Theresa May s’efface et passe le Brexit à son successeur

Theresa May restera en fonction jusqu’à la désignation de son successeur par les conservateurs, d’ici la fin juillet.
Photo: John Thys Archives Agence France-Presse Theresa May restera en fonction jusqu’à la désignation de son successeur par les conservateurs, d’ici la fin juillet.

La première ministre britannique Theresa May quitte vendredi la tête du Parti conservateur, ouvrant officiellement la course à sa succession qui désignera celui qui aura la lourde tâche de réussir là où elle a failli : mettre en œuvre le Brexit.

Un départ que la montée en puissance du Parti du Brexit du populiste Nigel Farage rend plus amer encore.

Fondée il y a quelques mois et décidée à mettre fin au bipartisme britannique, la formation europhobe a raflé la mise aux européennes fin mai avec 31,6 % des suffrages. Et elle a échoué de peu à entrer au Parlement britannique jeudi lors d’une élection législative partielle à Peterborough (est de l’Angleterre), face à un Labour qui est parvenu à conserver son siège malgré un contexte local très défavorable.

Avec 29 % des voix, son candidat Mike Greene est arrivé juste derrière la travailliste Lisa Forbes (31 %), mais bien devant les conservateurs qui finissent à la troisième place (21 %).

Selon le spécialiste des sondages John Curtice, ce résultat, avec un vainqueur qui l’emporte de peu, montre que le Royaume-Uni est désormais « une autre planète politique ». Le Parti du Brexit est « une force perturbatrice significative », a-t-il pointé sur la BBC.

Et pour capter les votes manquants, Nigel Farage a expliqué vendredi à la radio BBC4 compter sur l’émergence d’un « vote tactique » de la part des électeurs conservateurs, qui s’en remettraient à son parti pour éviter de « finir avec Corbyn [le chef du Labour] au gouvernement ».
 

Près d’une douzaine de législateurs conservateurs se bousculent déjà pour la remplacer dans une course qui s’ouvrira officiellement lundi, promettant de réussir là où Mme May a échoué et d’arriver à renégocier l’accord de divorce conclu entre le Royaume-Uni et l’Union européenne (UE).
 

Il n’y a qu’un problème: l’UE dit que cela ne va pas arriver. «Il n’y aura pas de renégociation», a répété le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, la semaine dernière.
 

Depuis que la Grande-Bretagne a voté par une mince majorité, en 2016, pour quitter l’UE, les 27 autres pays du bloc ont présenté un front uni dans les négociations, pour finalement convenir d’un plan de divorce détaillé avec le gouvernement de Mme May.

« Disparition »

Après sa démission de la tête des Tories, qui ne devait donner lieu à aucun événement officiel vendredi, Theresa May restera en fonction jusqu’à la désignation de son successeur par les conservateurs, d’ici la fin juillet. Au Royaume-Uni, le poste de premier ministre échoit de droit au chef du parti qui réunit une majorité au Parlement.

Au cours des prochaines semaines, Theresa May « continuera à travailler pour les gens de ce pays. Quant au Brexit, la première ministre a indiqué que ce ne serait pas à elle de faire avancer ce processus, mais à son successeur », a relevé jeudi son porte-parole.

Le prochain chef de l’exécutif britannique devra donc remettre le Brexit sur les rails, soit en renégociant un nouvel accord avec Bruxelles, soit en optant pour une sortie sans accord, deux scénarios qui sont d’ores et déjà au cœur de la course à sa succession.

Parmi les onze candidats en lice, le député conservateur Boris Johnson, ancien maire de Londres, ancien ministre des Affaires étrangères et champion des Brexiters, fait figure de favori.

Très apprécié par les militants de la base du Parti conservateur, Boris Johnson, 54 ans, politicien habile et charismatique, suscite en revanche des réactions plus contrastées du côté des députés tories, qui doivent sélectionner à partir de mercredi deux candidats qui seront ensuite départagés par les militants.

En s’adressant mardi soir à des députés du parti, il a prévenu que les conservateurs étaient menacés de « disparition » si le Brexit n’était pas mis en œuvre le 31 octobre.

Brisée

Theresa May, 62 ans, avait pris les rênes de l’exécutif en juillet 2016, peu après que les Britanniques eurent voté à 52 % en faveur de la sortie de l’Union européenne lors du référendum du 23 juin.

Il lui incombait alors de détricoter plus de quarante ans de liens avec l’UE, mais aussi de rallier les Britanniques derrière une vision du Brexit susceptible de combler le fossé entre partisans et opposants de ce divorce historique, le premier vécu du club européen. Mais elle n’a pas su relever le défi.

L’accord qu’elle a conclu en novembre avec Bruxelles, après de longs mois de négociations et qui était censé organiser une sortie en douceur de l’UE, a été rejeté à trois reprises par les députés britanniques, autant de défaites humiliantes.

À court de munitions pour éviter une sortie sans accord, redouté par les milieux économiques, Theresa May avait été contrainte de repousser au 31 octobre la date du Brexit, initialement programmé le 29 mars.

Des atermoiements que les Britanniques ont lourdement sanctionnés dans les urnes, reléguant à la 5e place le parti tory lors des élections européennes du 23 mai.

Usée par le Brexit, mais aussi par les complots et critiques incessantes dont elle a fait l’objet au sein de son parti, profondément divisé sur la question, Theresa May avait annoncé le 24 mai sa démission lors d’une allocution devant le 10, Downing Street.

Au bord des larmes, la voix brisée, elle avait précipité la fin de son intervention pour se réfugier dans ses bureaux, masquant ainsi l’émotion qui la submergeait.