Nouvelle impasse politique en Israël

À Bnei Brak, des juifs ultra-orthodoxes attendent que leur rabbin enregistre son vote pour se rendre aux urnes à leur tour.
Photo: Oded Balilty Associated Press À Bnei Brak, des juifs ultra-orthodoxes attendent que leur rabbin enregistre son vote pour se rendre aux urnes à leur tour.

Le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, a plaidé mercredi pour la formation d’un « gouvernement sioniste fort » à l’issue des élections législatives israéliennes qui le placent au coude-à-coude avec son rival Benny Gantz, selon les sondages de sortie des urnes.

« Dans les prochains jours, nous entamerons des négociations en vue de l’établissement d’un gouvernement sioniste fort », a déclaré M. Nétanyahou, lors d’un discours en pleine nuit à Tel-Aviv.

« Nous allons négocier avec le plus grand nombre de partenaires pour éviter la formation d’un gouvernement antisioniste dangereux […]. Il n’y aura pas et il ne peut pas y avoir de gouvernement qui s’appuie sur des partis arabes antisionistes, des partis qui nient l’existence même d’Israël en tant qu’État juif et démocratique », a-t-il ajouté.

De son côté, Benny Gantz a appelé à la formation d’un gouvernement d’union.

« Nous agirons pour former un large gouvernement d’union qui exprimera la volonté du peuple […]. Nous avons entamé les négociations et je parlerai avec tout le monde », a déclaré M. Gantz, tête de liste de la formation Kahol Lavan (Bleu-blanc), à ses partisans réunis à Tel-Aviv, la métropole économique du pays.

« Ce soir commence l’entreprise de réparation de la société israélienne », a souligné M. Gantz, ancien chef d’état-major de l’armée reconverti à la politique. « L’unité et la réconciliation sont devant nous », a-t-il ajouté.

Selon les derniers sondages à la sortie des urnes, le Likoud de M. Nétanyahou obtiendrait entre 30 et 32 sièges sur les 120 de la Knesset, le Parlement israélien, contre environ 32 pour le parti Bleu-blanc de Benny Gantz.

En reportant les sièges de leurs alliés stratégiques ou potentiels, les deux partis obtiendraient environ 55 ou 56 sièges, et resteraient donc incapables d’atteindre le nombre magique de 61 sièges pour obtenir une majorité.

Ce calcul place toutefois les partis arabes israéliens du côté de M. Gantz qui a dit vouloir discuter « avec tout le monde ».

Le parti pour l’instant « non-aligné » d’Avigdor Lieberman, crédité de 8 ou 9 sièges, pourrait faire pencher la balance dans d’éventuels pourparlers. Le leader de la formation nationaliste laïque, Israel Beyteinou, a déjà plaidé plus tôt en soirée pour un gouvernement « d’union nationale », mais sans les partis juifs ultra-orthodoxes.

Survie politique

En avril dernier, le Likoud (droite) de M. Nétanyahou et la formation centriste Kahol Lavan, Bleu-blanc, de M. Gantz avaient chacun obtenu 35 sièges sur les 120 de la Knesset, le Parlement.

Le président israélien, Reuven Rivlin, avait mandaté Benjamin Nétanyahou pour former un gouvernement de coalition. Mais incapable d’y parvenir, M. Nétanyahou avait dissous le Parlement et provoqué un nouveau scrutin.

Les sondages pronostiquaient un nouveau duel coriace, où le jeu parfois subtil des alliances pourrait déterminer le sort du gouvernement.

Un agrégateur de sondages créditait les partis de 32 sièges chacun. Le score de leurs alliés potentiels, la droite et les partis religieux pour M. Nétanyahou, et la gauche et les partis arabes pour M. Gantz, allait être déterminant.

Tony Sachs, 64 ans, un électeur de Jérusalem, souhaitait, lui, une coalition entre les principaux rivaux.

« C’est vraiment important que le pays entier travaille ensemble. Nous devons faire preuve d’unité […] mais à cause des politicailleries et des ego je doute que cela se produise », a-t-il dit à l’AFP.

Ce nouveau scrutin est d’autant plus crucial pour M. Nétanyahou qu’il intervient un mois avant sa comparution devant la justice pour des affaires de « corruption », « d’abus de confiance » et de « malversations ».

Le premier ministre est notamment soupçonné d’avoir tenté de s’assurer une couverture favorable de la part du site d’informations Walla, en contrepartie de faveurs gouvernementales qui pourraient avoir rapporté des centaines de millions de dollars à Bezeq, principal groupe de télécommunications israélien, dont le p.-d.g. était propriétaire de Walla.

Pour l’heure, M. Nétanyahou n’est ni inculpé ni donc condamné, mais une victoire pourrait permettre à ses alliés de lui allouer une immunité. S’il était réélu, puis inculpé, M. Nétanyahou deviendrait le premier chef de gouvernement en exercice à connaître une telle avanie dans l’histoire d’Israël.

Face à « Bibi », l’ancien général Benny Gantz, libéral sur les enjeux de société comme le mariage civil mais « faucon » sur les questions sécuritaires, joue la carte de la « probité », et pourrait miser sur une alliance de partis laïcs — de gauche et arabe — face au bloc de droite de Nétanyahou et de ses alliés de partis juifs ultra-orthodoxes.

Quelque 6,4 millions d’électeurs sont conviés dans les 10 700 bureaux de vote.