue des Iraniens : « Le gouvernement iranien doit permettre aux groupes de défense des droits de la personne de surveiller et de rapporter les faits sur le terrain concernant les protestations continues du peuple iranien. »

M. Yusecoy rappelle qu’en novembre, la répression de manifestations contre le régime, entre autres liées à la hausse du prix de l’essence, a fait au moins 300 morts selon Amnesty International, et jusqu’à 1000, selon des sources américaines. M. Yusecoy relève qu’au cours de ces manifestations, il n’y avait pas de slogans contre les États-Unis, même si ces derniers maintiennent un embargo économique contre l’Iran.

Téhéran avait alors a coupé Internet durant sept jours à cause des manifestations, une mesure à laquelle il n’a pas encore eu recours cette fois-ci.

Tensions chroniques

La tension, chronique, entre ces deux pays ennemis a connu un brusque accès le 3 janvier avec l’élimination d’un important général iranien, Qassem Soleimani, à Bagdad, suivie le 8 janvier de représailles iraniennes à coup de missiles contre des cibles militaires américaines en Irak. Quelques heures plus tard, l’avion ukrainien était abattu après son décollage de Téhéran.

Dans ce climat hypertendu, l’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, dont le pays est allié des États-Unis, mais entretient de bonnes relations avec l’Iran, a rencontré à Téhéran le président iranien, Hassan Rohani, et M. Khamenei.

« Nous sommes convenus […] que la seule solution à [la] crise passe par la désescalade et le dialogue », a dit l’émir.

La situation demande « plus que jamais un renforcement des relations entre États » de la région, a jugé M. Khamenei.

M. Rohani a rencontré également le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Shah Mehmood Qureshi, dont le pays a proposé les bons offices pour tenter de rapprocher l’Iran et l’Arabie saoudite, rival de Téhéran et grand allié des États-Unis.

À Washington, le chef du Pentagone, Mark Esper, a affirmé que Donald Trump était toujours prêt à discuter avec l’Iran « sans condition préalable ».

Pendant ce temps, huit roquettes se sont abattues dimanche sur une base aérienne irakienne abritant des soldats américains au nord de Bagdad, ont indiqué des sources militaires irakiennes, sans préciser l’origine des tirs. Quatre soldats irakiens auraient été blessés, selon l’armée irakienne. Les sources militaires irakiennes ont assuré qu’aucun soldat américain n’avait été touché.

La quasi-totalité des troupes américaines a déjà quitté cette base située dans la région de Balad, après une escalade entre les États-Unis et l’Iran sur le sol irakien.

« Il n’y a plus qu’une quinzaine de soldats américains et un seul avion à Balad », a assuré à l’AFP une source militaire irakienne.

Des responsables des services de sécurité irakiens avaient auparavant indiqué à l’AFP que 90 % des sous-traitants américains déployés sur la base avaient été évacués.

Commémorations

Des commémorations en hommage aux victimes de l’écrasement se sont tenues dimanche soir au pays.

À Montréal, la communauté iranienne a organisé une veillée en soirée précédée une manifestation durant l’après-midi à Montréal. « Les actions que nous faisons au Québec et au Canada sont toujours en lien avec ce qui se passe en Iran », disait l’une des organisatrices de l’événement, Razieh Razavynia.

Le premier ministre Justin Trudeau a déclaré qu’il était « déchirant » d’écouter les récits des proches des 57 Canadiens qui ont péri dans l’écrasement d’un avion de ligne ukrainien en Iran la semaine dernière. Alors qu’il participait à une cérémonie commémorative pour 13 victimes qui vivaient à Edmonton, dimanche, M. Trudeau a affirmé qu’il avait appris qui étaient ces personnes, ce qu’elles aimaient faire et quels étaient leurs espoirs pour l’avenir.

