Rencontre surprise avec l’Iran en marge du G7

Le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif
Photo: Stian Lysberg Solum Agence France-Presse Le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif

Coup de théâtre au G7 de Biarritz, en France, sur le front du nucléaire iranien, le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, a été reçu par des Européens dimanche en marge du sommet, où le président français, Emmanuel Macron, tentait de convaincre son homologue américain, Donald Trump, de jouer la désescalade avec Téhéran.

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a été écarté de toute rencontre avec M. Zarif, le Canada ne jouant pas un rôle clé dans les négociations qui se déroulent actuellement en marge du G7, a indiqué une source canadienne de haut rang. M. Trudeau a toutefois participé aux discussions tendues concernant l’Iran lors d’une réunion des dirigeants du G7 qui s’est déroulée samedi soir. Il a également discuté du sujet lors d’une rencontre bilatérale avec la chef du gouvernement allemand, Angela Merkel. Ils se sont accordés sur l’importance de l’accord et d’une désescalade, selon un compte-rendu transmis par le cabinet de M. Trudeau.

Mohammad Javad Zarif a rencontré Emmanuel Macron et son homologue français, Jean-Yves Le Drian, ainsi que des représentants de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne, signataires de l’accord sur le nucléaire iranien. « Le chemin est difficile », mais cela « vaut la peine d’essayer », a tweeté le chef de la diplomatie iranienne, resté quelques heures à Biarritz, à l’issue de ces entretiens. Les discussions ont été « positives », a déclaré la présidence française, précisant que le ministre, sous le coup de sanctions américaines, était venu à Biarritz « en accord » avec les États-Unis et que M. Macron en avait informé M. Trump. Ce dernier, interrogé sur la venue de l’émissaire iranien, s’est contenté d’un « no comment ».

 
Photo: Compte twitter officiel de Javad Zarif La présidence française a déclaré, dimanche, que les discussions au sommet du G7 à Biarritz entre les dirigeants français et le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, étaient «positives».

Les Iraniens ont cessé en juillet de respecter certains engagements de l’accord de Vienne encadrant leur programme nucléaire, en réaction à la sortie en mai 2018 des États-Unis du texte et à la réintroduction de lourdes sanctions américaines. Les Européens, Paris en tête, essaient depuis de convaincre Washington d’alléger les sanctions sur le pétrole iranien en échange d’un retour de Téhéran à ses engagements et de l’ouverture de négociations sur son programme balistique. Mais leur marge de manoeuvre reste limitée face à un président américain déterminé à exercer une pression maximale, même s’il dit en même temps être prêt à discuter avec Téhéran.

Après un dîner samedi présenté comme positif sur l’Iran par plusieurs participants, Emmanuel Macron a ainsi cru pouvoir annoncer dimanche l’accord des Sept — Donald Trump compris — pour parler à Téhéran d’une même voix. « Nous nous sommes mis d’accord sur ce qu’on va dire sur l’Iran », a assuré Emmanuel Macron sur la chaîne de télévision LCI / TF1. « Nous avons acté d’une communication commune et d’une décision d’action qui permet de réconcilier un peu les positions ». « Je n’ai pas discuté de cela », a répliqué deux heures plus tard Donald Trump.

Pour les Européens, la pression seule ne suffit pas alors que l’économie iranienne est asphyxiée par les sanctions. « Trump veut un accord, on travaille sur les conditions pour y arriver », assurait une source diplomatique européenne.

Chine

Le président américain a exclu toute désescalade dans sa guerre commerciale avec la Chine malgré les appels pressants des autres membres du G7 qui s’inquiètent des répercussions sur l’économie mondiale. Il « regrette [juste] de ne pas avoir relevé plus encore les droits de douane », a ironisé sa porte-parole Stephanie Grisham, alors que le président avait semblé d’abord regretter d’être allé aussi loin.

Brexit

Sur un autre sujet qui fâche, le Brexit, Donald Trump a épaulé ostensiblement le nouveau premier ministre britannique, Boris Johnson, dans son bras de fer avec les Européens. « C’est l’homme qu’il faut pour faire le travail », a-t-il lancé lors de leur première rencontre dimanche, autour d’un déjeuner, lui promettant un « très grand accord commercial » dès que Londres aura quitté l’UE. Avec une accolade chaleureuse à son ami américain, Boris Johnson a aussi affirmé que les deux pays allaient conclure un « fantastique accord commercial une fois les obstacles écartés ».

Amazonie

Sur l’urgence du moment, les feux de forêt qui ravagent l’Amazonie, les pays du G7 sont d’accord pour « aider le plus vite possible les pays qui sont frappés », a déclaré Emmanuel Macron. « Nous sommes en train de travailler à un mécanisme de mobilisation internationale pour pouvoir aider de manière plus efficace ces pays », a-t-il dit. La chancelière allemande, Angela Merkel, a précisé que l’aide des Européens serait coordonnée à Bruxelles.

Vénézuela

Le chef de file de l’opposition vénézuélienne Juan Guaido a envoyé une lettre aux dirigeants du G7 pour leur demander d’évoquer la crise qui secoue son pays lors du sommet, a indiqué dimanche le Parlement contrôlé par l’opposition à Nicolas Maduro. Dans cette lettre, M. Guaido prie le G7 de «coordonner une action commune qui permettra [de prendre] des sanctions exemplaires contre tous ceux qui violent les droits humains et de mettre fin aux souffrances du peuple vénézuélien», selon des extraits diffusés par la Commission des Affaires étrangères.

Russie

Les sept dirigeants se sont aussi entendus pour « renforcer le dialogue et la coordination » sur les crises actuelles avec la Russie, tout en estimant qu’il était « trop tôt » pour la réintégrer dans un G8, selon une source diplomatique. La Russie a été exclue du G8 en 2014 après l’invasion de la Crimée. Donald Trump est plutôt favorable à son retour, à contre-courant de ses pairs.

Sécurité

Sur le front du terrorisme, Angela Merkel et Emmanuel Macron ont appelé à « élargir » et à « renforcer » financièrement la coalition internationale aidant les pays du Sahel à lutter contre les groupes djihadistes.

Les dirigeants du G7 sont réunis jusqu’à lundi dans la station balnéaire de Biarritz, loin de toute foule estivale, une partie de la ville ayant été évacuée. À quelques dizaines de kilomètres, les opposants au G7 n’entendent pas désarmer après avoir tenu un contre-sommet samedi. Plusieurs centaines de manifestants ont participé dimanche à Bayonne à « une marche des portraits » d’Emmanuel Macron qui ont été décrochés dans les mairies, le qualifiant de « président de la République des pollueurs ».
 

Avec La Presse canadienne