La haine mortifère d’un suprémaciste blanc

Cette tragédie a provoqué une onde de choc en Nouvelle-Zélande, un pays de cinq millions d’habitants dont seulement 1% de la population se dit musulmane.
Photo: Marty Melville Agence France-Presse Cette tragédie a provoqué une onde de choc en Nouvelle-Zélande, un pays de cinq millions d’habitants dont seulement 1% de la population se dit musulmane.

Le choc est brutal et l’incompréhension, totale. La Nouvelle-Zélande s’est réveillée samedi dans un mélange de tristesse et de stupeur après qu’un tireur a froidement abattu la veille quarante-neuf musulmans rassemblés pour la prière dans deux mosquées de Christchurch, une ville de l’est du pays. Un carnage, retransmis en direct sur Internet, qui a un écho particulier au Québec, le nom d’Alexandre Bissonnette ayant été gravé sur un chargeur utilisé par le tueur.

La première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, a qualifié cette double attaque de « terroriste ». Elle a dit « condamner le plus fortement possible l’idéologie des personnes qui ont commis ce geste ».

« Nous représentons la diversité, la gentillesse, la compassion. Ces valeurs ne seront pas ébranlées par cette attaque. »

Le tireur, Brenton Tarrant, un suprémaciste blanc, a été formellement inculpé samedi de meurtre. L’Australien de 28 ans est resté impassible pendant sa brève audience. Il n’a pas demandé de libération sous caution, ce qui signifie qu’il restera en prison jusqu’à sa prochaine comparution, le 5 avril.

Plus de 40 personnes ont été blessées dans les attaques, dont certaines gravement. Le tireur a d’abord fait irruption à la mosquée al Nour, dans le centre de la ville de 375 000 habitants, faisant 41 victimes, puis s’est dirigé en banlieue à Linwood, où 7 personnes ont été tuées. Une 49e victime a succombé à ses blessures à l’hôpital.

Le suspect — qui n’était pas fiché par les services de renseignement australien et néo-zélandais — détenait un permis de port d’armes. L’arsenal avec lequel il a commis la pire tuerie de l’histoire de la Nouvelle-Zélande avait été acheté légalement, a confirmé samedi la première ministre Ardern. « Je peux vous garantir que nos lois sur les armes vont changer », a-t-elle tonné. Le tueur avait en sa possession cinq armes, dont deux fusils semi-automatiques.


Deux autres personnes ont été placées en détention. On ne sait pas ce que les autorités leur reprochent. Après les attaques, deux engins explosifs artisanaux ont été découverts dans une voiture, puis neutralisés.

Diffusion en direct

Pendant 17 minutes, le tireur a diffusé en direct sur Internet le carnage, l’offrant en spectacle à un public planétaire. Méticuleux et calme, le tueur y exécute dans un crachat de tirs, et parfois même à bout portant, les fidèles, dont certains l’ont supplié de les épargner pendant que d’autres tentaient de fuir. Des enfants figureraient parmi les victimes.

Un pays sous le choc

Cette tragédie a provoqué une onde de choc en Nouvelle-Zélande, un pays de cinq millions d’habitants dont seulement 1 % de la population se dit musulmane. La Nouvelle-Zélande, qui s’enorgueillit d’être un endroit sûr et accueillant, ne recense qu’une cinquantaine de meurtres par année.

Jointe par Le Devoir, Marine Védani, une Française installée à Christchurch depuis seulement une semaine, rapporte qu’un hélicoptère survolait encore la ville samedi et que la présence policière était renforcée. Son conjoint et elle vivent tout près du parc Hagley, où l’une des fusillades a éclaté.

« Je crois que les Néo-Zélandais découvrent pour la première fois le terrorisme, a-t-elle mentionné. Pour moi, c’était inconcevable que cela puisse arriver en Nouvelle-Zélande. En France, nous vivions toujours avec cette peur qu’[un attentat puisse] arriver n’importe quand et n’importe où. Mais ici, c’est un pays tellement pacifique, [où] la criminalité reste très rare. »

Mme Védani espère que ce nouveau drame ne poussera pas les habitants à quitter la ville. En 2011, Christchurch avait été dévastée par un violent séisme, qui avait fait 185 morts et blessé des milliers d’autres personnes. « C’est une ville qui est en reconstruction et qui essaye encore de se relever [après le séisme]. Mais ça reste une ville magnifique, où il fait bon vivre. »

Marie-Pierre Bastien, une Québécoise originaire de Longueuil, installée depuis 2002 à Gisborne en Nouvelle-Zélande, dit fonctionner « comme un zombie » depuis l’attaque. « Et je suis sûre que je ne suis pas la seule ainsi. »

« La Nouvelle-Zélande est un tout petit pays, alors évidemment, c’est ce dont tout le monde parle ici aujourd’hui. On se sent tous comme si on y était », confie-t-elle.

« La Nouvelle-Zélande va se relever, mais il va y avoir une certaine peur, maintenant », dit-elle. « Maintenant, la Nouvelle-Zélande fait tristement partie de cette longue liste [de pays touchés par un attentat] qui malheureusement ne se terminera jamais. »

Condamnations

Cet attentat — le pire commis dans un pays occidental contre des musulmans — a été unanimement condamné à travers le monde. Mais là où le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a dit percevoir une « hausse de l’islamophobie » dans les pays occidentaux, le président américain, Donald Trump, a plutôt vu un acte isolé « d’un petit groupe de personnes ».

À Québec et à Ottawa, les drapeaux ont été mis en berne. « Il n’y a pas de place pour l’extrémisme dans nos sociétés ; il n’y a pas de place pour l’intolérance », a insisté le premier ministre François Legault. Son homologue fédéral, Justin Trudeau, a clamé que « nous devons tous nous dresser contre l’islamophobie ».

En semant la mort, le tireur n’a pas manqué de rappeler le carnage commis en janvier 2017 à la grande mosquée de Québec. Sur ses armes étaient gravés les noms de diverses personnes l’ayant inspiré dans son geste… dont celui d’Alexandre Bissonnette.

Avec l’Agence France-Presse