L’ambassadeur britannique à Washington s’en va

Le représentant de Londres à Washington, Kim Darroch, s’est retrouvé malgré lui au centre d’une guerre de pouvoir après la publication dimanche d’une série de câbles diplomatiques confidentiels dans lesquels il qualifiait le gouvernement Trump de «dysfonctionnel», d’«imprévisible», de «maladroit» et d’«inepte».
Photo: Riccardo Savi / Getty Images for Capitol File Magazine / AFP Le représentant de Londres à Washington, Kim Darroch, s’est retrouvé malgré lui au centre d’une guerre de pouvoir après la publication dimanche d’une série de câbles diplomatiques confidentiels dans lesquels il qualifiait le gouvernement Trump de «dysfonctionnel», d’«imprévisible», de «maladroit» et d’«inepte».

Après la fuite malintentionnée, la démission. L’ambassadeur britannique aux États-Unis, Kim Darroch, a décidé de ne pas subir une journée de plus les injures de Donald Trump tout comme les silences méprisants de Boris Johnson, candidat à la succession de Theresa May, en remettant sa démission mercredi.

Le représentant de Londres à Washington s’est retrouvé malgré lui au centre d’une guerre de pouvoir après la publication dimanche d’une série de câbles diplomatiques confidentiels dans lesquels il qualifiait le gouvernement Trump de « dysfonctionnel », d’« imprévisible », de « maladroit » et d’« inepte ». Depuis lundi sur Twitter, le président s’en prend au gouvernement de Theresa May et à l’ambassadeur, parlant de lui comme d’un « idiot prétentieux » et décrétant qu’il ne veut plus de contact avec lui.

Mardi soir, lors du débat télévisé l’opposant à Jeremy Hunt, secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Boris Johnson, l’ex-chef de la diplomatie britannique, que les preneurs de paris donnent toujours gagnant dans la course pour devenir le prochain premier ministre britannique, a refusé d’accorder son appui à l’ambassadeur et à condamner la fuite de documents. Les courants pro-Brexit sont soupçonnés d’avoir orchestré ce dévoilement de documents secrets pour embarrasser M. Hunt, mais également pour se débarrasser du diplomate, qu’ils jugent un peu trop europhile à leur goût.

« Depuis la fuite de documents officiels provenant de [l’ambassade], il y a eu beaucoup de conjectures sur mon poste et sur la durée de mon mandat d’ambassadeur », a écrit M. Darroch dans une lettre adressée à Simon McDonald, chef des services diplomatiques britanniques. « Je veux mettre fin à celles-ci. La situation actuelle m’empêche de remplir mon rôle comme je le souhaiterais. »

Devant la Chambre des députés, Theresa May a déploré que l’enchaînement des événements dans les derniers jours ait incité l’ambassadeur à remettre sa démission. « Un bon gouvernement dépend de la capacité des fonctionnaires à donner des conseils francs et complets. Je veux que tous nos fonctionnaires aient la confiance nécessaire pour le faire », a-t-elle ajouté.

Le départ de Kim Darroch, diplomate d’envergure arrivé à Washington en 2016, avant l’élection de Donald Trump, vient certainement affaiblir les relations entre les deux pays, alors que Londres prépare le terrain pour négocier un accord commercial avec Washington dans l’éventualité d’une sortie de l’Union européenne, prévue le 31 octobre prochain. Les négociations s’annoncent difficiles avec le gouvernement Trump, particulièrement sur les questions des produits agricoles et sur les atteintes possibles aux services publics de santé.

« S’il devient premier ministre, que va faire Boris Johnson ? demande Alexander Macleod, professeur de science politique à l’UQAM. S’il opte pour Nigel Farage, le favori de Donald Trump, au poste d’ambassadeur, il va devenir la risée de tout le monde en plaçant un candidat complaisant envers le gouvernement américain. Et s’il ne nomme pas un haut gradé de la diplomatie traditionnel qui attend son tour pour occuper ce poste, il risque de porter atteinte au rapport de force entre les deux pays à un moment crucial. »

Le chef du parti du Brexit, Nigel Farage, a d’ailleurs applaudi à ce départ, estimant qu’il est « temps de nommer à ce poste un non-partisan du maintien [du Royaume-Uni] dans l’UE qui veut nouer un accord commercial avec l’Amérique ».

« Si le Royaume-Uni ne peut pas protéger les communications diplomatiques et que cela coûte leur carrière aux gens alors que tout ce qu’ils font, c’est exécuter les souhaits du gouvernement, nous allons voir la qualité de nos émissaires se dégrader, leur influence diminuer, et cela affaiblira notre pays », a affirmé pour sa part Tom Tugendhat, président de la Commission parlementaire des affaires étrangères.

Une enquête est toujours en cours afin de découvrir les responsables de cette fuite de câbles diplomatiques. « Nous poursuivrons le coupable avec tous les moyens à notre disposition », a déclaré mercredi le chef des services diplomatiques, Simon McDonald, devant la Commission des affaires étrangères, en qualifiant cette crise de « plus grande violation de confiance » dans l’histoire de ses services. « C’est quelque chose qui nous fera réfléchir à nos façons de travailler », a-t-il ajouté, en appelant les diplomates à « se montrer encore plus prudents sur la façon dont ils transmettent leurs informations les plus délicates ».

Avec l’Agence France-Presse