Il a raconté que plusieurs de ces victimes étaient venues au Canada à la recherche de nouvelles possibilités pour leur famille, mais que ces familles étaient maintenant accablées par le chagrin et l’indignation. Bien que la tragédie ait durement frappé la communauté irano-canadienne, M. Trudeau a affirmé que c’était une tragédie canadienne. « Lorsque le vol 752 a été abattu, les familles ont perdu ceux qu’ils aimaient et notre pays a perdu leur contribution. C’est une tragédie nationale et le pays entier est en deuil » a déclaré le premier ministre.

Avec La Presse canadienne et l’Agence France-Presse

Enquête en cours

Huit autres représentants canadiens se rendront en Iran lundi pour participer à l’enquête sur l’écrasement d’avion. Trois membres de l’Équipe permanente de déploiement rapide d’Affaires mondiales Canada sont arrivés samedi en Iran, où ils s’affairent à mettre en place une base d’opérations pour le gouvernement canadien. Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a déclaré dimanche que l’Iran avait approuvé des visas pour les autres membres de l’équipe, qui se trouvent actuellement à Ankara, en Turquie. Des visas ont également été délivrés pour deux experts du Bureau de la sécurité des transports, a indiqué M. Champagne sur Twitter. Les huit Canadiens devraient arriver en Iran lundi Selon Affaires mondiales Canada, ces représentants fourniraient une assistance consulaire aux familles des Canadiens, notamment pour identifier les victimes, rapatrier les corps et participer à l’enquête. La Presse canadienne
4 commentaires
  • Gilles St-Pierre - Abonné 13 janvier 2020 09 h 37

    Cessez donc ce théâtre médiatique

    Ce qu’il faut maintenant se demander, c’est que la vraie question n’est-elle pas dans toute cette saga, qui a vraiment intérêts à ce que les USA et ses alliés entre en guère avec l’Iran?  Sûrement pas l’Iran lui-même qui est en arrière plan, en plein processus de paix afin de faire tomber les lourdes sanctions internationales qui les affligent tant. Alors qui? Poser la question est pratiquement y répondre mais je vous la laisse en mille, de crainte que mon commentaire soit « censuré » car ces derniers ont la main longue mais devenus trop facile à reconnaître, puisqu’agir comme des couleuvres est devenu leur propre signature.
    Soyez assurés que si un président tel que l’un des Bush était au pouvoir, il n’aurait pas hésité et il n’aurait pas été nécessaire d’aller nous mentir à l’ONU pour faire encore ce sale boulot à leur place.
    Il est plus que temps de s’ouvrir enfin les yeux et de se rendre compte de qui déstabilise autant ce monde mais surtout, n’attendez pas qu’un article de journal ou un quelconque média vous le dévoile, ce serait suicidaire de leur part et ils l’ont bien compris.
    Allez, laissez-vous aller, oublier vos faux scrupules car le nom de ces responsables vous pend déjà au bout de la langue.

    • Michel Duval - Abonné 13 janvier 2020 11 h 23

      Vous avez parfaitement raison, notre soumission à la cause américaine est totale et enveloppée de ce bien penser prétentieux qui nous tient lieu de politique étrangère. Il est en outre inquiétant de voir que nos journalistes baignent dans la doctrine américaine et ne voient dans "l'ennemi" que ce qu'on en dit, sans même s'autocensurer, car ils parlent américain couramment.

  • Nicole D. Sévigny - Inscrite 13 janvier 2020 17 h 25

    ???????

    "...de l' abbatage accidentel"... sérieusement madame la journaliste ? Dans ce contexte-ci ?

  • Serge Lamarche - Abonné 13 janvier 2020 21 h 08

    Le droit de tuer des anglais

    Tout comme James Bond a le droit de tuer ou «licence to kill», les anglais de tous accabits ont ce droit. Depuis que les anglais sont anglais i.e. lorsque les Angles ont envahit l'ile Britannicus.
    Ils semblent le faire de manière plus intelligente que Daech par contre. Mieux que l'Iran aussi. Mieux que la Syrie. Les États-Unis maintenant sont les meilleurs tueurs de la terre et les mieux armés pour le faire. Ils se tirent dessus assez souvent au pays pour nous rappeler ce droit. Malgré que ce soit devenu illégal à un moment donné.