Une éminente chercheuse franco-iranienne détenue à Téhéran

Fariba Adelkhah lors du Salon du livre de Paris, en 2010
Photo: Georges Seguin CC Fariba Adelkhah lors du Salon du livre de Paris, en 2010

Une éminente anthropologue franco-iranienne, Fariba Adelkhah, associée à plusieurs réseaux scientifiques et spécialistes de l’islam chiite, est actuellement détenue en Iran dans un contexte de vives tensions internationales entre Téhéran et les pays occidentaux.

« Ce qui s’est passé me préoccupe beaucoup, nous en sommes informés depuis plusieurs jours », a commenté lundi devant la presse le président Emmanuel Macron au cours d’une visite en Serbie.

« J’ai exprimé mon désaccord et demandé des clarifications au président [iranien Hassan] Rohani. J’attends des retours et des clarifications « a-t-il poursuivi, regrettant qu'« aucune explication » n’ait été fournie « de manière valable ».

Le ministère français des Affaires étrangères a confirmé lundi l’arrestation de Mme Adelkhah, mais n’en a pas précisé la date. D’après le confrère et ami de la chercheuse, Jean-François Bayart, Mme Adelkhah est détenue depuis le 5 juin à la prison d’Evin, à Téhéran.

Selon M. Bayart, professeur à l’Institut des hautes études internationales et du développement à Genève, la chercheuse « a pu recevoir la visite de sa famille et n’est pas maltraitée » malgré la sinistre réputation de ce lieu de détention.

Les autorités françaises n’ont cependant pas pu entrer en contact avec elle malgré leurs demandes.

Sur le site Internet officiel du gouvernement iranien, un porte-parole, Ali Rabii, affirme pour sa part : « Je n’ai aucune information à ce sujet. J’ai entendu cette information mais je ne sais pas qui l’a arrêtée ni pour quelle raison ».

Chercheuse au Centre de recherches internationales de Sciences Po Paris, docteure en anthropologie de l’École des Hautes études en Sciences sociales de Paris, Fariba Adelkhah, 60 ans, collabore à plusieurs revues scientifiques comme Iranian Studies et La revue des mondes musulmans et de la Méditerranée. Elle est l’auteure de très nombreux ouvrages de référence et étudie en particulier les relations des clergés chiites d’Iran, d’Afghanistan et d’Irak, trois pays dans lesquels elle se rend régulièrement.

Selon Jean-François Bayart, Fariba Adelkhak devait regagner Paris le 25 juin.

« Quand elle n’est pas revenue, nous nous sommes mobilisés pour alerter le ministère des Affaires étrangères à Paris et l’ambassade de France à Téhéran », avec le Fonds d’analyse des sociétés politiques dont elle est membre fondatrice et le Réseau européen d’analyse des sociétés politiques.

« Les autorités nous ont demandé de la discrétion, ce que nous avons respecté et nous savons que des discussions politiques se sont nouées au plus haut niveau », a assurré le chercheur.

Farida Adelkhah est arrivée en 1977 en France pour ses études « et pas du tout comme immigrée politique », insiste M. Bayart, qui précise qu’elle « a toute sa famille en Iran ; elle a toujours refusé de condamner le régime de la République islamique, ce qui lui a valu d’être mal comprise de la diaspora et aussi de prendre des coups des deux côtés », insiste-t-il, saluant « une chercheuse libre, indépendante, extrêmement talentueuse, avec son franc-parler ».

Les autorités françaises n’ont cependant pas pu entrer en contact avec elle malgré leurs demandes.