Un rapport avec les images d'Irakiens maltraités? - L'Amérique est horrifiée par la décapitation de Nick Berg

«Nous achèverons notre tâche.»
Photo: Agence Reuters «Nous achèverons notre tâche.»

Washington — Les États-Unis, encore ébranlés par le scandale des sévices infligés par des soldats américains à des détenus irakiens, sont horrifiés par la décapitation d'un de leurs ressortissants, un civil qui travaillait en Irak.

La nouvelle de la décapitation de Nicholas Berg a été diffusée dès mardi par les médias américains alors que la commission des forces armées du Sénat poursuivait ses débats sur les circonstances et les responsabilités des sévices infligés par des militaires américains à des détenus irakiens de la prison d'Abou Ghraïb.

«Il n'y a pas de justification à l'exécution brutale de Nicholas Berg, absolument aucune justification», a déclaré hier le président George W. Bush. «Les actions des terroristes qui ont exécuté cet homme viennent nous rappeler la nature du petit nombre qui veut empêcher les progrès de la liberté en Irak.»

Son porte-parole, Scott McClellan, avait qualifié plus tôt ce meurtre de «brutal et barbare» et affirmé que les États-Unis ne céderaient pas devant les terroristes. «Nous achèverons notre mission, notre tâche», a assuré le président américain dans des déclarations à la presse.

Scott McClellan a aussi affirmé qu'il était important de séparer le meurtre de Berg des sévices commis par des militaires américains contre des prisonniers irakiens. «Il faut dire clairement que les terroristes trouveront de nouvelles excuses pour commettre leurs actes maléfiques. Nous l'avons vu à Madrid, nous l'avons vu le 11 septembre [2001] dans notre propre pays, nous l'avons vu à Istanbul, nous l'avons vu dans beaucoup d'endroits dans le monde», a rappelé M. McClellan.

Les images de l'assassinat n'ont pas été diffusées par les chaînes de télévision américaines, mais elles sont visibles sur des sites Internet.

Celles des sévices infligés par des soldats américains à des prisonniers irakiens continuent parallèlement de choquer les Américains et le monde.

Le Washington Post estime pour sa part que «la mort de Berg est apparemment le premier acte de vengeance pour les images, largement diffusées, de détenus irakiens maltraités et sexuellement humiliés».

Scène insoutenable

Les télévisions américaines ont choisi de ne diffuser que partiellement les images de la mise en scène macabre qui a précédé l'exécution de Nicholas Berg, 26 ans, apparemment perpétrée par un groupe lié à al-Qaïda, la scène de la décapitation ayant été jugée insoutenable pour le grand public. Ces mêmes chaînes, CBS en tête, ont largement montré les images des mauvais traitements subis par les détenus irakiens à Abou Ghraib.

Toute la presse écrite, sans exception, a montré une photo de cinq hommes masqués et armés debout derrière le jeune homme en combinaison orange, assis à leurs pieds, ainsi que celle de son père, Michael, effondré dans les bras de son autre fils, David.

Avant son enlèvement, Nicholas Berg, qui, selon le Post, réparait des antennes de transmission à Bagdad, avait été détenu par la police irakienne pendant deux semaines après avoir été arrêté fin mars pour des raisons inconnues à un barrage routier, près de Mossoul (nord).

Il avait ensuite été interrogé par le FBI (police fédérale américaine), ce qui avait incité ses parents, sans nouvelles de lui entre le 24 mars et le 8 avril, à engager des poursuites contre les autorités américaines pour détention illégale. Ils avaient ensuite retiré leur plainte en apprenant qu'il avait été enlevé.

La presse américaine rapporte en outre que les parents tiennent le Pentagone responsable du contexte qui a abouti au meurtre de leur fils. Selon la chaîne CNN, Berg, peu avant sa disparition, travaillait à Bagdad, à quelques pas de la prison d'Abou Ghraib.

La mort de Berg a rappelé aux Américains celle non moins brutale du journaliste du Wall Street Journal Daniel Pearl en 2002 au Pakistan. Il avait lui aussi été décapité par ses ravisseurs qui filmaient la scène.

Des parlementaires américains ont exprimé leur indignation à la vue de ces images, refusant de les comparer à celles des sévices infligés à des détenus irakiens et accusant les auteurs de l'exécution de se comporter comme des «animaux».

«Nous nous distinguons de nos ennemis par la façon dont nous traitons nos ennemis», a déclaré mardi soir le sénateur républicain John McCain, un ancien prisonnier de guerre au Vietnam. «En Irak, la moralité est de notre côté. Pour nos ennemis, c'est exactement le contraire. Ils sont inhumains et immoraux», s'est insurgé le sénateur démocrate Joe Lieberman.