Le Japon reprend la chasse à la baleine, au grand dam de la communauté internationale

En réalité, le Japon n’a jamais vraiment arrêté la chasse à la baleine. Il n’a cessé de profiter d’une faille juridique du moratoire qui autorisait la chasse à des fins scientifiques.
Photo: Kyodo News via Associated Press En réalité, le Japon n’a jamais vraiment arrêté la chasse à la baleine. Il n’a cessé de profiter d’une faille juridique du moratoire qui autorisait la chasse à des fins scientifiques.

Tokyo a annoncé son retrait de la Commission baleinière internationale. Une décision qui tourne la page sur trente ans de respect officiel du moratoire sur la chasse commerciale du cétacé, et renoue avec une tradition gustative très ancienne, honnie par les défenseurs de l’environnement.

Trente ans exactement. Cela faisait trente ans que le Japon respectait le moratoire sur la chasse commerciale à la baleine. Et tout vient soudain de voler en éclat. Tokyo a annoncé mercredi son retrait de la Commission baleinière internationale (CBI), organisme créé après la guerre pour réguler la population mondiale de cétacés. La Commission sera formellement notifiée « d’ici à la fin de l’année », ce qui devrait permettre un retrait officiel le 30 juin. Le Japon reprendra donc la chasse dès juillet. Il sera le troisième pays, avec la Norvège et l’Islande (1), à pratiquer ouvertement la chasse des cétacés. Au grand dam de la communauté internationale.

La chasse à la baleine est interdite depuis 1982. Le Japon y a mis fin en 1988, mais n’a cessé depuis d’affirmer que certaines espèces se portent bien, que les preuves scientifiques témoignent même de leur abondance. Il n’a toutefois jamais réussi à convaincre la majorité des membres de la CBI.

Proposition torpillée

La discorde était palpable lors du dernier sommet, en septembre au Brésil. Le Japon avait tenté de faire passer un texte baptisé « Le chemin à suivre », visant à autoriser la mise en place de quotas de chasse commerciale pour les espèces de baleines jugées en nombre suffisant. L’idée était de faire coexister la préservation et la chasse des baleines, à travers un « comité de la chasse à la baleine durable ». En vain. La proposition a été torpillée par les pays défenseurs de la baleine, avec en tête l’Australie, l’Union européenne et les États-Unis, à 41 voix contre, 27 pour et 2 abstentions.

Le vice-ministre japonais de la Pêche, Masaaki Taniai, avait alors vivement regretté le résultat du vote. « Nous devons noter qu’il y a des communautés dans le monde entier qui considèrent la chasse à la baleine comme un élément important de leur subsistance, de leur culture et de leurs traditions, avait-il déclaré. Le Japon estime que nous devrions tous respecter cette diversité. » Et Masaaki Taniai de menacer déjà de quitter la commission.

« Lors de la réunion de septembre, il est devenu évident que la défense d’une utilisation durable des baleines est incompatible avec celle de leur protection », a souligné mercredi le porte-parole du gouvernement, Yoshihide Suga, lors d’une conférence de presse. Le Japon préfère donc rompre le dialogue et quitter la CBI, instance de 89 membres à laquelle il avait adhéré dès 1951.

Mercredi, les réactions ont été immédiates. Le gouvernement australien s’est dit « extrêmement déçu » et a exhorté le Japon à revoir sa position. Le ministre des Affaires étrangères néo-zélandais, Winston Peters, a adressé à Tokyo un message similaire, fustigeant « une pratique dépassée et inutile ». « La décision du Japon est en décalage complet avec la communauté internationale, et fait fi de la nécessité de protéger nos océans et ces créatures majestueuses », a commenté pour sa part Sam Annesley, responsable de la filiale japonaise de Greenpeace.

Période de gestation

En réalité, le Japon n’a jamais vraiment arrêté la chasse à la baleine. Il n’a cessé de profiter d’une faille juridique du moratoire qui autorisait la pêche à des fins scientifiques. Chaque hiver, il envoyait ainsi ses baleiniers dans les eaux de l’Antarctique et du nord-ouest du Pacifique. Lors de la dernière campagne, de novembre 2017 à mars 2018, 333 baleines de Minke ont été tuées, dont 122 se trouvaient en période de gestation, et ce, bien souvent pour finir sur les étals des poissonniers.

Le Japon affirme qu’il cessera ces activités « prétendument scientifiques » dès qu’il quittera la commission. Il n’ira donc plus dans les eaux de l’Antarctique et de l’hémisphère sud et limitera la pêche commerciale aux eaux territoriales et à la zone économique exclusive. Il respectera également des quotas selon une méthode calculée par la CBI afin de ne pas épuiser les ressources.

« C’est si bon ! » disent les Japonais à qui l’on demande s’ils ont déjà mangé de la chair de baleine. Cette chasse est en effet une tradition séculaire qui remonterait au XIIe siècle et que le Japon souhaite préserver. « Nous espérons que cette décision permettra de la transmettre à la prochaine génération », a d’ailleurs souligné Yoshihide Suga.

Après la Seconde Guerre mondiale, la baleine est devenue une source de protéines vitale dans un pays exsangue. La pêche s’est accélérée et, à son apogée dans les années 1950, le Japon ramenait 2000 cétacés dans ses ports. Nombre de Japonais de plus de 40 ans se rappellent y avoir goûté dans leur enfance mais affirment ne plus en manger, ou bien très rarement, dans de rares restaurants spécialisés.

(1) L’industrie baleinière islandaise a néanmoins décidé cet été de mettre fin à la chasse à la baleine de Minke, la jugeant trop peu rentable, selon le Fonds international pour la protection des animaux.