Ouverture du G7 à Biarritz sur fond de tension

Donald Trump à Biarritz
Photo: Nicholas Kamm Agence France-Presse Donald Trump à Biarritz

Les dirigeants européens ont harponné Donald Trump dès son arrivée samedi au sommet du G7 en France, l’avertissant que les guerres commerciales ruineraient l’économie mondiale et qu’ils ne le laisseraient pas s’en prendre au vin français.
 

Le président français Emmanuel Macron, hôte du sommet qui s’ouvre dans la soirée à Biarritz, a averti lors d’une brève allocution télévisée, que « les tensions commerciales sont mauvaises pour tout le monde ».

Plus inattendu, le nouveau premier ministre britannique Boris Johnson a aussi taclé le président américain avec qui il ambitionne pourtant de conclure un grand accord commercial une fois le Brexit acté.

« Je suis très inquiet […]. Ce n’est pas une manière de faire », a-t-il déclaré en pointant la guerre des droits de douane entre Pékin et Washington.

« Les guerres commerciales conduiront à la récession, alors que les accords commerciaux propulsent l’économie », a martelé le président du Conseil européen Donald Tusk alors que Donald Trump atterrissait en France à la mi-journée.

Le président américain a rejoint dès son arrivée son homologue français pour un déjeuner en tête-à-tête à l’ombre d’une élégante terrasse, improvisé selon l’Eysée.

Pendant deux heures, son hôte français a tenté de déminer les principaux points de friction, expliquant longuement à Donald Trump ses positions tant sur l’Iran que sur la taxation des géants du numérique ou la lutte contre les feux en Amazonie.

« Il y a des éléments de convergence » entre eux sur tous ces sujets, a assuré l’entourage du président français après le déjeuner. « Il a créé les conditions pour un bon niveau de convergence au sein du groupe (G7) en obtenant des clarifications de Donald Trump », « accords et désaccords compris ».

« Viens de sortir de déjeuner avec le président français @EmmanuelMacron », « de nombreuses bonnes choses arrivent pour nos deux pays. Grand week-end avec d’autres dirigeants du monde », a sobrement tweeté l’imprévisible leader américain.

Il avait adopté un tout autre ton avant d’arriver à Biarritz, menaçant la France de représailles pour sa décision de taxer les géants du numérique, pour beaucoup américains.

« S’ils le font, nous imposerons des droits de douane sur leurs vins », « des droits de douane comme ils n’en ont jamais vus », avait-il averti.

L’Union européenne a promis de riposter. « Si les États-Unis imposent des taxes, alors l’Union européenne répondra sur le même plan », a déclaré Donald Tusk.

Le président américain a aussi une nouvelle fois soufflé sur les braises de la guerre commerciale qui oppose les États-Unis à la Chine, plombant l’économie mondiale.

Après l’annonce par Pékin de nouveaux droits de douane, il a décrété que la totalité des 550 milliards de dollars de produits chinois importés aux États-Unis seraient frappés de taxes encore plus lourdes d’ici à la fin de l’année.

L’Union européenne n’a pas tardé à riposter. « Si les États-Unis imposent des taxes, alors l’Union européenne répondra sur le même plan », a averti Donald Tusk.

Le président américain a aussi une nouvelle fois soufflé sur les braises de la guerre commerciale qui oppose les États-Unis à la Chine et qui plombe l’économie mondiale.

Après l’annonce vendredi par Pékin de nouveaux droits de douane, il a décrété que la totalité des 550 milliards de dollars de produits chinois importés aux États-Unis seraient frappés de taxes encore plus lourdes d’ici à la fin de l’année.

« Les États-Unis subiront les conséquences de leurs actes », n’a pas manqué de répondre samedi un porte-parole du ministère chinois du Commerce.

Côté ambiance, Emmanuel Macron a soigné au millimètre la chorégraphie du sommet qui lui permet de peaufiner son image de leader de l’Europe face à une Angela Merkel en bout de course et un Royaume-Uni « sortant ».

Pendant trois jours, les sept dirigeants les plus influents du monde occidental vont multiplier les échanges informels dans le somptueux décor de Biarritz, ancien rendez-vous des têtes couronnées, avec en toile de fond un Atlantique bleu azur.

Anticipant d’inévitables divisions, Emmanuel Macron a renoncé à l’exercice du communiqué final, souvent péniblement négocié, pour des échanges francs et directs.

Autour de spécialités du Pays Basque, les sept dirigeants se pencheront dès le dîner d’ouverture sur l’urgence du moment, l’embrasement de l’Amazonie, l’un des poumons verts de la Terre.

« Nous devons répondre à l’appel de l’océan et à l’appel de la forêt qui brûle aujourd’hui en Amazonie de manière très concrète », a lancé Emmanuel Macron, qui a aussi fait du climat un des enjeux du sommet.

Les discussions pourraient être houleuses alors qu’il a accusé le président brésilien Jair Bolsonaro, dont les positions climatosceptiques sont proches de celles de Donald Trump, d’avoir « menti » sur ses engagements sur le climat et d’« inaction » face à ces incendies.

Le président du Conseil européen, Donald Tusk a reconnu qu’il serait « difficile d’imaginer » que l’UE puisse ratifier l’accord de libre-échange avec le Mercosur tant que le Brésil « permettra la destruction » de l’Amazonie.

Emmanuel Macron entend aussi mettre sur la table une autre pomme de discorde avec Donald Trump, l’accord sur le nucléaire iranien, que les Européens tentent de sauver malgré le torpillage américain.

Autre rendez-vous très attendu, le premier tête-à-tête prévu dimanche matin entre Donald Trump et Boris Johnson, dont le président américain loue les qualités et les positions, notamment sur le Brexit.

Tout juste arrivé en France, Boris Johnson a réitéré sa position : l’UE doit « laisser tomber » le dispositif pour la frontière irlandaise (backstop), si elle veut éviter une sortie sans accord du Royaume-Uni de l’UE.

Emmanuel Macron essaiera aussi d’obtenir des avancées dans la lutte contre les inégalités ou sur l’éducation en Afrique, en élargissant le cercle du G7 à des acteurs comme l’Inde et l’Australie.

Pendant ce temps, l’opposition au G7 continue de se mobiliser hors de Biarritz, devenue un véritable camp retranché inaccessible aux touristes comme aux manifestants avec plus de 13 000 forces de l’ordre en présence.

Plusieurs milliers « d’anti » — anticapitalistes et altermondialistes — ont pacifiquement défilé dans la matinée d’Hendaye à la ville frontière espagnole d’Irun, démentant les craintes de débordement des autorités après la mobilisation sociale des « gilets jaunes » cet hiver en France.