Attaques sonores à Cuba: Ottawa poursuit son enquête

L’an dernier, une étude menée par des scientifiques cubains au coeur de La Havane avait rapproché les sons entendus près des ambassades avec celui du chant produit par le grillon des steppes.
Photo: Yamil Lage Agence France-Presse L’an dernier, une étude menée par des scientifiques cubains au coeur de La Havane avait rapproché les sons entendus près des ambassades avec celui du chant produit par le grillon des steppes.

Grillons ou pas grillons ? Affaires mondiales Canada considère avec prudence la nouvelle hypothèse émise cette semaine par deux entomologistes qui évoquent le chant d’appel d’un grillon afin d’expliquer les attaques sonores dont a été victime le personnel diplomatique du Canada et des États-Unis en poste à Cuba entre 2017 et 2018.

Pour le ministère fédéral, « la cause des problèmes de santé » induits par ces sons chez plusieurs membres du personnel de l’ambassade canadienne à La Havane « reste inconnue » faute de preuves scientifiques suffisantes pour affirmer le contraire, a indiqué mardi au Devoir son porte-parole, Richard Walker.

« Nous étudions toutes les causes possibles, et nous continuerons de prendre les mesures nécessaires pour protéger nos diplomates et leurs familles. »

Dans le cadre du congrès annuel de la Société pour la biologie intégrative et comparative qui s’est conclu lundi à Tampa, en Floride, l’entomologiste américain Alexander L. Stubbs, de l’Université de Californie à Berkeley, et son homologue britannique Fernando Montealegre-Zapata, de l’Université de Lincoln en Grande-Bretagne, ont dévoilé les résultats de leur analyse d’un son enregistré par un employé de l’ambassade américaine de Cuba lors des attaques acoustiques.

Nous étudions toutes les causes possibles, et nous continuerons de prendre les mesures nécessaires pour protéger nos diplomates

Selon eux, ce signal sonore à très haute fréquence, diffusé par l’agence Associated Press (AP) à l’automne 2017, pourrait être d’origine animale.

« Le chant d’appel du grillon à queue courte des Indes (Anurogryllus celerinictus) correspond, à quelques nuances près, à l’enregistrement diffusé par l’AP par sa durée, par la fréquence de répétition des impulsions, par son spectre de puissance et par la stabilité des impulsions et leurs oscillations », écrivent-ils dans la version préliminaire d’une étude qu’ils se préparent à soumettre à des revues scientifiques dans les prochains jours.

L’an dernier, une étude menée par des scientifiques cubains au coeur de La Havane avait rapproché les sons entendus près des ambassades avec celui du chant produit par le grillon des steppes (Gryllus assimilis).

Les auteurs estiment par ailleurs que des recherches rigoureuses doivent être menées pour établir l’origine des problèmes de santé mis en avant par le personnel des ambassades après ces attaques acoustiques. Le syndrome de La Havane, comme on l’appelle, se résume à des lésions cérébrales traumatiques légères chez une trentaine de diplomates américains, canadiens et des membres de leurs familles. Elles ont induit des troubles de l’audition, des problèmes d’équilibre, en passant par des cas d’insomnie et des nausées.

« Le gouvernement reste profondément préoccupé par les problèmes de santé de certains diplomates et de familles canadiens en poste à Cuba. Ils ont notre soutien indéfectible, a dit M. Walker. Nous continuerons de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour leur fournir les conseils et le soutien voulus dans ces circonstances difficiles. »

Avec Marie Vastel