Erdogan et Poutine inquiets des combats à Idleb, en Syrie

Des casques blancs fouillent des décombres dans la province d’Idleb.
Photo: Abdulaziz Ketaz Agence France-Presse Des casques blancs fouillent des décombres dans la province d’Idleb.

Le président russe, Vladimir Poutine, et son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, ont dit mardi partager « de graves inquiétudes » concernant la région syrienne d’Idleb, où les combats font rage, M. Erdogan prévenant qu’Ankara réagira si ses soldats y sont mis en danger.

Réunis à Moscou, les deux dirigeants ont dit vouloir travailler ensemble pour apaiser la situation dans cette région frontalière de la Turquie, une des dernières à ne pas être contrôlée par le régime de Damas.

Après plusieurs mois d’intenses bombardements par les aviations russe et syrienne, les soldats du président syrien, Bachar al-Assad, y ont lancé début août une offensive au sol, reprenant plusieurs localités d’importance.

Mardi, au moins 60 combattants ont péri dans les affrontements entre les forces du régime d’un côté et les djihadistes et les rebelles de l’autre dans la province d’Idleb, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

La majeure partie de cette province ainsi que des secteurs adjacents des provinces d’Alep et de Lattaquié restent dominés par les djihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (HTS, ex-branche syrienne d’Al-Qaïda). Des groupes rebelles proturcs y sont aussi présents.

Soutenus par l’aviation russe, les groupes favorables au régime ont repris ces derniers jours plusieurs localités du sud de la province d’Idleb, poursuivant leur offensive au sol lancée le 8 août. Ils ont en outre repris la grande majorité de la province de Hama, également voisine de celle d’Idleb, à l’exception de quelques villages dansle Nord.

À Hama, ils encerclent surtout un poste d’observation de l’armée turque, qui dispose depuis près de deux ans de douze installations de ce genre à Idleb et Hama. Selon l’OSDH, qui s’appuie sur un vaste réseau de sources dans la Syrie en guerre, 29 combattants prorégime ainsi que 31 rebelles et djihadistes ont péri dans cette zone. En outre, 10 civils ont été tués dans les raids aériens du régime dans la même province, a indiqué l’ONG.

Ces combats pourraient augmenter les tensions entre Téhéran et Moscou d’un côté, qui soutiennent Bachar al-Assad, et Ankara de l’autre, qui appuie les rebelles.

« La situation dans la zone de désescalade d’Idleb soulève de graves inquiétudes et chez nous, et chez nos partenaires turcs », a déclaré mardi M. Poutine au cours d’une conférence de presse avec M. Erdogan diffusée à la télévision publique russe.

Disant « comprendre » les inquiétudes d’Ankara pour la sécurité à sa frontière, M. Poutine a ajouté avoir évoqué avec M. Erdogan « des mesures communes supplémentaires » pour « normaliser » la situation, sans donner plus de détails.

La région d’Idleb est censée être protégée par un accord sur une « zone démilitarisée », dévoilé en septembre 2018 par la Turquie et la Russie pour séparer les zones gouvernementales des territoires aux mains des djihadistes et des insurgés, mais cet accord n’a pas empêché l’offensive syrienne.

« La situation s’est tellement compliquée qu’à l’heure actuelle, nos militaires se trouvent en danger. Nous ne voulons pas que cela continue. Nous allons prendre toutes les mesures nécessaires », a prévenu Recep Tayyip Erdogan, selon des propos traduits en russe, ajoutant en avoir « discuté » avec Vladimir Poutine.

Un sommet prévu le 16 septembre

La rencontre entre les deux dirigeants intervient à deux semaines du sommet d’Ankara, prévu le 16 septembre, qui réunira les acteurs internationaux les plus engagés dans le conflit syrien : M. Erdogan, M. Poutine et le président iranien, Hassan Rohani.

Selon M. Erdogan, ce sommet doit « contribuer à la paix dans la région ».

Si les deux leaders ont assuré vouloir préserver l’intégrité territoriale de la Syrie, Vladimir Poutine a toutefois déclaré qu’il était « nécessaire » de combattre les djihadistes présents dans la région d’Idleb, dominée par HTS.

« Les terroristes continuent de bombarder les positions des troupes gouvernementales, essaient d’attaquer des cibles militaires russes », a ajouté le président russe.

Après la reprise de la ville clé de Khan Cheikhoun dans le sud de la province d’Idleb, le régime vise la région de Maaret al-Noomane, plus au nord, selon l’OSDH. Ces deux villes sont situées sur une autoroute reliant la capitale Damas à la grande ville du Nord, Alep, toutes deux tenues par le pouvoir de Bachar al-Assad.

Depuis fin avril, les bombardements du régime syrien et de son allié russe ont tué environ 900 civils dans la région d’Idleb, selon l’ONG. Et plus de 400 000 personnes ont été déplacées, d’après l’ONU.

Déclenchée en 2011 par la répression, par le pouvoir, de manifestations prodémocratie, la guerre en Syrie a fait plus de 370 000 morts.