Mike Pompeo en tournée au Moyen-Orient

Mike Pompeo se rendra au cours d’un même voyage dans les six pays du Conseil de coopération du Golfe.
Photo: Andrew Caballero-Reynolds Agence France-Presse Mike Pompeo se rendra au cours d’un même voyage dans les six pays du Conseil de coopération du Golfe.

Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a amorcé mardi à Amman une tournée marathon au Moyen-Orient, appelant les alliés régionaux des États-Unis à poursuivre le combat contre les djihadistes et contre l’Iran malgré l’annonce du retrait américain de Syrie.

« Les menaces les plus importantes qui planent sur la région sont Daech », c’est-à-dire le groupe djihadiste État islamique (EI), « et la révolution islamique » que l’Iran cherche selon lui à exporter, a-t-il lancé lors d’une conférence de presse avec son homologue jordanien, Aymane Safadi, dans la capitale jordanienne.

En décembre et à la surprise générale, Donald Trump a annoncé le prochain retrait des quelque 2000 soldats américains déployés en Syrie pour combattre le groupe EI, dont il a clamé la défaite.

Il a d’abord évoqué un départ immédiat et rapide, semant le trouble chez ses partenaires régionaux et occidentaux, déjà ébranlés par la stratégie parfois illisible du président américain au Moyen-Orient. Depuis, le gouvernement américain s’emploie à rassurer, parlant d’un retrait lent et coordonné.

Le conseiller à la sécurité nationale John Bolton, arrivé en Turquie venant d’Israël, a quant à lui affirmé que les États-Unis allaient vérifier si le groupe EI a été vraiment vaincu avant de quitter la Syrie. Mike Pompeo, lui, s’est refusé à évoquer un calendrier.

Le départ de Syrie a été vu comme en contradiction avec la lutte antidjihadiste, mais aussi avec la priorité numéro un de Washington dans la région : contrecarrer l’influence jugée « déstabilisatrice » de l’Iran, impliqué militairement aux côtés du régime de Damas dans la guerre en Syrie.

Et ce, alors même que le gouvernement Trump tente de mettre en place une alliance stratégique du Moyen-Orient, sorte d’OTAN arabe contre Téhéran.

Une « phobie de l’Iran »

« La coalition pour contrer la révolution iranienne est aussi efficace aujourd’hui qu’hier, et j’espère vraiment qu’elle continuera à l’être, sinon plus, demain », a affirmé M. Pompeo, qui a rencontré le roi Abdallah II de Jordanie, l’un des principaux alliés des États-Unis dans la région.

« La décision du président de retirer nos gars de Syrie n’a aucune conséquence sur notre capacité à réussir cela », a-t-il souligné, promettant de « redoubler [...] les efforts diplomatiques et commerciaux pour mettre vraiment la pression sur l’Iran », soumis à des sanctions économiques américaines.

Mardi, le porte-parole de John Bolton a évoqué dans un communiqué un départ américain du « Nord-Est » syrien, semblant indiquer que Washington n’excluait pas de garder une présence militaire ailleurs dans le pays. Cela serait plus cohérent avec les précédentes affirmations de M. Bolton, qui a promis en septembre que les troupes américaines ne partiraient pas de Syrie « tant que les forces iraniennes » y resteraient.

« Les États-Unis remplacent une vraie politique étrangère par une obsession, voire une phobie de l’Iran » digne de « harceleurs psychotiques en détresse », a réagi le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, sur Twitter.

Le gouvernement Trump s’est aussi employé ces derniers jours à rassurer ses alliés kurdes qui combattent le groupe EI. Mike Pompeo a dit que la Turquie avait promis de les protéger. Et John Bolton a assuré que le retrait américain serait conditionnel à des garanties concernant la sécurité des alliés kurdes.

Mais le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a dénoncé les propos de John Bolton, jugés « inacceptables ».

L’entourage de M. Erdogan a nié une promesse de protéger des miliciens kurdes que le chef de l’État turc considère comme des « terroristes ». « Nous allons très bientôt passer à l’action pour neutraliser les groupes terroristes en Syrie », a insisté M. Erdogan.

Interrogé à Amman, Mike Pompeo n’a pas répondu aux attaques turques.

Outre la Jordanie, le responsable américain doit se rendre en Égypte, à Bahreïn, à Abou Dhabi, au Qatar, en Arabie saoudite, à Oman et au Koweït. La Maison-Blanche avait évoqué un déplacement à Bagdad, mais cette étape n’a pas été confirmée à ce stade par le département d’État.

Fait rare, Mike Pompeo se rendra au cours d’un même voyage dans les six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), miné par la crise entre le Qatar d’une part, Riyad, Abou Dhabi et Bahreïn de l’autre, pour les appeler à s’unir face à l’Iran chiite, rival régional de l’Arabie sunnite.

À Riyad, il devrait confirmer la décision de Donald Trump, qui a tenu à préserver l’alliance avec l’Arabie saoudite après le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en octobre, bien que le Sénat américain en impute la responsabilité au prince héritier du royaume, Mohammad ben Salmane.

Au menu des discussions dans le Golfe figure également la guerre dévastatrice au Yémen, où le royaume saoudien intervient militairement aux côtés du pouvoir face aux rebelles.

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