Prisonniers irakiens torturés - Rumsfeld inspecte la prison maudite

«Nous sommes soucieux de voir les soldats se comporter correctement», a déclaré Rumsfeld.
Photo: Agence Reuters «Nous sommes soucieux de voir les soldats se comporter correctement», a déclaré Rumsfeld.

Bagdad — Le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, a reçu hier un accueil glacial lors d'une visite surprise faite à la prison d'Abou Ghraïb, près de Bagdad, qui est au centre du scandale sur les sévices infligés par des soldats américains à des prisonniers irakiens.

«Je veux écouter les responsables en charge au quotidien des opérations concernant les prisonniers, a déclaré M. Rumsfeld aux journalistes, dans l'avion l'emmenant à Bagdad. Nous sommes soucieux de voir les détenus bien traités, de voir nos soldats se comporter correctement, et nous voulons que la chaîne de commandement fonctionne bien», a-t-il ajouté.

«Si quelqu'un pense que je vais là-bas [en Irak] pour jeter de l'eau sur le feu, il se trompe», a-t-il dit, ajoutant qu'il s'y rendait aussi «pour remercier les troupes américaines pour leur bon travail et rencontrer leurs commandants».

À Abou Ghraïb, le responsable américain a reçu un accueil glacial de la part des prisonniers. Des centaines de détenus irakiens l'ont observé faire le tour de la prison à bord d'un véhicule blindé. Certains ont tendu le bras, le pouce tourné vers le sol, en signe de désapprobation, d'autres ont brandi un drapeau irakien. La plupart, les bras croisés, ont gardé le silence.

M. Rumsfeld était arrivé auparavant à l'aéroport international de Bagdad en provenance de Washington, accompagné du chef d'état-major interarmées, Richard Myers.

La visite des deux responsables américains intervient pendant que le scandale des sévices infligés par des soldats américains à des détenus d'Abou Ghraïb continue d'embarrasser le gouvernement américain, le secrétaire à la Défense se trouvant en première ligne face à la tourmente.

À la question de savoir si le scandale sur les sévices avait affecté le rôle de gardien de la morale que l'armée américaine entend maintenir, le général Myers a répondu: «Il s'agit d'une terrible tragédie. Nous n'allons pas essayer de dire que ce n'est pas le cas.» Mais, s'agissant de ce rôle, «ce ne sont pas sept personnes soupçonnées d'avoir commis certaines choses — ou peut-être pire encore — qui vont changer cela», a-t-il dit.

M. Rumsfeld a accusé la presse arabe de diffuser des «mensonges» sur les agissements des forces américaines en Irak. «Ils ont menti à notre sujet, jour après jour, semaine après semaine, mois après mois au cours des derniers douze mois, dans la presse arabe, les chaînes al-Jazira et al-Arabiya», a-t-il dit. «Toutes les bêtises que nous lisons — le fait de dissimuler la réalité ou le Pentagone cachant des informations — c'est injuste, incorrect et faux», a-t-il affirmé. Il a expliqué qu'il n'était pas venu pour évaluer les dégâts causés par ce scandale. «Davantage de mauvaises choses vont se faire jour, c'est sûr. Mais le temps fera son oeuvre et nous pourrons alors faire un bilan.» Il a dit préférer que soient diffusées toutes les photos sur les sévices infligés dans les prisons tenues par les forces américaines en Irak, pour clore l'affaire.

Le général Ricardo Sanchez, commandant des forces terrestres de la coalition en Irak, a quant à lui expliqué que le scandale avait été discuté «dans les termes les plus larges». Il a cependant expliqué que l'incidence de cette crise sur les relations avec les Irakiens restait maîtrisée.

Procédures judiciaires

Le débat se poursuivait hier aux États-Unis sur l'à-propos de publier ou non toutes les photos et vidéos des sévices subis par des détenus irakiens.

Si la très grande majorité des sénateurs et des représentants des deux partis s'accordent à dire que ces centaines de nouvelles images, dont une sélection leur a été montrée à huis clos au Congrès, mercredi, par le ministère de la Défense, devraient tomber dans le domaine public, ils divergent toutefois sur les modalités et le délai de leur publication.

De nombreux responsables du Congrès, républicains et démocrates, préconisent la prudence et justifient le maintien du secret imposé pour le moment par le Pentagone.

Pour plusieurs parlementaires, ces nouvelles photos, qu'ils ont tous qualifiées de «répugnantes», pourraient accroître l'animosité en Irak et en Afghanistan envers les troupes américaines, mettant leur vie encore plus en danger.

«Je pense que ces photos devraient rester confidentielles pour le moment afin de protéger l'intégrité de la procédure judiciaire», a de son côté répété hier le sénateur républicain John Warner, président de la commission des forces armées du Sénat. Sept soldats accusés d'avoir perpétré ces sévices attendent d'être traduits devant une cour martiale.