L’offensive turque se fait dans les règles, juge la Maison-Blanche

Des Kurdes ont manifesté en Irak pour rappeler le rôle de la milice kurde en Syrie dans le combat contre l’EI.
Photo: Safin Hamed Agence France-Presse Des Kurdes ont manifesté en Irak pour rappeler le rôle de la milice kurde en Syrie dans le combat contre l’EI.

L’offensive d’Ankara contre une milice kurde dans le nord-est de la Syrie a provoqué jeudi la fuite de milliers de civils face à l’avancée des forces turques et suscite un tollé international.

Les États-Unis, dont le président Donald Trump avait donné un feu vert de facto à l’opération turque en annonçant le retrait de soldats américains stationnés à la frontière entre la Turquie et la Syrie, ont estimé jeudi que l’offensive d’Ankara n’avait pas à ce stade franchi de ligne rouge.

Et M. Trump a chargé la diplomatie américaine de tenter d’arranger un cessez-le-feu entre la Turquie et les forces kurdes, selon un haut responsable américain.

A New York, à l’issue d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, les cinq pays européens y siégeant — France, Allemagne, Belgique, Angleterre, Pologne — ont réclamé l’arrêt de l’«action militaire unilatérale » de la Turquie.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a exprimé sa « profonde inquiétude ».

Depuis mercredi soir, Ankara a lancé la phase terrestre de son offensive et ses forces ont franchi la frontière, concentrant leurs opérations dans les secteurs frontaliers de Ras al-Aïn et de Tal Abyad, contrôlés par les forces kurdes.

Les forces turques ont conquis onze villages près de ces deux villes, d’après une ONG, l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), qui a rapporté aussi des raids aériens turcs.

Au moins 29 combattants des forces kurdes et 10 civils ont été tués par les frappes aériennes et les tirs d’artillerie de l’armée turque depuis mercredi, selon l’OSDH.

Et d’après les autorités turques, six civils ont été tués et plusieurs dizaines blessés par des roquettes kurdes tirées sur des villes frontalières en Turquie, comme Akçakale.

Côté syrien, l’offensive turque a suscité la fuite depuis mercredi de plus de 60 000 personnes, quittant les secteurs frontaliers, d’après l’OSDH.

D’après les médias turcs, la Turquie souhaite prendre le contrôle de la bande entre Ras al-Aïn et Tal Abyad, longue de 120 kilomètres et profonde d’une trentaine de kilomètres, afin d’éloigner ainsi de la frontière la principale milice kurde de Syrie, les Unités de protection du peuple (YPG). Partenaires des Occidentaux dans la lutte contre l’organisation État islamique (EI), les YPG sont considérées comme une organisation « terroriste » par Ankara.

La Turquie espère, via cette offensive, créer une « zone de sécurité » où pourront être installés une partie des 3,6 millions de réfugiés syriens vivant sur son territoire. Confronté à de vives critiques européennes, le président turc Recep Tayyip Erdogan a menacé d’ouvrir les portes de l’Europe à des millions de réfugiés.

Une ligne rouge

Le président Trump a espéré que son homologue turc agirait de manière « rationnelle » et « humaine », promettant d’«anéantir » l’économie de la Turquie en cas d’offensive « injuste ».

Interrogé jeudi sur la définition de la ligne rouge évoquée par Donald Trump, un haut responsable du département d’Etat a mentionné « un nettoyage ethnique » ou des « frappes aériennes ou terrestres aveugles contre la population civile ».

L’offensive a été condamnée par plusieurs pays occidentaux, qui craignent l’incertitude quant au sort des milliers de djihadistes prisonniers des FDS.

Quelque 12 000 combattants de l’EI, des Syriens, des Irakiens mais aussi 2500 à 3000 étrangers originaires de 54 pays, sont détenus dans les prisons des Kurdes, selon un haut responsable de l’administration semi-autonome, Abdel Karim Omar.

Or, les autorités kurdes ont affirmé que des bombardements turcs ont touché mercredi une prison abritant des djihadistes étrangers de l’EI.

« Ce risque d’aider Daech (acronyme arabe de l’EI, ndlr) à reconstruire son califat, c’est la responsabilité que prend la Turquie », a déclaré jeudi le président français, Emmanuel Macron, appelant Ankara « à mettre un terme le plus rapidement possible » à son offensive.