La soldate England dit avoir obéi aux ordres

Fayetteville — La soldate Lynndie England, qui risque la cour martiale en raison de ces photos d'elle, souriante aux côtés de prisonniers irakiens nus subissant sévices et humiliations sexuelles, se défend: elle affirme avoir agi sur instruction et contre sa volonté lors de séances de pose, pour des photos destinées à exercer des pressions psychologiques sur les détenus.

Interrogée sur la chaîne KCNC-TV de Denver (Colorado), Lynndie England, au coeur du scandale, affirme avoir reçu de ses supérieurs des consignes précises sur la manière dont elle devait poser. À la question de savoir qui avait donné ces ordres, elle se contente de répondre: «Des personnes dans ma chaîne de commandement.»

Sur ces images ayant fait le tour du monde, la réserviste de 21 ans, cigarette à la bouche et souriante, montre du doigt les parties génitales un détenu cagoulé et nu. Sur une autre, toujours aussi hilare, elle tient en laisse un homme nu, couché au sol.

«J'ai reçu l'instruction de personnes gradées de me mettre debout là, de tenir cette laisse, de regarder l'appareil photo», et on a pris des photos pour les «PsyOPs» (opérations psychologiques), dit-elle. Selon elle, ses supérieurs se sont montrés ravis des photos, disant: «Vous vous en sortez très bien, continuez.» «Je ne voulais vraiment pas être sur quelque photo que ce soit», affirme-t-elle, ajoutant qu'elle trouvait tout cela «plutôt bizarre».

Quand on lui demande si des choses pires de ce qu'on voit sur les images se sont passées, elle répond que oui, mais elle refuse d'en dire plus.

Si le premier procès militaire de l'un des réservistes mis en cause dans l'affaire des sévices à Abou Ghraïb doit s'ouvrir la semaine prochaine à Bagdad, aucune date n'a encore été fixée pour celui de Lynndie England.

Après avoir rencontré sa cliente à Fort Bragg (Caroline du Nord), l'avocat Giorgio Ra'Shadd a estimé qu'elle ne devrait pas être utilisée comme bouc émissaire par l'armée et il croit qu'elle avait été entraînée dans ces situations par des agents du renseignement ayant subverti la chaîne de commandement. Selon lui, la soldate England a été utilisée pour que ces photos humiliantes puissent ensuite être montrées à des prisonniers plus importants, en les menaçant du même traitement.

1200 nouvelles photos

De nouvelles photos de sévices infligés à des prisonniers irakiens ont été montrées hier à des membres du Congrès des États-Unis. Un parlementaire a parlé à leur sujet d'une descente dans «les cercles de l'enfer».

Certains membres républicains éminents du Congrès ont demandé à ce que ces clichés ne soient pas rendus publics car ils pourraient, selon eux, mettre en danger des militaires américains déployés à l'étranger.

Des sénateurs et des représentants ont eu l'occasion de voir un ensemble de plus de 1200 photos dans des pièces distinctes lors d'une présentation effectuée par le Pentagone.

Selon Jane Harman, représentante démocrate de la Californie, ces nouvelles photos montraient des scènes de «torture cruelle et sadique».

«On a vu beaucoup de personnes mortes et de nombreuses personnes brutalisées», a affirmé le sénateur indépendant James Jeffords sans pouvoir dire si les blessures avaient été subies avant ou après la capture des prisonniers.