L’Allemagne critique «l’égoïsme» américain le jour anniversaire de la chute du Mur de Berlin

<p>La chancelière allemande, Angela Merkel, a appelé samedi l’Europe à défendre ses valeurs fondamentales comme «la démocratie et la liberté» face aux contestations grandissantes.</p>
Photo: Markus Schreiber Associated Press

La chancelière allemande, Angela Merkel, a appelé samedi l’Europe à défendre ses valeurs fondamentales comme «la démocratie et la liberté» face aux contestations grandissantes.

Le président allemand a exhorté samedi les États-Unis de Donald Trump à faire preuve de « respect » à l’égard de leurs alliés et à tourner le dos à « l’égoïsme national », lors des cérémonies des 30 ans de la chute du Mur de Berlin.

Alors que ces festivités s’annonçaient comme consensuelles, Frank-Walter Steinmeier, dont le rôle est honorifique mais qui est considéré comme l’autorité morale du pays, a mis les pieds dans le plat en soulignant à cette occasion la dégradation des relations translantiques ces dernières années.

Devant la mythique Porte de Brandebourg, symbole jusqu’en 1989 de la « division de l’Allemagne », Frank-Walter Steinmeier a décrit dans un discours le rôle prépondérant des États-Unis, le « bras fort de l’Ouest », dans la fin du Rideau de fer il y a trois décennies.

« Nous, les Allemands, nous devons beaucoup à cette Amérique. À cette Amérique en tant que partenaire dans le respect mutuel, en tant que partenaire pour la démocratie et la liberté, contre l’égoïsme national. C’est ce que j’espère aussi à l’avenir », a asséné M. Steinmeier. Une allusion voilée, mais limpide, à l’administration actuelle à Washington.

Donald Trump, qui n’a pas fait de visite officielle en Allemagne depuis son élection en 2016 et projette de construire un mur entre son pays et le Mexique, a lui salué samedi en l’Allemagne « un des plus précieux alliés » des États-Unis.

Relation tendue avec les États-Unis de Trump

Mais du contentieux au sujet des dépenses militaires à celui concernant le commerce, les relations entre l’Allemagne et les États-Unis n’ont jamais été aussi tendues dans la période d’après-guerre que depuis l’élection de Donald Trump.

Au-delà, l’actuel chef de l’État américain a critiqué à plusieurs reprises l’Union européenne.

Le président français Emmanuel Macron s’est ainsi lui aussi cette semaine inquiété que « pour la première fois, nous avons un président américain [Donald Trump] qui ne partage pas l’idée du projet européen ».

Le président allemand a aussi délivré des messages à la Nation allemande lors de cette célébration, dans un enthousiasme mesuré, de la fin du « rideau de fer ».

Montée de l’extrême droite

M. Steinmeier a déploré que « de nouveaux murs [aient] été construits dans tout le pays : des murs de frustration, des murs de colère et de haine ».

L’Allemagne est en effet loin d’afficher le même optimisme qu’il y a 30 ans.

La fracture politique et économique entre l’Est et l’Ouest du pays, plus riche, reste d’une brûlante actualité, en particulier avec le succès de l’extrême droite de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) dans l’ex-RDA communiste, où de nombreux habitants se sentent traités comme des citoyens de seconde classe.

Les coups de pioche dans cet édifice de béton de plus de 150 km de long avaient marqué la fin d’un monde coupé en deux et fait à l’époque espérer une longue ère de détente et d’unité, voire la « fin de l’Histoire ».

Ces espoirs se sont aujourd’hui dissipés, avec un parfum de résurgence de la Guerre froide entre Occidentaux d’une part, Russie et Chinois de l’autre.

Frictions

Même entre les anciens alliés à l’Ouest, les sujets de friction se multiplient. Emmanuel Macron a jeté un pavé dans la mare diplomatique en diagnostiquant que l’OTAN était « en état de mort cérébrale », s’attirant une réplique inhabituellement acide de Mme Merkel, contestant la vision « radicale » de M. Macron.

Les deux dirigeants se retrouveront dimanche soir à Berlin pour un dîner informel en présence d’acteurs de la chute du Mur.

La chancelière allemande a elle aussi appelé samedi l’Europe à défendre ses valeurs fondamentales comme « la démocratie et la liberté » face aux contestations grandissantes.

Certains pays d’Europe de l’Est comme la Hongrie ou la Pologne, pourtant pionniers dans la contestation de la dictature communiste dans les années 1980, se voient aujourd’hui accusés par l’Union européenne de ne pas respecter pleinement l’État de droit.

Sur une note plus joyeuse, des supporteurs du club berlinois de football berlinois Hertha ont eux symboliquement abattu un « Mur » de carton dressé sur la pelouse avant le coup d’envoi d’une rencontre de championnat face à Leipzig.