Des victimes de prêtres abuseurs rencontrent des représentants du Vatican

Des témoignages de survivants seront présentés au sommet du Vatican, mais aucune victime ne participera activement aux travaux.
Photo: Filippo Monteforte Agence France-Presse Des témoignages de survivants seront présentés au sommet du Vatican, mais aucune victime ne participera activement aux travaux.

« Je représente les survivants canadiens qui demandent la tolérance zéro et zéro camouflage. Nous cherchons la vérité et la justice. Nous demandons la tenue d’enquêtes indépendantes, l’ouverture des archives, le soutien nécessaire aux victimes et des excuses aux survivants autochtones. »

C’est en ces mots puissants que Leona Huggins s’est adressée, mercredi, au comité organisateur du sommet sur les abus sexuels commis sur des enfants, qui s’ouvre jeudi au Vatican.

L’enseignante canadienne de 56 ans fait partie des douze victimes de prêtres abuseurs qui ont rencontré des représentants du Vatican, à la veille du lancement de cette grande rencontre sur la protection des mineurs dans l’Église catholique.

« Nous ne voulons plus de paroles, nous voulons des actions », a fait résonner Leona Huggins à l’Institut Maria Bambina, à l’ombre de la basilique Saint-Pierre, où s’est tenue la rencontre qui a duré environ deux heures.

En entrevue au Devoir depuis le Vatican, cette résidente de Vancouver s’est dite « choquée » que le pape François n’ait pas assisté à la rencontre. « On croyait qu’il voulait entendre les survivants. Nous sommes ceux qui ont le plus d’expertise sur la crise », a-t-elle pointé.

Les douze victimes présentes à cette réunion — d’origines française, espagnole, américaine, péruvienne, entre autres — font partie de Ending Clergy Abuse (ECA), une organisation internationale qui regroupe des victimes provenant de dix-sept pays.

« Nous représentons une ressource incroyable pour l’Église. Nous dirigeons des associations de victimes à travers le monde depuis plusieurs années », avait également exposé l’Américain Peter Isely, cofondateur d’ECA, plus tôt dans la journée en conférence de presse.

Jusqu’à dimanche, le sommet du Vatican réunira 190 personnes, parmi lesquelles les présidents des conférences épiscopales du monde entier et le pape François. Des témoignages de survivants seront présentés, mais aucune victime ne participera activement aux travaux.

Tolérance zéro

Même si le pape n’a pas participé à la rencontre de mercredi, Leona Huggins a dit avoir bon espoir que les demandes des victimes se rendront jusqu’aux oreilles du souverain pontife.

Celles-ci comprennent l’inclusion, dans le droit canonique, d’une politique claire de tolérance zéro à l’égard des abus sexuels. « Si un prêtre a agressé sexuellement un enfant, il doit être immédiatement défroqué. Et tout évêque qui a couvert un abus doit également quitter l’état clérical », résume Mme Huggins.

Selon l’enseignante canadienne, les membres du comité organisateur du sommet — le cardinal Blaise Cupich, archevêque de Chicago, Mgr Charles Scicluna, archevêque de Malte et secrétaire adjoint de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le père Federico Lombardi, modérateur des travaux, et le père Hans Zollner, président du Centre de protection des mineurs à l’Université grégorienne — ont ouvert la porte à une plus grande transparence de l’Église relativement aux informations consignées dans ses archives sur la question des abus.

Un geste qui serait essentiel pour que « les prêtres qui ont agressé ou camouflé soient désignés et renvoyés », a fait valoir Peter Isely. C’est seulement à ce moment que « l’Église pourra entrer dans une ère post-abus et post-camouflage », a-t-il poursuivi.

Un passé pas si lointain

Leona Huggins demande au pape de faire ce geste « courageux » pour que les erreurs du passé ne se reproduisent plus jamais. Un passé qui n’est pas si lointain, rappelle-t-elle.

En 2011, Mme Huggins apprenait que son agresseur, le père Jack McCann, qui avait passé dix mois en prison pour des agressions sexuelles commises sur des mineures en Colombie-Britannique dans les années 1970, célébrait à nouveau la messe dans la région d’Ottawa.

Pourtant, en 1992, lorsque la Conférence des évêques catholiques du Canada publiait le document « De la souffrance à l’espérance » (qui édictait des directives pour éviter de nouveaux cas d’abus dans l’Église), Mme Huggins dit avoir « vraiment cru en la démarche de l’Église ».

« Et pourtant, ils l’ont réinstallé plusieurs années plus tard dans un autre diocèse », laisse-t-elle tomber.

« Des survivants du monde entier me disent qu’on a les meilleures politiques en place au Canada contre les abus du clergé. Si c’est vraiment le cas, on a un problème bien pire que ce que j’avais imaginé. »