Moscou et Washington cherchent à briser la glace

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a été reçu par le président russe Vladimir Poutine à Sotchi.
Photo: Alexander Nemenov / Pool Photo / AP Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a été reçu par le président russe Vladimir Poutine à Sotchi.

Moscou et Washington se sont efforcés de renouer le dialogue mardi à l’occasion d’une visite du chef de la diplomatie américaine en Russie, tout en s’opposant publiquement sur les accusations d’ingérence électorale qui ont plombé jusqu’alors tout rapprochement.

La visite du secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, à Sotchi, sur la mer Noire, où il a été reçu par le président russe Vladimir Poutine après trois heures d’entretiens avec son homologue Sergueï Lavrov, constitue la rencontre au plus haut niveau entre responsables des deux puissances rivales depuis le sommet d’Helsinki de juillet. Le ton conciliant du président américain Donald Trump à l’égard du maître du Kremlin avait alors choqué la classe politique américaine.

« Nous avons dit à plusieurs reprises que nous voudrions rétablir des relations complètes », a assuré le président russe.

« Certains domaines de coopération sont excellents, sur la Corée du Nord, l’Afghanistan — nous avons fait du bon travail — et la lutte contre le terrorisme », a souligné de son côté Mike Pompeo. « Ce sont des choses sur lesquelles nous pouvons nous baser. »

Nombreux désaccords

Du Venezuela aux traités de désarmement en passant par les sanctions, la liste des désaccords est très longue. Mais la Maison-Blanche espère que la fin de l’enquête du procureur spécial Robert Mueller, qui a conclu il y a moins de deux mois à une ingérence russe dans la présidentielle de 2016 aux États-Unis, mais pas à une collusion entre l’équipe du candidat Trump et la Russie, permette de tourner la page quant à des relations glaciales.

Le sujet, qui a empoisonné la première partie du mandat de Donald Trump et entravé sa promesse de campagne de rapprochement avec le Kremlin, a néanmoins donné lieu à une passe d’armes entre Mike Pompeo et Sergueï Lavrov.

« Les ingérences dans les élections américaines sont inacceptables », a martelé Mike Pompeo, qui avait estimé fin avril que Moscou continuerait de s’ingérer aux États-Unis pendant des décennies.

Si la Russie interférait dans la présidentielle américaine de 2020, « cela aggraverait encore notre relation, nous ne le tolérerions pas », a averti le secrétaire d’État, demandant à Moscou de « démontrer que ce type d’activités appartient au passé ».

« Les faits montrent que ceux qui montent ce sujet en épingle n’ont pas de preuves », a sèchement répliqué Sergueï Lavrov, qualifiant en outre de « pure fiction » les accusations de collusion.

Les faits montrent que ceux qui montent ce sujet [ingérence dans la présidentielle américaine] en épingle n’ont pas de preuves

Vladimir Poutine a choisi de se concentrer sur les bonnes nouvelles. Il a salué une enquête « assez objective », car ayant conclu à l’absence de collusion, sans mentionner le fait que le rapport a établi une ingérence en 2016, ce que la Russie a toujours démenti.

Pendant la suite de la rencontre, à huis clos, le sujet « n’a pas été abordé », pas plus que l’autre point de tension des dernières semaines, le Venezuela, selon le conseiller du Kremlin Iouri Ouchakov à son issue, qualifiant l’entretien de « pas mauvais ».

Sommet du G20

Retenant la volonté des deux parties d’« assainir les relations », il a précisé que Mike Pompeo avait évoqué l’intérêt de Donald Trump pour un entretien en marge du sommet du G20 fin juin au Japon : « Nous sommes prêts à tout contact. »

Si Mike Pompeo semble avoir évité certains sujets qui fâchent avec Vladimir Poutine, les points de discorde restent nombreux, et il s’est notamment opposé avec Sergueï Lavrov sur la crise politique vénézuélienne, M. Pompeo demandant à la Russie de cesser de soutenir le président vénézuélien, Nicolas Maduro.

« La démocratie ne s’établit pas par la force », a répliqué M. Lavrov, disant ne « pas vouloir s’attarder sur l’état de la démocratie en Irak et en Libye ».

Le chef de la diplomatie russe a également évoqué de possibles violations américaines du traité de contrôle des armements nucléaires Start. Ce texte arrive à échéance en 2021, et le gouvernement Trump souhaite y inclure la Chine, comme l’a répété Mike Pompeo mardi.

Le sujet du désarmement est revenu au premier plan avec la récente suspension par les États-Unis, imités par la Russie, de leur participation à un traité datant de la guerre froide interdisant les missiles sol-sol d’une portée de 500 à 5500 km.