Tour du monde des événements marquants

Le 2 octobre, Jamal Khashoggi pénètre dans le consulat saoudien à Istanbul. Il n’en ressortira pas vivant.
Photo: Ozan Kose Agence France-Presse Le 2 octobre, Jamal Khashoggi pénètre dans le consulat saoudien à Istanbul. Il n’en ressortira pas vivant.

On dit souvent que les nouvelles internationales se résument aux catastrophes et aux guerres qui déchirent la planète. Que le poids d’une nouvelle dépend du nombre de morts. Que l’on ne s’intéresse qu’aux scandales qui se jouent entre dirigeants. Mais comment passer à côté de ces drames sans sombrer dans l’indifférence ? Plutôt que de taire ces noirceurs, Le Devoir a choisi de faire ressortir l’espoir dans chacune des nouvelles internationales qui ont marqué l’année 2018.

Jamal Khashogghi

Le 2 octobre, Jamal Khashoggi pénètre dans le consulat saoudien à Istanbul. Il n’en ressortira pas vivant. Qui a commandité le meurtre de ce chroniqueur du Washington Post, critique acharné du régime saoudien ? Peu à peu, les soupçons se resserrent autour du prince héritier Mohammed ben Salmane, devenu l’homme fort du royaume en 2017. Celui qui était jusque-là qualifié de « réformateur » par les capitales occidentales devient un paria. Les alliés occidentaux prennent (enfin) leurs distances face au régime pétrolier, brutal et impétueux. La pression s’accentue pour qu’une sortie de crise soit négociée au Yémen voisin, où l’Arabie saoudite soutient militairement le gouvernement. Et les efforts acharnés de certains régimes pour anéantir la liberté de presse sont crûment mis en lumière.

Migrants

La crise des migrants s’est poursuivie cette année en Méditerranée, où plus de 2200 personnes qui espéraient gagner le continent européen sont mortes noyées. Pendant ce temps, l’Europe s’entre-déchirait sur le sort réservé à ceux qui parvenaient à ses portes ; plusieurs pays décidant de fermer leurs frontières. En Amérique centrale, une caravane de migrants s’est formée en octobre, rassemblant des milliers de personnes déterminées à traverser le continent à pied pour se rendre jusqu’aux États-Unis, en quête d’une vie meilleure. Des milliers de soldats américains déployés à la frontière américano-mexicaine les ont toutefois contraints à rebrousser chemin. Dans cette année marquée par le phénomène de la criminalisation des migrants, une lueur est arrivée en fin d’année au moment de la signature par 160 pays du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, le premier cadre coopératif mondial qui aborde le thème des migrations.

Gilets jaunes

La classe moyenne s’est réveillée en France dans la dernière ligne droite de l’année 2018. En quelques semaines, le mouvement des gilets jaunes a séduit des dizaines de milliers de Français en mal d’institutions plus représentatives et d’un niveau de vie plus décent. La colère des gilets jaunes a culminé en des scènes de violence aux accents insurrectionnels, à Paris comme ailleurs en province. Après quatre semaines de pression, le président Emmanuel Macron a plié, offrant aux Français plusieurs mesures visant à hausser leur pouvoir d’achat. La force de la rue a réussi à faire reculer l’État ; l’élite politique s’est courbée devant des citoyens ordinaires. Mais plus encore, le mouvement des gilets jaunes a uni Français de gauche comme de droite, faisant tomber les clivages politiques, le temps d’une lutte commune.

Brexit

Aucun divorce n’est facile, mais celui-ci est particulièrement laborieux. Après des mois de négociations, la première ministre Theresa May a soumis un projet d’accord de transition aux parlementaires britanniques. Celui-ci contient le fameux « filet de sécurité », solution qui soulève les passions et qui permet d’éviter le retour d’une frontière physique entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. Ce qui prend par moments les allures d’un épisode d’entre-déchirement en règle de la société britannique offre en outre un rare moment d’unité des 27 pays qui demeurent membres de l’Union européenne. Tout au long de cette fastidieuse négociation, les 27 n’ont pas fléchi, présentant un front soudé au sein de cette union politique sans cesse tiraillée par d’innombrables tensions, accentuées cette année par la crise migratoire.

Enquête Mueller

Méticuleux et déterminé, le procureur spécial Robert Mueller abat ses cartes une à une. Chargé de faire la lumière sur la présumée ingérence russe dans l’élection présidentielle américaine de 2016, cet ancien directeur du FBI a déjà un tableau de chasse bien garni et tisse lentement sa toile autour de Donald Trump. Son ancien avocat Michael Cohen, son ancien directeur de campagne Paul Manafort et son ex-conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn sont tombés cette année. Dans cette présidence chaotique, soumise aux aléas de l’humeur d’un politicien hors norme, qui bouscule parfois sans même s’en apercevoir les socles de la démocratie du pays le plus puissant du monde, la force des institutions politiques et judiciaires est indubitablement soulignée à gros traits, jour après jour.

Corée du Nord

La rhétorique guerrière entre Donald Trump et Kim Jong-un avait fait craindre le pire en 2017. En 2018, les insultes et les menaces ont cédé le pas aux embrassades et aux échanges de politesse entre ces deux hommes impulsifs et bouillonnants. Le 12 juin à Singapour, le président américain et son vis-à-vis nord-coréen échangent une poignée de main qui fera en quelques secondes le tour du monde. Le sommet Trump-Kim ouvre la porte à une dénucléarisation de la péninsule coréenne, à une suspension des exercices militaires conjoints entre les États-Unis et la Corée du Sud et à la conclusion d’un traité officialisant la fin de la guerre de Corée. Mesures de façade pour certains, moment historique pour d’autres, difficile pour l’instant de déterminer si le prochain sommet tant attendu offrira les résultats espérés. Mais la table est mise pour trouver une issue diplomatique à un conflit qui perdure depuis près de 70 ans.

Syrie, Afghanistan, Yémen…

La liste des pays en guerre est toujours trop longue. Les espoirs de paix durable en Afghanistan, en Syrie et au Yémen se sont évaporés encore cette année. En Afghanistan, le conflit s’éternise et tombe dans l’oubli. Pourtant, c’est là que la guerre a fait le plus de victimes cette année avec 40 000 vies enlevées. En Syrie, la guerre civile continue de faire des ravages, emportant avec elle cette année 7100 civils. Et les hostilités au Yémen ont fait des milliers de morts en 2018, tout en menaçant 14 millions de Yéménites de famine. De ce sombre portrait d’une humanité qui s’entre-dévore, il faut tout de même se rappeler que les conflits armés sont moins nombreux qu’ils ne l’étaient et qu’une décroissance — bien que non continue — du nombre de victimes civiles est observée depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Tensions avec la Russie

La Russie est bien déterminée à réaffirmer sa puissance sur la scène internationale. Et cette amplitude renouvelée ne se fait pas sans heurts. Que ce soit par les avancées dans l’enquête sur l’ingérence russe dans l’élection présidentielle américaine de 2016, par l’empoisonnement présumé de l’ex-espion russe Sergueï Skripal et de sa fille le 4 mars au Royaume-Uni ou par la capture de trois navires ukrainiens et de leur équipage le 25 novembre en mer Noire, les manoeuvres russes attisent les tensions avec l’Occident. Elles rappellent certainement à certaines puissances occidentales des tactiques qui sont loin de leur être étrangères. Rien ne laisse présager un éventuel affrontement armé, mais cette montée en puissance de la Russie pourrait bien tempérer l’arrogance de l’Occident sur la scène internationale.