Saddam, un homme doux et... unique

Oslo — Saddam Hussein n'avait pas de sosie officiel, contrairement à une idée répandue, affirme Alaa Bachir, ancien médecin personnel du dictateur irakien déchu, dans un entretien accordé à l'AFP lors de la sortie d'un livre dans lequel il évoque son patient le plus célèbre. «Personne ne m'a jamais approché pour opérer qui que ce soit afin d'en faire le double de Saddam Hussein. J'aurais pourtant été un choix évident. Je n'ai pas non plus rencontré qui que ce soit qui ait subi une telle opération», assure Alaa Bachir.

Membre de l'équipe médicale de Saddam Hussein pendant 20 ans, le spécialiste de la chirurgie esthétique démonte ainsi la thèse commune dans les pays occidentaux selon laquelle le despote irakien s'était entouré de plusieurs sosies pour compliquer sa capture. L'an dernier encore, alors même que les troupes américaines approchaient de Bagdad, Saddam Hussein s'était offert un bain de foule dans la capitale, faisant dire à certains qu'il s'agissait vraisemblablement d'un double.

Âgé de 64 ans, M. Bachir affirme n'avoir jamais retouché les traits du président irakien, sauf après un accident de voiture survenu en février 1991 au beau milieu de la guerre du Golfe. Saddam Hussein, qui roulait dans Bagdad plongé dans le noir, avait alors eu plusieurs coupures au visage et l'auriculaire droit quasiment sectionné.

Appelé en 1983 auprès du raïs parce que celui-ci appréciait ses tableaux, M. Bachir, qui est aussi un artiste reconnu, est prudent lorsqu'il évoque son ancien patient. «Normalement, il est très gentil, très doux et très poli. Mais il est très dur avec ceux qui s'opposent à lui», dit-il, parlant toujours de lui au présent.

L'Irak de Saddam Hussein méritait-il d'être placé dans l'«axe du mal»? «Changer le régime était juste, mais la façon dont il a été changé ne l'était pas», répond-il sans vouloir s'étendre.

Bien qu'appartenant à un cercle de privilégiés, le chirurgien n'a pas été épargné par la violence du régime. Au début des années 80, trois de ses cousins germains, membres d'un parti religieux, ont ainsi été vraisemblablement exécutés: «Ils ont été mis en prison et ils ne sont jamais revenus», selon lui.

Pourquoi Alaa Bachir, qui avait prétendument l'oreille de Saddam, n'est-il pas intervenu pour le sauver? «C'était la politique à l'époque», élude-t-il.