Syrie: Seize morts, dont quatre Américains, dans un attentat du groupe armé État islamique

Le vice-président américain, Mike Pence, a affirmé que les États-Unis rendraient impossible toute résurgence de l’organisation État islamique, après le décès de militaires américains.
Photo: Saul Loeb Agence France-Presse Le vice-président américain, Mike Pence, a affirmé que les États-Unis rendraient impossible toute résurgence de l’organisation État islamique, après le décès de militaires américains.

Seize personnes, dont quatre Américains, ont été tuées mercredi dans un attentat suicide revendiqué par le groupe djihadiste État islamique (EI) à Minbej, en Syrie. C’est l’attaque la plus meurtrière contre les forces américaines de la coalition internationale depuis 2014 dans ce pays.

« Deux militaires, un employé civil du ministère de la Défense et un employé d’un sous-traitant du Pentagone ont été tués, et trois autres militaires ont été blessés lors d’une interaction locale à Minbej, en Syrie, le 16 janvier », a indiqué le commandement central de l’armée américaine (Centcom) dans un communiqué.

Douze autres personnes — sept civils et cinq combattants d’une force arabo-kurde qui accompagnaient la patrouille américaine — ont également péri dans cet attentat près d’un restaurant du centre de Minbej (nord), selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), qui dispose d’un vaste réseau de sources dans le pays en guerre.

Une vidéo filmée par une agence kurde locale sur les lieux du drame montre une façade noircie et complètement éventrée, le sol couvert de gravats avec du sang sur le mur.

Après l’attaque, des blindés arborant le drapeau américain étaient visibles dans les rues de Minbej, tandis que des soldats armés montaient la garde, a constaté un collaborateur de l’AFP.

Le groupe EI a revendiqué, dans un communiqué sur l’application Telegram, l’attentat mené par « le frère kamikaze Abou Yassine al-Chami », qui a fait détoner sa veste d’explosifs au milieu d’une « patrouille comprenant des membres de la coalition croisée ».

En 2016, les Forces démocratiques syriennes (FDS), une force arabo-kurde soutenue par la coalition internationale, ont chassé le groupe EI de Minbej. En 2017, le Pentagone a affirmé que des militaires américains avaient été déployés dans le secteur de Minbej.

Malgré les défaites infligées à l’organisation djihadiste, qui a vu les territoires sous son contrôle se réduire comme peau de chagrin, le groupe parvient encore à mener des attentats meurtriers.

Retrait américain

L’attaque de Minbej est la plus meurtrière pour les forces américaines en Syrie, au vu des chiffres du Pentagone, qui a rapporté la mort ces dernières années de deux Américains tombés au combat dans ce pays, dans deux incidents distincts.

Elle survient après l’annonce en décembre d’un retrait prochain des troupes américaines de Syrie. Le président Donald Trump a justifié ce désengagement en assurant que le groupe EI avait été vaincu.

Mercredi, le vice-président américain, Mike Pence, a affirmé que les États-Unis rendraient impossible toute résurgence de l’organisation, après le décès de militaires américains.

« Nous resterons dans la région et nous poursuivrons la lutte pour assurer que le groupe EI ne montre plus sa face immonde », a déclaré M. Pence, en confirmant toutefois le futur désengagement annoncé des troupes américaines.

L’organisation EI est aujourd’hui acculée dans un réduit dans la ville orientale de Deir Ezzor, où elle est la cible d’une offensive des FDS avec l’appui de la coalition.

Zone de sécurité

Sur un autre plan, les forces kurdes ont rejeté l’établissement sous contrôle de la Turquie voisine d’une « zone de sécurité » dans le nord syrien.

Ankara a menacé de déloger par la force de sa frontière la principale milice kurde de Syrie, les Unités de protection du peuple (YPG), qu’elle considère comme un groupe « terroriste ».

Cherchant à trouver une solution médiane, M. Trump, dont le pays est un allié de la Turquie, a parlé de cette zone avec son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, qui a dit que son pays pourrait se charger de son contrôle.

« La Turquie n’est pas neutre, c’est une partie prenante au conflit », et elle ne peut par conséquent « être un garant de la sécurité », a protesté l’influent politicien kurde syrien Aldar Khalil à l’AFP. « Il peut y avoir une ligne de démarcation entre la Turquie et le nord syrien avec des forces de maintien de la paix de l’ONU. »

De leur côté, les FDS ont affirmé dans un communiqué ne pas s’opposer au principe d’une « zone de sécurité », à condition qu’y soit assurée « la protection de toutes les ethnies […] contre le danger d’un génocide, avec des garanties internationales ».

Pour Moscou, soutien du président Bachar al-Assad, c’est le régime qui devrait reprendre le contrôle du nord du pays après le retrait américain attendu.

Le conflit en Syrie, déclenché par la répression de manifestations pro-démocratie, a fait plus de 360 000 morts et poussé à la fuite des millions de personnes.