Les électeurs britanniques plus pro-Europe que pro-Brexit

Nigel Farage
Photo: Vudi Xhymshiti Associated Press Nigel Farage

L’engouement pour le parti pro-Brexit et eurosceptique de Nigel Farage au Royaume-Uni, le Brexit Party, lors du dernier scrutin législatif européen, est loin d’indiquer un renforcement de l’option séparatiste britannique, alors que le processus de sortie de l’Union européenne, amorcé il a près de trois ans, reste toujours chaotique.

Les urnes ont davantage exprimé un appel au maintien de la Grande-Bretagne au sein de l’Union européenne, indique une analyse fine des résultats. Cette division vient complexifier davantage le divorce en cours, qui, la semaine dernière, a entraîné la démission de la première ministre Theresa May.

Triomphalisme à nuancer

« Avec les résultats de ce vote, rien n’est joué et rien n’a changé », estime au téléphone Alexander Macleod, professeur de science politique à l’UQAM qui tient à nuancer le triomphalisme des tenants du Brexit cherchant depuis dimanche à présenter ce vote comme un nouveau référendum pour leur option.

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En effet, dans l’ensemble, les deux partis populistes militants pour un Brexit dit dur, soit un divorce sans accord entre le Royaume-Uni et l’UE, ont récolté pas moins de 34, 9 %. C’est un peu moins que les partis ouvertement favorables à la fin des procédures de séparation et au maintien du Royaume-Uni dans le cadre de l’UE, comme les libéraux-démocrates, les verts ou les nationalistes écossais pro-Europe, qui ont récolté plus de 40 % des suffrages exprimés.

À côté d’eux, les conservateurs et les travaillistes sont allés chercher, dans la débâcle, moins d’un quart des voix. Cet électorat est en grande majorité pour un Brexit, plus modéré et surtout négocié, à hauteur de 80 % pour les conservateurs et 60 % chez les travaillistes, selon l’institut de mesure de l’opinion Britain Thinks. Ces proportions sont toutefois insuffisantes pour accorder la victoire au camp des tenants de la séparation, a-t-il résumé dans les pages du Guardian lundi estimant à 52 % le taux d’électeurs pro-européens lors de ces législatives européennes.

« Confronté à un Brexit dur, ce vote conservateur et travailliste pourrait ne pas s’exprimer ou opter pour l’option du maintien dans l’UE », commente M. Macleod, un spécialiste de la politique britannique.

Selon lui, ces élections ont davantage « mobilisé les citoyens fâchés » par les atermoiements du Brexit qui ont fait part de cette colère en accordant leur vote au Brexit Party de Nigel Farage ou à son ancienne formation politique, le UKIP. « Mais il est étonnant de voir que les autres partis, ouvertement pour le maintien dans l’UE, sans faire véritablement campagne ont réussi à aller chercher une majorité », et ce, dans le cadre d’une élection où à peine 37 % des Britanniques sont allés aux urnes, soit presque autant que lors du scrutin européen de 2014.

Rappelons que ce vote a été exprimé jeudi dernier, soit la veille de l’annonce de la démission de Theresa May, qui n’est pas arrivée depuis le début de l’année à faire adopter son accord de retrait de l’UE par les députés britanniques, malgré trois tentatives. Après son rendez-vous manqué du 29 mars dernier, le Brexit est désormais fixé, au plus tard, au 31 octobre prochain, forçant le Royaume-Uni à sortir de l’impasse d’ici là.

La crise politique a toutefois porté un coup aux aspirations séparatistes qui sont désormais moins certaines qu’en juin 2016, date du référendum qui a déclenché les procédures de divorce.

Selon les dernières mesures de l’opinion, 53 % des Britanniques souhaitent aujourd’hui rester au sein de l’UE, contre 46 % qui espèrent toujours s’en séparer.