La Croix-Rouge juge «apocalyptique» la situation dans les camps en Syrie

Ces gens déplacés, qui ont fui les offensives contre le dernier bastion du groupe djihadiste État islamique (EI), ont été accueillis dans des camps tenus par les forces kurdes, dans le nord-est de la Syrie.
Photo: Aaref Watad Agence France-Presse Ces gens déplacés, qui ont fui les offensives contre le dernier bastion du groupe djihadiste État islamique (EI), ont été accueillis dans des camps tenus par les forces kurdes, dans le nord-est de la Syrie.

La Croix-Rouge a averti jeudi que les personnes regroupées dans les camps du nord-est de la Syrie sont exposées à une situation « apocalyptique » et a demandé aux États de rapatrier les femmes et enfants de djihadistes étrangers.

« Il y a une centaine de milliers de personnes maintenues dans une sorte de vide juridique, dans un endroit instable d’une zone contestée », a expliqué aux journalistes Fabrizio Carboni, qui dirige les opérations au Proche-Orient du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Ces gens déplacés, qui ont fui les offensives contre le dernier bastion du groupe djihadiste État islamique (EI), ont été accueillis dans des camps tenus par les forces kurdes, dans le nord-est de la Syrie. « Une centaine de milliers de personnes qui ont passé les derniers mois, voire des années, sous les bombes, affamées, blessées, malades, traumatisées, a indiqué M. Carboni, c’est juste apocalyptique. »

La Croix-Rouge est l’une des principales organisations humanitaires à fournir une aide à l’intérieur du camp d’al-Hol, où vivent plus de 70 000 personnes, dont plus de 11 000 membres de familles de djihadistes étrangers qui combattaient dans les rangs du groupe État islamique.

La question du rapatriement de ces femmes et enfants étrangers est un dilemme pour plusieurs pays, qui ont subi des attentats organisés par les djihadistes et n’ont aucune envie de voir revenir ces ressortissants. La France a choisi d’étudier les situations « au cas par cas » et de ne rapatrier que des orphelins ou des enfants avec l’accord de leur mère. La Grande-Bretagne, quant à elle, a décidé de retirer la nationalité britannique aux membres du groupe EI.

« Notre position est de dire aux États : reprenez vos ressortissants », a martelé M. Carboni, en critiquant ceux qui veulent faire une distinction entre « les bonnes et les mauvaises victimes ». « Comme si les enfants pouvaient être autre chose que juste des victimes. »

Les deux tiers des résidents du camp d’al-Hol sont des enfants, la plupart âgés de moins de 12 ans, a rappelé M. Carboni. « On ne peut pas laisser des enfants au milieu de nulle part, exposés à une chaleur extrême, au grand froid, à la violence. » Il a reconnu que, pour beaucoup de pays, rapatrier des membres de famille de djihadistes est « politiquement toxique », mais a encouragé les gouvernements à prendre leurs responsabilités.

Le CICR, qui gère un hôpital dans le camp d’al-Hol, fournit de la nourriture, de l’eau et construit des toilettes, a-t-il rappelé. « Mais personne ne doit s’attendre à ce que le CICR s’occupe de 100 000 personnes […] pour les 25-30 prochaines années, a-t-il dit. C’est la responsabilité des États. »