Des grillons seraient à l’origine des attaques sonores de La Havane

Cette nouvelle hypothèse dans l’affaire des attaques sonores de La Havane vient d’être révélée par les entomologistes Alexander L. Stubbs et Fernando Montealegre-Zapata.
Photo: Adalberto Roque Agence France-Presse Cette nouvelle hypothèse dans l’affaire des attaques sonores de La Havane vient d’être révélée par les entomologistes Alexander L. Stubbs et Fernando Montealegre-Zapata.

Découverte surprise. Plus de deux ans après les mystérieuses attaques sonores qui ont touché les ambassades des États-Unis et du Canada à La Havane, deux scientifiques semblent avoir trouvé l’origine du son qui a induit des problèmes de santé chez plusieurs diplomates en poste à Cuba entre 2016 et 2017. Ce son ne proviendrait pas d’une arme secrète et expérimentale, comme il a été longuement estimé dans les dernières années, mais plutôt d’un insecte tapageur : le grillon à queue courte des Indes.

Cette nouvelle hypothèse dans l’affaire des attaques sonores de La Havane vient d’être révélée par l’entomologiste américain Alexander L. Stubbs, de l’Université de Californie à Berkeley, et son homologue britannique Fernando Montealegre-Zapata, de l’Université de Lincoln en Grande-Bretagne, lors du congrès annuel de la Société pour la biologie intégrative et comparative, qui s’est conclu lundi à Tampa en Floride. Elle repose sur l’analyse d’un son enregistré par un employé de l’ambassade américaine à Cuba lors d’une de ces « attaques acoustiques ». L’agence Associated Press (AP) avait rendu public l’enregistrement en octobre 2017.

« Le chant d’appel du grillon à queue courte des Indes (Anurogryllus celerinictus) correspond, à quelques nuances près, à l’enregistrement diffusé par l’AP, par sa durée, par la fréquence de répétition des impulsions, par son spectre de puissance et par la stabilité des impulsions et leurs oscillations », dans la version préliminaire d’une étude qu’ils se préparent à soumettre à des revues scientifiques dans les prochains jours.

Selon eux, les faits convergent pour attribuer le signal à très haute fréquence décrit par plusieurs diplomates non pas à une arme technologique sonore, mais plutôt à « l’écho du chant » de ce grillon, en provenance de l’extérieur et capté à l’intérieur d’une pièce de l’ambassade.

« Cette explication est tout à fait plausible », juge le spécialiste des grillons, Gérald Pollack professeur de biologie à l’Université McGill joint par Le Devoir lundi. Il précise toutefois qu’à « l’exception d’insomnies », le chant du grillon n’a jamais été, à sa connaissance, « à l’origine de problèmes de santé ».

Pourtant, les « attaques acoustiques » de La Havane ont été tenues responsables à ce jour de lésions cérébrales traumatiques légères chez une trentaine de diplomates américains, canadiens et membres de leurs familles. Elles ont induit des troubles de l’audition, des problèmes d’équilibre, en passant par des cas d’insomnie et des nausées.

Depuis plus de deux ans, les attaques acoustiques de La Havane sont un point de tension diplomatique entre les États-Unis, qui accuse Cuba d’agression sonore, et le gouvernement cubain, qui se défend d’avoir eu des gestes belliqueux envers les États-Unis et le Canada en mettant à profit une technologie acoustique.

Dans la foulée de ces « attaques », le gouvernement canadien a rapatrié au printemps dernier les familles de son personnel diplomatique à Cuba et a transformé la nature des postes dans ce pays en « postes non accompagnés » pour protéger l’entourage de ses employés. La GRC a également ouvert une enquête.

Les auteurs de l’étude soulignent que les problèmes de santé éprouvés par le personnel diplomatique sont « en dehors du cadre de leur recherche », mais précisent que leur découverte appelle désormais à des « recherches rigoureuses » afin de déterminer la source de ces troubles, qui pourraient être d’origine « psychogène » ou « psychologique » et non lié aux « attaques sonores », écrivent-ils.