Libye: des centaines de migrants retenus dans un centre visé par un raid sanglant

44 migrants sont morts dans un raid aérien mardi soir contre leur centre à Tajoura, une banlieue à l’est de Tripoli.
Photo: Mahmud Turkia Agence France-Presse 44 migrants sont morts dans un raid aérien mardi soir contre leur centre à Tajoura, une banlieue à l’est de Tripoli.

Quelque 300 migrants restaient retenus jeudi dans un centre de détention près de la capitale libyenne, Tripoli, un site visé par un bombardement aérien qui a fait des dizaines de morts et provoqué un tollé international.

L’annonce de leur détention a été faite par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) au surlendemain d’une frappe contre leur centre de Tajoura, en pleine bataille entre forces rivales pour le contrôle de Tripoli.

En lutte pour le pouvoir dans un pays plongé dans le chaos depuis 2011, les forces du maréchal Khalifa Haftar cherchent depuis trois mois à conquérir Tripoli mais font face à une résistance des troupes du Gouvernement d’union nationale (GNA) reconnu par l’ONU et basé dans la capitale libyenne.

L’ONU a maintes fois exprimé son inquiétude quant au sort de milliers de migrants et réfugiés « en danger dans des centres de détention situés près de zones de combats ».

Le ministre de l’Intérieur, Fathi Bachagha, a affirmé dans un communiqué que le GNA envisageait « la fermeture des centres d’hébergement et la libération des migrants clandestins pour préserver leur vie et leur sécurité ».

Après la mort de 44 migrants dans un raid aérien mardi soir contre leur centre à Tajoura, une banlieue est de Tripoli, quelque 300 migrants y sont toujours détenus, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) qui cite des rescapés, les gardes du centre ont tiré sur des migrants qui essayaient de fuir le centre, sans faire de victimes. Mais le ministère de l’Intérieur du GNA a démenti cette allégation dans un communiqué, dénonçant des « rumeurs et fausses informations ».

Quelque 130 migrants ont été également blessés dans le raid attribué par le GNA aux forces du maréchal Khalifa Haftar, qui ont nié leur responsabilité.

Parmi les victimes figurent des migrants algériens, marocains, soudanais, somaliens et mauritaniens, ainsi que d’autres nationalités africaines, a indiqué à l’AFP Amin al-Hachmi, un porte-parole du ministère de la Santé du GNA.

« Les souffrances des migrants en Libye sont devenues intolérables. Il doit être clair pour tous que la Libye n’est pas un endroit sûr et que des milliers de vies sont toujours en danger », a déclaré le chef de mission de l’OIM en Libye, Othman Belbeisi, qui a appelé dans un communiqué à agir vite.

D’après l’ONU, les centres de détention en Libye comptent 5700 réfugiés et migrants, dont 3300 sont en position de vulnérabilité face à des combats dans et autour de Tripoli.

Malgré une insécurité persistante avec des luttes de pouvoir et des milices qui font la loi depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi après une révolte en 2011, la Libye reste un important point de transit pour les migrants en grande partie africains cherchant à joindre l’Europe.

Nouveau drame en Méditerranée

Par ailleurs, dans un nouveau drame en Méditerranée, plus de 80 migrants partis de la Libye sont portés disparus après le naufrage de leur embarcation au large de la Tunisie, a indiqué jeudi l’OIM.

« On a passé deux jours comme ça, accrochés au bois », raconte à l’AFP, encore sous le choc, Soleiman Coulibaly, un des trois survivants ayant passé deux jours accrochés à ce qu’il restait du bateau. Ce jeune Malien sauvé in extremis mercredi par un bateau tunisien peine à évoquer son calvaire et à reconstituer les faits.

« On était environ 80, des Guinéens, des Ivoiriens, des Maliens, des Burkinabé, raconte-t-il, la gorge nouée. Il y avait quatre femmes, une enceinte, une avec son bébé, et toutes sont restées dans l’eau. »

L’embarcation, un bateau pneumatique, était partie lundi à l’aube de la ville libyenne de Zouara, à 120 km à l’ouest de Tripoli, avec 86 personnes à bord, a indiqué à l’AFP un responsable de la Garde maritime tunisienne s’exprimant sous couvert de l’anonymat et se basant sur les déclarations d’un miraculé.

Les agences de l’ONU et organisations humanitaires rappellent régulièrement leur opposition à ce que les migrants arrêtés en mer soient ramenés en Libye en raison du chaos qui y sévit.

En Libye, mettant à profit l’indécision internationale, les deux camps rivaux restent persuadés de pouvoir l’emporter grâce à leurs soutiens : le maréchal Haftar, homme fort de l’Est, est soutenu notamment par les Émirats arabes unis et l’Égypte, tandis que le GNA bénéficie de l’appui de la Turquie.

Et une nouvelle fois, la communauté internationale s’est montrée divisée sur la Libye, avec le blocage mercredi par les États-Unis de l’adoption au Conseil de sécurité de l’ONU d’une condamnation du carnage de Tajoura.

Une position qui atteste, selon des experts, le soutien désormais affiché du gouvernement de Donald Trump à M. Haftar.

Plus de 80 migrants partis de la Libye sont portés disparus après le naufrage de leur embarcation au large de la Tunisie.

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