Un sommet réussi en Russie pour Kim Jong-un

<p>Les deux chefs ont eu des entretiens dans un lieu de l’île Rousski, près de Vladivostok, dans l’Extrême-Orient russe.</p>
Photo: Yuri Kadobnov Agence France-Presse

Les deux chefs ont eu des entretiens dans un lieu de l’île Rousski, près de Vladivostok, dans l’Extrême-Orient russe.

Si le premier sommet entre Kim Jong-un et le président russe, Vladimir Poutine, semble avoir été plutôt pauvre sur le fond, sa tenue constitue en soi une victoire pour le dirigeant nord-coréen dans son bras de fer avec les États-Unis, selon les analystes.

« Ce sommet a été une affaire de symbolique diplomatique plus que de coopération réelle, mais la réunion est en soi une victoire pour M. Kim », estime Shin Beom-chul, de l’Institut Asan des études politiques.

Certes, on ne sait pas grand-chose du contenu des échanges, à part les propos de M. Poutine disant souhaiter comme Washington une « dénucléarisation complète » et demandant des garanties de sécurité pour Pyongyang. Toutefois, M. Kim repart avec ce qu’il était venu chercher : une poignée de main avec M. Poutine devant les caméras du monde entier.

L’entrevue constituait pour le dirigeant nord-coréen la première rencontre avec un chef d’État étranger depuis son retour en février du Vietnam, où son second sommet à Hanoï avec le président américain, Donald Trump, avait débouché sur un échec. Au point de jeter un doute sur l’avenir de la spectaculaire détente apparue en 2018 sur la péninsule coréenne, après des années de montée des tensions en raison des programmes nucléaires de Pyongyang.

De paria à chef d’État médiatisé

Pour des experts du dossier nord-coréen, ce sommet constitue le dernier exemple de la stratégie diplomatique d’un régime qui cherche à se dédiaboliser et à s’affranchir de son image négative.

Depuis mars 2018, M. Kim a rencontré quatre fois le président chinois Xi Jinping, trois fois le président sud-coréen Moon Jae-in, deux fois M. Trump, une fois le président vietnamien, Nguyen Phu Trong, et une fois le premier ministre de Singapour, Lee Hsien Loong.

« M. Kim sait qu’il y a manifestement un intérêt dans le seul fait de participer à un sommet », expliquait avant la rencontre Harry Kazianis, du groupe de réflexion néoconservateur américain Center for the National Interest.

« Tout ce dont M. Kim a besoin, ce sont des images où on le voit serrer la main de M. Poutine, une sorte de diplomatie des selfies avec des photos de sommets placardés dans tous les médias pour prouver au monde qu’il est un chef d’État à la stature mondiale », selon l’analyste.

Diversifier les relations

Lors de la réunion élargie après le tête-à-tête avec M. Poutine jeudi, Kim Jong-un n’était accompagné que de Ri Yong Ho et Choe Son Hui, son ministre des Affaires étrangères et son vice-ministre des Affaires étrangères. Face à eux se trouvaient une dizaine de Russes, parmi lesquels des responsables chargés de la coopération économique avec le Nord, et des projets comme celui de l’oléoduc ou celui du réseau électrique.

Leurs homologues nord-coréens n’étaient pas du voyage, ce qui prouve que la relance de ces projets concrets n’était pas la priorité de Pyongyang, observe Koo Kab-woo, professeur à l’Université des études nord-coréennes.

Pour la Corée du Nord, le but premier de ce sommet était de diversifier les relations pour rompre avec la dépendance quasi exclusive vis-à-vis de Pékin et d’obtenir le soutien de Moscou dans le contexte de l’impasse diplomatique avec Washington.