La bataille contre l’extradition commence pour Julian Assange

Début avril, alors que les rumeurs d’extradition circulaient, des manifestations de soutien à Julian Assange ont eu lieu devant l’ambassade d’Équateur à Londres.
Photo: Daniel Leal-Olivas Agence France-Presse Début avril, alors que les rumeurs d’extradition circulaient, des manifestations de soutien à Julian Assange ont eu lieu devant l’ambassade d’Équateur à Londres.

C’est le début d’une longue bataille judiciaire pour le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, qui vient de passer sa première nuit en détention et risque d’être extradé vers les États-Unis, qui le considèrent comme une menace pour leur sécurité et veulent le juger.

Julian Assange est détenu à la prison de Belmarsh, dans le sud-est de Londres, a révélé à l’AFP vendredi une source judiciaire proche du dossier, alors que la presse britannique évoquait vendredi matin le centre pénitencier de Wandsworth, au sud-ouest de la capitale. Belmarsh est un établissement de haute sécurité pouvant accueillir 910 prisonniers, dont des détenus suscitant un fort intérêt médiatique, selon un rapport d’inspection de 2018.

Arrêté jeudi matin et extirpé de force par la police de l’ambassade d’Équateur, où il avait trouvé refuge il y a sept ans pour échapper à un mandat d’arrêt britannique pour des accusations de viol et d’agression sexuelle en Suède — qu’il a toujours niées —, Julian Assange a été présenté l’après-midi même au Tribunal londonien de Westminster. Un juge l’y a reconnu coupable de s’être soustrait à la justice, un délit passible d’un an de prison.

Outre le mandat d’arrêt britannique, Assange fait face à une demande d’extradition américaine pour « piratage informatique ». « Vous pourriez consentir à la demande », lui a dit le juge Michael Snow lors de sa comparution. Avant de lui exposer de manière étonnamment ironique l’« inconvénient » et l’« avantage » d’un tel choix : pas de possibilité de faire appel, mais plutôt celle d’aller « plus vite aux États-Unis » et de « reprendre le cours de [sa] vie ». Julian Assange a refusé. Son avocate, Jennifer Robinson, a annoncé qu’il allait « contester et combattre » la demande d’extradition américaine.

Son arrestation, autorisée par Quito, « crée un dangereux précédent pour les organes de presse et les journalistes » dans le monde, a-t-elle ajouté. La bataille judiciaire pourrait durer entre 18 mois et deux ans, selon Ben Keith, avocat britannique spécialisé dans les affaires d’extradition. Et « les chances de gagner sont faibles », a-t-il dit à l’AFP, expliquant que le Royaume-Uni répondait la plupart du temps positivement aux demandes d’extradition américaines. Accusé d’avoir aidé l’ex-analyste du renseignement américain Chelsea Manning à obtenir un mot de passe pour accéder à des milliers de documents classés « secret Défense », Julian Assange encourt jusqu’à cinq années de prison aux États-Unis selon le ministère américain de la Justice. Mais « il n’y a aucune garantie qu’il n’y aura pas d’accusation supplémentaire [une fois] sur le sol américain », a averti le rédacteur en chef de WikiLeaks, Kristinn Hrafnsson. Un scénario toutefois improbable, selon Ben Keith, qui invoque « une protection spécifique du droit international en matière d’extradition empêchant de poursuivre quelqu’un avec des chefs d’accusation supplémentaires ».

Le chef de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn, a appelé le gouvernement conservateur de Theresa May à « s’opposer » à l’extradition « pour avoir exposé des preuves d’atrocités en Irak et en Afghanistan ». Concrètement, le gouvernement n’a « pas le pouvoir d’arrêter » une extradition validée par la justice britannique, sauf en invoquant des « motifs de sécurité nationale », a précisé Ben Keith. Londres s’est attaché à présenter Assange en justiciable comme les autres. « Au Royaume-Uni, personne n’est au-dessus de la loi », a souligné Mme May devant la Chambre des communes jeudi.

En Suède, l’accusatrice de M. Assange compte demander la réouverture de l’enquête qui avait été classée, a déclaré jeudi son avocate à l’AFP.