Les Philippines rappellent leur ambassadeur et leurs consuls au Canada

Depuis plusieurs années, les Philippines réclament le rapatriement de plusieurs tonnes d’ordures canadiennes, comme le montre cette photo prise en 2015.
Photo: Jay Directo Agence France-Presse Depuis plusieurs années, les Philippines réclament le rapatriement de plusieurs tonnes d’ordures canadiennes, comme le montre cette photo prise en 2015.

La détérioration des relations entre le Canada et les Philippines a atteint un nouvel état de dégradation jeudi avec le rapatriement ordonné par Manille de l’ensemble des hauts gradés de son corps diplomatique au pays afin de forcer Ottawa à accélérer le processus de récupération de plusieurs tonnes d’ordures canadiennes envoyées depuis Vancouver, entre 2013 et 2014, dans ce pays d’Asie.

Devant ce qui est en train de devenir une « guerre des déchets», le Canada s’est dit « déçu » par la décision des Philippines et a indiqué qu’il allait continuer à « collaborer étroitement » pour « voir à ce que cette importante question se règle rapidement », a indiqué Affaires mondiales Canada dans une déclaration adressée aux médias.

Depuis cinq ans, le climat se gâte entre les deux pays, après l’envoi par le Canada aux Philippines d’une centaine de conteneurs de déchets étiquetés comme étant des matières à recycler. Dans les faits, il s’agissait plutôt d’ordures ménagères, contenant entre autres des résidus de cuisine, des bouteilles de plastique et des couches pour adultes souillées, selon des groupes environnementaux qui ont dénoncé cette cargaison illégale.

En 2016, un tribunal de Manille a ordonné le renvoi de ces conteneurs au Canada, un processus qu’Ottawa aurait cherché à éviter en convainquant les Philippines de traiter ces déchets sur son territoire, avant d’accepter ce retour à l’envoyeur.

Comme signataire de la Convention internationale de Bâle, le Canada n’est pas autorisé à se débarrasser de déchets toxiques ou dangereux dans des pays en développement sans une autorisation de leur part, obtenue en toute connaissance de cause.

Fin avril, le président philippin, Rodrigo Duterte, a menacé de « déclarer la guerre » au Canada si Ottawa ne venait pas récupérer ses ordures, tout en indiquant être prêt à organiser lui-même le voyage de retour. « J’indiquerai au Canada que leurs déchets sont en chemin, a indiqué le populiste lors d’une conférence de presse. Préparez un grand accueil. Mangez-les si cela vous chante. » Un porte-parole du président a, par la suite, indiqué que cette menace de guerre était à prendre au deuxième degré, mais que l’irritation, elle, était très sérieuse. Le président avait alors donné jusqu’au 15 mai au Canada pour agir.

Jeudi matin, au lendemain de cette échéance, le ministre des Affaires étrangères des Philippines, Teodoro Locsin, a pris la plume sur Twitter afin d’indiquer que l’ambassadeur et les consuls des Philippines au Canada avaient été rappelés au pays. Son pays dit vouloir maintenir « une présence diplomatique réduite au Canada jusqu’à ce que ses déchets » aient disparu du territoire philippin. « Ce rappel montre que nous leur demandons très sérieusement de récupérer leurs déchets, sinon nous romprons nos relations avec eux », a-t-il ajouté.

Questionné sur cette crise à l’occasion d’une conférence de presse à Paris, où il se trouve, Justin Trudeau a dit que le Canada travaillait de près avec le gouvernement des Philippines depuis des mois « et nous allons continuer à le faire avec l’espoir d’arriver à une entente rapidement », a-t-il indiqué.
 

Avec La Presse canadienne