Un sommet inédit entre Kim Jong-un et Vladimir Poutine

Le leader nord-coréen, Kim Jong-un (à droite), avait rencontré en mars 2018 le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov.
Photo: Valery Sharifulin / tass via Agence France-Presse Le leader nord-coréen, Kim Jong-un (à droite), avait rencontré en mars 2018 le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov.

Le Kremlin a annoncé jeudi la préparation d’un sommet inédit entre le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un et le président russe Vladimir Poutine, prévu pour fin avril en Russie, signe du rôle accru que Moscou souhaite avoir dans ce dossier brûlant.

Cette annonce a lieu dans un contexte de tensions entre Pyongyang et Washington après un sommet raté en février, la Corée du Nord exigeant désormais le retrait du secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, des discussions sur ses arsenaux nucléaires, quelques heures après avoir annoncé l’essai d’un nouveau type d’arme.

La rencontre entre Kim Jong-un et Vladimir Poutine sera la première du genre. Le dirigeant nord-coréen aurait dû se rendre à Moscou en mai 2015 pour les 70 ans de la victoire des Alliés lors de la Seconde Guerre mondiale, mais il y avait renoncé quelques jours avant. Le sommet faisait depuis plusieurs jours l’objet de spéculations dans la presse russe, sud-coréenne et japonaise, selon lesquelles il pourrait avoir lieu dès le début de semaine prochaine à Vladivostok, dans l’Extrême-Orient russe. « La Russie se doit d’avoir au moins quelque contrôle sur la situation dans la péninsule coréenne. Les événements récents ont évincé presque tout le monde hormis la Corée du Nord et les États-Unis », relève Andreï Lankov, de l’Université Kookmin de Séoul.

Ces dernières années, des responsables russes se sont rendus à plusieurs reprises en Corée du Nord, et des responsables nord-coréens en Russie. Les deux pays entretiennent des relations amicales, Moscou prônant, comme Pékin, un dialogue avec Pyongyang sur la base d’une feuille de route définie par les deux puissances. En 2011, le père de Kim Jong-un, Kim Jong-il, s’était rendu en Sibérie pour rencontrer Dmitri Medvedev, l’actuel premier ministre russe, qui était alors président. Mort peu après cette visite, Kim Jong-il s’était alors dit prêt à renoncer aux essais nucléaires.

Le dossier nord-coréen a été abordé jeudi lors d’une rencontre « constructive » à Moscou entre l’émissaire américain pour la Corée du Nord, Stephen Biegun, et un haut diplomate russe, selon l’ambassade américaine en Russie.

Tensions persistantes

La Corée du Nord a accusé jeudi Mike Pompeo de manquer de prudence et de maturité, demandant la désignation d’un nouvel interlocuteur américain et faisant monter les enchères en pleine impasse diplomatique. Le département d’État américain a pour sa part rétorqué que les États-Unis « restent prêts à dialoguer avec la Corée du Nord dans le cadre de négociations constructives ».

Après une année 2018 marquée par un spectaculaire rapprochement sur la péninsule coréenne et un sommet historique entre le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un et le président américain Donald Trump, la détente apparaît de plus en plus fragile, dans la foulée du fiasco de la seconde rencontre entre les deux hommes en février, à Hanoï. « Je crains que si M. Pompeo participe encore aux discussions, l’atmosphère sera mauvaise et les discussions vont à nouveau s’engluer », a déclaré le responsable des Affaires américaines au ministère nord-coréen des Affaires étrangères, Kwon Jong-gun, selon l’agence publique KCNA

Pyongyang l’avait déjà accusé, avec le conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche, John Bolton, d’être responsable de l’échec de Hanoï pour avoir « créé une atmosphère d’hostilité et de défiance ». L’été dernier, la Corée du Nord avait dénoncé ses « méthodes de gangster ». Depuis le début du processus diplomatique l’an passé, Pyongyang a toujours préféré traiter directement avec M. Trump, qui présente M. Kim comme son « ami » et n’évoque quasiment plus jamais les violations massives des droits de la personne imputées au régime nord-coréen.