L’UE tente de convaincre l’Iran de faire marche arrière

«L’accord n’est pas encore mort», a affirmé le chef de la diplomatie britannique, Jeremy Hunt, à son arrivée pour une réunion avec ses homologues de l’Union européenne.
Photo: Francisco Seco Associated Press «L’accord n’est pas encore mort», a affirmé le chef de la diplomatie britannique, Jeremy Hunt, à son arrivée pour une réunion avec ses homologues de l’Union européenne.

Les Européens sont décidés à jouer leur va-tout pour sauver l’accord sur le nucléaire avec l’Iran, mais l’impossibilité de contourner les sanctions américaines leur laisse peu de chances de répondre aux attentes de Téhéran, ont averti leurs ministres des Affaires étrangères réunis lundi à Bruxelles.

« L’accord n’est pas encore mort » et l’Union européenne (UE) veut donner à l’Iran « une possibilité de revenir sur ses mesures en contravention avec ses engagements », a affirmé le chef de la diplomatie britannique, Jeremy Hunt, à son arrivée pour une réunion avec ses homologues de l’Union.

« L’Iran a pris de mauvaises décisions en réaction à la mauvaise décision des États-Unis de se retirer de l’accord et d’imposer des sanctions dont la portée extraterritoriale touche de front les avantages économiques que le pays pouvait retirer de l’accord », a pour sa part soutenu le Français Jean-Yves Le Drian.

Les Européens déplorent la décision de Téhéran de produire désormais de l’uranium enrichi à au moins 4,5 %, un niveau prohibé par l’accord.

« Les mesures iraniennes sont réversibles, et nous appelons les autorités iraniennes à revenir sur leur décision », a plaidé la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, à l’issue de la réunion.

Mais les autorités iraniennes veulent des actes. Les Européens doivent faire « la preuve de leur volonté politique et de leur capacité » à permettre que l’Iran « bénéficie en pratique » de l’accord, a soutenu le porte-parole iranien des Affaires étrangères, Abbas Moussavi, dans un communiqué.

« Si les Européens et les Américains ne veulent pas agir conformément à leurs engagements, nous aussi, en réduisant nos engagements, nous contrebalancerons cela et reviendrons à la situation d’il y a quatre ans », a averti le porte-parole de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, Behrouz Kamalvandi.

Contourner les sanctions

Les Européens espèrent convaincre les Iraniens de leur volonté de les aider avec l’utilisation de l’Instex, un mécanisme de troc créé pour contourner les sanctions américaines en évitant d’utiliser le dollar.

Les achats iraniens en Europe seront compensés par des achats européens pour un montant équivalent en Iran.

« Les premières transactions sont en cours de réalisation », a annoncé Mme Mogherini. Dix pays de l’UE se sont engagés à utiliser cet instrument, et des pays « non membres de l’UE » vont également se joindre à cette initiative, a-t-elle annoncé.

Mais deux grands pays de l’UE, l’Italie et la Pologne, manquent pour crédibiliser cet instrument, a déploré un diplomate européen de haut rang.

L’extraterritorialité des sanctions américaines a abouti au retrait d’Iran des entreprises européennes, et le commerce s’est effondré, selon le résumé d’un diplomate européen.

L’Iran ne peut plus exporter son pétrole, et est ainsi privé de l’essentiel de ses revenus. Les exportations de pétrole sont tombées de 1,5 million à 700 000 barils par jour, ce qui est insuffisant pour maintenir une économie viable, souligne-t-on de source européenne.

Tensions à New York

Par ailleurs, le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, est attendu à l’ONU pour une réunion mercredi sur le développement durable, après avoir obtenu un visa conditionnel des États-Unis sur fond de tensions bilatérales.

Washington, qui a menacé récemment de prendre des sanctions contre le ministre iranien, lui a accordé un visa d’entrée aux États-Unis, mais assorti de limites sur sa capacité à se déplacer, selon le secrétaire d’État Mike Pompeo.

Déjà présent à New York lundi, M. Zarif donnait des entretiens à des médias américains, selon des tweets du porte-parole de la mission iranienne auprès de l’ONU.

Mohammad Javad Zarif peut se rendre au siège des Nations unies, situé dans l’est de Manhattan, mais il doit rester dans un périmètre restreint autour de ce lieu, incluant l’immeuble abritant la mission iranienne auprès de l’ONU.

« Les diplomates américains ne se promènent pas autour de Téhéran, nous ne voyons donc aucune raison à ce que les diplomates iraniens puissent se déplacer librement à New York », a déclaré Mike Pompeo au quotidien The Washington Post.

Selon lui, le chef de la diplomatie iranienne utilise les libertés d’accueil octroyées par les États-Unis afin « de diffuser une propagande malveillante ».