La famille de Nick Berg reste incrédule

Philadelphie — La famille et les proches de Nick Berg, ce civil américain dont la décapitation filmée a semé l'effroi dans le monde, avaient du mal à croire, mercredi, aux explications fournies par les autorités américaines.

Le corps de cet homme âgé de 26 ans, retrouvé samedi au bord d'une route à Bagdad, a été rapatrié à la base aérienne de Dover, dans le Delaware, a indiqué l'entrepreneur de pompes funèbres engagé par la famille . La décapitation de Nick Berg, revendiquée par Abou Moussab al-Zarkaoui, un Jordanien considéré par Washington comme le membre le plus actif d'al-Qaïda en Irak, a été filmée et diffusée par un site Internet islamiste, avant d'être reprise par des télévisions du monde entier.

Le père de Berg a directement imputé au président américain, George Bush, et à son secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, le décès de son fils. «Mon fils est mort à cause des péchés de George Bush et de Donald Rumsfeld. C'est ce gouvernement qui a fait cela», a déclaré Michael Berg dans un entretien accordé à la radio KYW-AM. Il a reproché au gouvernement Bush son invasion de l'Irak et l'adoption du Patriot Act («Loi patriote»), qui renforce les pouvoirs de surveillance du gouvernement fédéral. Michael Berg a également qualifié le Patriot Act de «coup d'État», ajoutant: «Ce n'est pas l'Amérique dans laquelle j'ai grandi.»

Son fils Nick possédait une entreprise d'entretien dans le secteur des télécommunications. Il avait effectué un premier séjour à Bagdad entre la fin du mois de décembre et le 1er février et il y était retourné fin mars afin d'y trouver du travail, ont indiqué ses parents.

Mais ses communications quotidiennes avec eux avaient été interrompues le 24 mars. Il avait donné pour la dernière fois de ses nouvelles le 9 avril, leur annonçant qu'il avait été détenu jusqu'au 6 avril par la police irakienne dans la ville de Mossoul, dans le nord, et qu'il cherchait un moyen sûr de rentrer chez lui.

Mercredi, l'Autorité provisoire de la coalition en Irak (CPA) a fait savoir que le FBI avait rencontré Nick Berg à trois reprises après son arrestation par la police irakienne, placée sous le contrôle de la coalition.

Dan Senor, porte-parole de la CPA, a assuré qu'il n'avait été sous la garde des Américains ni avant ni après son arrestation par la police irakienne, le 24 mars, à un barrage routier à Mossoul.

Dans un communiqué publié mercredi, le FBI a confirmé que ses agents l'avaient rencontré trois fois et qu'ils lui avaient proposé de faciliter son retour aux États-Unis. «M. Berg a refusé ses offres», ajoute le FBI. Mais les proches de Nick Berg ne croient pas ces déclarations. «L'idée qu'ils aient offert à Nick de l'évacuer et qu'il ait refusé, sachant que sa vie était en danger, je n'y crois pas», a déclaré à la presse Bruce Hauser, porte-parole de la famille qui vit à West Chester, une banlieue de Philadelphie.

Le 5 avril, les parents de Nick Berg avaient saisi un tribunal fédéral de Philadelphie d'une plainte désignant nommément Donald Rumsfeld comme responsable de sa disparition. Le lendemain, leur fils a été relâché. «Je continue à le tenir responsable parce que, s'ils l'avaient laissé partir ou s'ils lui avaient donné accès à un avocat, nous aurions pu le sortir de là avant l'escalade des hostilités», a déclaré Michael Berg au micro de la radio WBUR.