L’Amazonie s’invite au sommet du G7

Des manifestants d’Oxfam personnifient les chefs de gouvernement des pays du G7, vendredi, à Biarritz
Photo: Peter Dejong Associated Press Des manifestants d’Oxfam personnifient les chefs de gouvernement des pays du G7, vendredi, à Biarritz

Les changements climatiques seront vraisemblablement au coeur du sommet, qui s’ouvre samedi en France.

Le sommet du G7 s’ouvre ce samedi à Biarritz, en France. Et les changements climatiques seront vraisemblablement au coeur des échanges entre les dirigeants, au moment où l’Amazonie — le « poumon de la planète » — continue d’être la proie des flammes.

Les feux de forêt qui s’y sont multipliés ces derniers jours ont vivement fait réagir citoyens, personnalités et politiciens. Ils ont été nombreux à exiger sur les réseaux sociaux une mobilisation des puissances étrangères.

Le président français et hôte cette année du G7, Emmanuel Macron, a depuis annoncé qu’il comptait faire de la plus vaste forêt tropicale du globe une « priorité » du sommet. Un souhait qu’avait aussi exprimé la chancelière allemande, Angela Merkel.

Le nouveau premier ministre britannique, Boris Johnson, a estimé de son côté que les incendies touchant non seulement le Brésil, mais aussi la Bolivie et le Paraguay, constituaient une « crise internationale ». Il a appelé à des « initiatives concrètes » à l’issue de la rencontre.

« Comme c’est souvent le cas lors des sommets du G7, il y a l’agenda qui était préparé des mois à l’avance par le pays hôte, et puis il y a les sujets de l’actualité qui s’invitent dans la rencontre », explique Frédéric Mérand, directeur du Centre d’études et de recherches internationales (CERIUM).

La lutte contre les inégalités devait être l’objectif de ce sommet, avait d’abord statué Paris, en écho au combat que le pays veut livrer à l’évasion fiscale et à la crise sociale des gilets jaunes. « Je ne suis pas certain qu’on va beaucoup en parler », avance toutefois M. Mérand.

Tirs croisés

Le président français n’a pas mâché ses mots jeudi à l’endroit de son homologue brésilien, Jair Bolsonaro, qu’il a accusé d’avoir « menti » sur ses engagements climatiques, ayant failli à protéger l’Amazonie. En guise de représailles, M. Macron a fait savoir qu’il s’opposait désormais à l’accord conclu en juin entre l’Union européenne et le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay).

L’Irlande compte aussi s’opposer au traité commercial, à moins que le gouvernement brésilien ne mette rapidement un terme à la déforestation industrielle, cause principale des feux ravageant présentement la forêt amazonienne.

Visiblement irrité, Jair Bolsonaro a pour sa part dénoncé la « mentalité colonialiste » de M. Macron. « Le feu le plus ardent est celui de notre souveraineté sur l’Amazonie », a d’ailleurs écrit le président d’extrême droite sur Twitter.

Celui-ci avait causé la polémique en taxant des ONG d’être à l’origine des incendies, dans le but, a-t-il dit, de nuire à son gouvernement. Sous pression depuis, il a décidé vendredi d’envoyer l’armée pour lutter contre les feux.

L’imprévisible Trump

Si une déclaration commune des dirigeants du sommet sur l’urgence d’agir pour préserver l’Amazonie est possible, il n’est pas dit que Donald Trump s’y joindra, fait remarquer Patrick Leblond, professeur d’affaires publiques et internationales à l’Université d’Ottawa. Le président américain a plusieurs fois réitéré son scepticisme quant aux changements climatiques, en plus de s’être posé en allié de M. Bolsonaro, notamment lors du passage de ce dernier à Washington, en mars.

Il n’en demeure pas moins que le bouleversement du climat s’invite de plus en plus au G7, note pour sa part Frédéric Mérand, du CERIUM. « Mais jusqu’à maintenant, c’était toujours : “Nous allons avancer ensemble pour faire la promotion de solutions globales au changement climatique”. Avec l’arrivée de Donald Trump aux États-Unis, c’est devenu beaucoup plus compliqué. Vous avez maintenant un président américain qui est carrément hostile à toutes les propositions », dit-il.

Le changement de ton risque également de marquer les échanges sur l’état actuel de l’économie mondiale, autre sujet important de ce prochain G7, ajoute Frédéric Mérand. La guerre commerciale que se livrent les États-Unis et la Chine a plongé les marchés dans l’incertitude, alimentant les craintes d’une prochaine récession.

« C’est une situation tout à fait différente des dernières années, où on était dans un climat plutôt d’euphorie ou en tout cas de stabilité économique, dit celui qui est aussi professeur de science politique à l’Université de Montréal. Alors que là, il y a beaucoup d’indicateurs qui sont au rouge. »

Menaces

La guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis s’est d’ailleurs envenimée vendredi. En matinée, Pékin a annoncé qu’elle comptait imposer de nouveaux droits de douane sur 75 milliards de dollars d’importations américaines.

Furieux, le président Trump a répliqué sur Twitter que son gouvernement relevait à partir du 1er octobre les tarifs douaniers de 25 % à 30 % sur 250 milliards de dollars de marchandises chinoises. Et dès la fin du mois, les 300 milliards d’importations restantes en provenance de Chine seront taxées à hauteur de 15 % au lieu de 10 %.

« La réunion du G7 va probablement se dérouler dans un climat de confrontation entre les États-Unis et les six autres membres », prédit quant à lui l’économiste Pierre Fortin. Ceux-ci — l’Allemagne, le Canada, la France, l’Italie, le Japon et le Royaume-Uni — sont « carrément opposés » au protectionnisme brandi par Trump, dit-il. Et d’ajouter : « ils craignent énormément qu’il y ait une expansion de la guerre commerciale de la Chine à l’Europe. »

Pierre Fortin ne serait pas surpris que le président américain menace à nouveau les pays européens de leur imposer des tarifs douaniers. Selon lui, le président n’a pas digéré la décision de la France en juillet d’imposer à hauteur de 3 % de leurs chiffres d’affaires les géants du Web. « Trump n’a pas caché qu’il était très hostile à la taxe sur les GAFA, et qu’il avait l’intention d’adopter des mesures de rétorsion », renchérit Frédéric Mérand du CERIUM.

M. Mérand estime en outre que ce G7 pourrait réserver son lot de surprises. Exception faite de Donald Trump, il cite en exemple le nouveau premier ministre britannique, Boris Johnson. « Il est le grand point d’interrogation, note-t-il. Va-t-il plutôt suivre la lignée traditionnelle du camp européen, ou au contraire profiter de l’occasion pour afficher sa différence et se rapprocher du président américain ? »

Une rencontre Trump-Trudeau

Des responsables de la Maison-Blanche ont indiqué que le premier ministre Justin Trudeau aura un tête-à-tête avec le président Donald Trump cette fin de semaine, en marge du sommet du G7 en France. Parmi les sujets de discussion : les tensions actuelles à Hong Kong, où les manifestations prodémocratie s’intensifient depuis des semaines. La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a exprimé son soutien au droit de manifester pacifiquement à Hong Kong. Elle a été réprimandée par la Chine, qui est déjà furieuse contre le Canada pour avoir arrêté la directrice financière du géant technologique Huawei, Meng Wanzhou. Celle-ci attend son extradition vers les États-Unis pour faire face à des allégations de fraude en violation des sanctions imposées à l’Iran. Pékin a répliqué, en arrêtant notamment deux Canadiens, Michael Kovrig et Michael Spavor.