Salve d’actions contre le glyphosate

Un agriculteur français pulvérise un herbicide à base de glyphosate sur ses terres.
Photo: Jean-François Monnier Agence France-Presse­ Un agriculteur français pulvérise un herbicide à base de glyphosate sur ses terres.

Les actions en justice continuent de s’accumuler aux États-Unis contre l’herbicide au glyphosate Roundup de la filiale Monsanto, propriété du groupe chimique allemand Bayer. Le nombre de requêtes déposées devant les tribunaux s’élève désormais à 18 400, selon des données dévoilées mardi par l’entreprise, soit une augmentation de 5000 depuis avril dernier.

Le rachat de Monsanto en juin 2018 fait figure de mariage difficile pour Bayer, qui doit depuis composer avec une avalanche de procédures dont les coûts sont difficiles à évaluer.

Le groupe a déjà été condamné par trois fois à indemniser un ancien jardinier, un retraité et un couple atteints d’un cancer. Dans cette dernière cause, dont l’issue a été connue en mai, un jury de la Californie a accordé deux milliards de dollars américains aux requérants, estimant que l’usage répété du glyphosate avait pu provoquer leur lymphome non hodgkinien.

Le « comportement répréhensible » de Monsanto avait également été dénoncé par le jury, qui l’avait accusé de vouloir « entraver, décourager ou déformer l’investigation scientifique », alors que des études menées en interne suggéraient que le glyphosate pourrait causer des cancers.

Bayer ouverte à un règlement

Les montants dus par le groupe dans chacun des trois dossiers ont toutefois été fortement réduits par le deuxième examen d’un juge. Ils sont passés respectivement de 289 à 78 millions de dollars, de 80 à 25 millions de dollars et de plus de 2 milliards à 86,7 millions de dollars.

Mais cette réduction des indemnisations n’est pas suffisante pour l’allemande Bayer, qui conteste le lien entre le cancer et le glyphosate. L’entreprise compte faire appel pour être lavée de toute responsabilité. À l’appui, le groupe brandit des centaines d’études favorables et l’aval de plusieurs régulateurs dans le monde pour l’utilisation du produit.

En conférence téléphonique avec des représentants des médias, mardi, le président-directeur général de Bayer, Werner Baumann, a martelé que les milliers d’actions en justice n’avaient aucun mérite. « Nous pensons que nous finirons par gagner dans ce litige, sur la base des acquis scientifiques, et nous restons déterminés à nous défendre vigoureusement », a-t-il indiqué, selon ce que rapporte l’Agence France-Presse.

Cité dans différents médias, il a néanmoins dit envisager un règlement à l’amiable, mais seulement s’il est financièrement raisonnable. Selon Bloomberg, le patron de Bayer n’a toutefois pas voulu chiffrer ce qu’il entend par montant raisonnable. Le groupe allemand a également promis de « s’engager activement » dans la médiation décidée fin mai par un juge californien et confiée à l’avocat Kenneth Roy Feinberg.

Le fleuve est loin d’être tranquille pour le groupe depuis le rachat de Monsanto. Les actionnaires avaient causé la surprise fin avril lors d’un vote contre la stratégie de la direction, face à la multiplication des procédures judiciaires contre le Roundup et la chute de son titre en Bourse de 40 % en moins d’un an.

Encadrement réclamé au Québec

Signe que l’enjeu préoccupe, des frondes judiciaires contre le glyphosate commencent également à apparaître au Canada depuis quelques mois. Deux demandes d’action collective ont été déposées en mai, dont une au Québec par une ex-agricultrice qui attribue son lymphome non hodgkinien à l’herbicide Roundup et qui se chiffre à plusieurs millions de dollars. La firme Dussault Lemay Beauchesne, à l’origine de la démarche, n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue.

Pour la chef des projets scientifiques de la Fondation David Suzuki, les procédures juridiques contre le glyphosate ont leur pertinence, même s’il n’est pas possible dans une cour de prouver hors de tout doute qu’il y a un lien entre le cancer et le glyphosate.

« Ce n’est pas parce qu’un juge ou un jury décide que c’est causé par ça, pour plein de bonnes raisons, que c’est scientifique. Cela étant dit, il y a un bon nombre de preuves scientifiques accablantes et il y a eu de la dissimulation d’information », souligne Louise Hénault-Ethier en entrevue au Devoir.

Elle ajoute que Québec devrait « tout faire en son pouvoir » pour drastiquement réduire l’utilisation du Roundup et plafonner ses ventes et son usage, en fonction des connaissances scientifiques et des risques sur la santé humaine.

Cela passe notamment par l’interdiction des usages non essentiels et pour lesquels des solutions de rechange existent. Le désherbage des routes, des rails de chemin de fer et des résidences sont notamment dans sa ligne de mire.

La chef des projets scientifiques admet toutefois que la situation se corse quand on parle d’agriculture. « Pour les usages agricoles, c’est tellement utilisé que, si, aujourd’hui, on interdisait l’utilisation du glyphosate, on se retrouverait avec des problèmes de substitution. Donc les agriculteurs se tourneraient vers l’usage de substances plus dangereuses », craint Louise Hénault-Ethier. Elle pense néanmoins qu’il est possible de réduire l’utilisation dans ce secteur.

Avec l’Agence France-Presse