Des Algériens de Montréal solidaires

Des millions d’Algériens s’opposent fermement à la présidentielle que le pouvoir organise le 12 décembre pour élire un successeur à Abdelaziz Bouteflika. Sur la photo, un rassemblement, mardi, à Alger.
Photo: Ryad Kramdi Agence France-Presse Des millions d’Algériens s’opposent fermement à la présidentielle que le pouvoir organise le 12 décembre pour élire un successeur à Abdelaziz Bouteflika. Sur la photo, un rassemblement, mardi, à Alger.

L’Algérie est appelée aux urnes jeudi. L’élection devant élire un successeur au président déchu, Abdelaziz Bouteflika, divise la diaspora montréalaise, qui peut voter depuis le 7 décembre. Bon nombre de ressortissants reprennent en coeur l’appel au boycottage scandé par des millions d’Algériens dans leur pays d’origine.

« Ça fait six décennies que la mafia au pouvoir trafique les élections et désigne un président qui ne nous représente pas, élu soi-disant à 90 % des voix, s’insurge Zahia Mazouz, une Montréalaise née en Algérie. Cette fois-ci, on ne veut pas leur offrir ce plaisir. »

La dame se tenait aux côtés des quelques dizaines de manifestants postés mercredi devant le consulat algérien pour dénoncer le scrutin, cartons rouges et drapeaux à la main. Une mobilisation qui dure depuis samedi, au premier jour du vote par anticipation, ouvert à l’extérieur de l’Algérie seulement.

« Nous voulons des élections, mais pas dans ces conditions », dit de son côté Mehdi Khaldi, qui estime que la société civile a été « exclue » de ce scrutin. À ses yeux, l’élection présidentielle déjà deux fois reportée n’est qu’une manière pour le gouvernement de transition — où l’homme fort est toujours le chef de l’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah — de « régénérer le système à travers une nouvelle vitrine ». Pas question pour lui de voter pour l’un des cinq candidats en lice, tous des apparatchiks.

Les hommes dans la course sont Ali Benflis, Abdelmadjid Tebboune, Azzedine Mihoubi, Abdelaziz Belaïd et Abdelkader Bengrina. Ils ont tous à un moment ou à un autre apporté leur soutien à la présidence de Bouteflika.

Accrochages à Montréal

La mobilisation, qui s’est étirée de 7 h à 19 h, a déjà donné lieu à quelques accrochages entre électeurs et manifestants. « Des votants nous ont lancé des doigts et des insultes, mais on essaie de rester le plus calme possible », témoigne Leila Djouhri, une étudiante rencontrée parmi les protestataires. Lors du passage du Devoir, trois voitures de police étaient stationnées à proximité.

Cela étant, Mehdi Khaldi insiste : le but n’est pas d’empêcher quiconque de voter, mais « d’amorcer un dialogue ». « On veut savoir s’ils sont conscients qu’en votant, ils cautionnent cette élection, mais aussi la corruption et la dictature du régime », fait valoir cet analyste financier.

Nous voulons des élections, mais pas dans ces conditions

Un avis que ne partage pas Azzedine Chemini, qui travaille ces jours-ci comme « observateur » au consulat montréalais pour l’un des aspirants présidents, Ali Benflis. Ce dernier — favori dans la course aux côtés d’Abdelmadjid Tebboune — a notamment été premier ministre sous Bouteflika (2000-2003), puis son opposant en 2004 et en 2014. « Je suis ici pour regarder comment se passe le vote, s’il n’y a pas de fraude ou d’anomalie », explique M. Chemini.

S’il reconnaît le « droit absolu » de ses compatriotes à manifester, celui-ci doit être pratiqué « pacifiquement », mentionne-t-il, disant avoir été témoin de « dépassements », comme de l’intimidation, de la part des manifestants. Fouad Filali, lui aussi « observateur », mais pour Abdelaziz Belaïd, partage le même avis. L’homme de 56 ans, issu du Front de libération nationale (le parti du pouvoir), est le seul candidat à ne pas avoir été ministre.

Les deux observateurs précisent être tenus à limiter leurs échanges avec les électeurs, pour éviter toute « influence ».

Changements

« La loi électorale stipule que chaque candidat a la possibilité de déléguer un représentant pour assurer la surveillance du scrutin pendant toute la durée de l’élection », indique pour sa part Mohamed El Hadi Bennadji, délégué à Montréal de l’Autorité nationale indépendante des élections.

Cette instance n’a vu le jour qu’en septembre dernier lors de la révision de la loi électorale. Et pour la première fois, l’organisation et la tenue d’un scrutin — en Algérie comme ailleurs sur le globe — n’incombent plus au ministère de l’Intérieur.

Or, la diaspora algérienne vivant au Canada peut seulement voter au consulat de Montréal, qui dessert le Québec et les autres provinces à l’est, ou à l’ambassade d’Algérie à Ottawa, qui dessert tout l’ouest du pays. Et dans les deux cas, ils doivent s’y pointer en personne, le vote par la poste étant impossible.

« Pour l’instant, nous ne sommes pas autorisés à créer d’autres bureaux de vote à l’extérieur de l’enceinte de nos locaux diplomatiques ou consulaires », indique Mohamed El Hadi Bennadji. Interrogé sur le taux de participation jusqu’à présent, le délégué répond qu’il n’a pas le « mandat » pour dévoiler ces chiffres. Ils seront rendus publics en même temps que les résultats, dit-il.

Il y a actuellement 11 847 Algériens inscrits sur la liste électorale au consulat d’Algérie à Montréal.