Vive polémique après les propos de Trump sur le Cachemire

En recevant lundi le dirigeant pakistanais Imran Khan (sur la photo) à Washington, Donald Trump a déclaré que que le premier ministre indien Narendra Modi lui a offert de servir d’arbitre pour régler la crise au Cachemire.
Photo: Nicholas Kamm Agence France-Presse En recevant lundi le dirigeant pakistanais Imran Khan (sur la photo) à Washington, Donald Trump a déclaré que que le premier ministre indien Narendra Modi lui a offert de servir d’arbitre pour régler la crise au Cachemire.

Le Parlement indien était agité mardi par les propos de Donald Trump affirmant que le premier ministre Narendra Modi lui a demandé de servir de médiateur entre l’Inde et le Pakistan sur la question du Cachemire, ce que New Delhi nie fermement.

Les responsables de l’opposition ont demandé au chef de gouvernement nationaliste hindou de venir clarifier en personne la situation, le président américain ayant laissé entendre par là une inflexion significative de la politique étrangère indienne sur le Cachemire.

En recevant lundi le dirigeant pakistanais Imran Khan à Washington, Donald Trump a déclaré que Narendra Modi lui a offert de servir d’arbitre pour régler le contentieux du Cachemire, pomme de discorde du sous-continent depuis la Partition de 1947, et a proposé ses services.

Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse Le premier ministre indien, Narendra Modi

« Si c’est vrai, le premier ministre Modi a trahi les intérêts de l’Inde », a accusé dans un tweet Rahul Gandhi, qui a récemment démissionné de la présidence du Parti du Congrès après la cuisante défaite électorale de sa formation.

Tensions de longue date

Région himalayenne revendiquée à la fois par l’Inde et le Pakistan, le Cachemire est divisé de fait entre les deux puissances nucléaires d’Asie du Sud et est source de tensions depuis sept décennies. New Delhi soutient de longue date que le Cachemire est une question purement bilatérale qui n’a pas vocation à faire l’objet d’une intervention internationale.

Lançant des slogans, des membres du Parti du Congrès et du Parti communiste d’Inde (CPI) ont demandé mardi au gouvernement de préciser sa position sur le Cachemire et ont forcé l’ajournement de la Rajya Sabha, la Chambre haute du Parlement bicaméral.

« C’est une question grave. La position affichée de l’Inde depuis toujours est que [le Cachemire] est un problème bilatéral entre l’Inde et le Pakistan. Y a-t-il un quelconque changement ? » a demandé D. Raja, secrétaire général du CPI.

Ayant rapidement démenti les propos de Donald Trump dans la nuit, le gouvernement indien a réitéré mardi sa position devant les parlementaires.

« Je veux assurer catégoriquement l’assemblée qu’aucune requête de ce type n’a été formulée par le premier ministre au président américain », a déclaré le ministre des Affaires étrangères, S. Jaishankar, avant que le tapage ne couvre sa voix.

Une insurrection séparatiste fait rage depuis trente ans au Cachemire indien et a coûté la vie à plus de 70 000 personnes, principalement des civils. Armées indienne et pakistanaise échangent aussi presque chaque jour des tirs de mortiers par-dessus la ligne de cessez-le-feu, qui forme une frontière de fait.

Un élu démocrate de la Chambre des représentants américaine a qualifié les propos de Donald Trump de « dignes d’un amateur » et de « faute embarrassante ».

« Quiconque connaît un tant soit peu la politique étrangère en Asie du Sud sait que l’Inde s’oppose constamment à une intervention tierce sur le Cachemire », a écrit sur Twitter le parlementaire Brad Sherman.

« L’Afghanistan aurait disparu »

Pour sa part, le président afghan, Ashraf Ghani, a demandé mardi des « éclaircissements » aux États-Unis après que Donald Trump a déclaré qu’il pourrait très aisément gagner la guerre en Afghanistan, mais qu’il ne voulait pas « tuer 10 millions de personnes ».

Le dirigeant américain a fait ces commentaires lors de la même rencontre avec le premier ministre pakistanais, Imran Khan.

« Si j’avais voulu gagner la guerre, l’Afghanistan aurait disparu de la surface de la Terre, a notamment affirmé M. Trump. Cela aurait été fini en littéralement dix jours. Je ne veux juste pas tuer dix millions de personnes. »

Ses commentaires, qui ont coïncidé avec le départ pour Kaboul de Zalmay Khalilzad, l’envoyé spécial pour la paix en Afghanistan, en amont d’une nouvelle session de pourparlers avec les talibans, ont suscité colère et indignation dans le pays.

Traumatisés par des décennies de conflit, les Afghans s’inquiètent d’un retrait précipité des forces américaines et craignent qu’il ne provoque le retour au pouvoir des talibans (qui contrôlent ou exercent une influence sur déjà près de la moitié de leur pays), voire une nouvelle guerre civile.

« Le gouvernement de la République islamique d’Afghanistan demande des éclaircissements sur les déclarations du président américain », a fait savoir le bureau du président Ghani dans un communiqué.