Affrontement dans la bande de Gaza - Six soldats israéliens périssent dans l'explosion d'un blindé

Des membres du Hamas ont paradé avec des morceaux de métal et de chair humaine.
Photo: Agence Reuters Des membres du Hamas ont paradé avec des morceaux de métal et de chair humaine.

Gaza — C'est l'un des affrontements les plus sanglants survenus à Gaza ces derniers mois. Une violente bataille s'est déroulée hier dans le secteur de Zeitoun, après l'explosion d'un blindé israélien qui a coûté la vie à six soldats. Huit Palestiniens ont été tués et 123 autres blessés, alors qu'Ariel Sharon convoquait une réunion d'urgence de son cabinet restreint pour préparer les représailles.

Pendant plus de seize heures, Gaza a été le théâtre d'explosions et de tirs de mitraillettes provenant de chars et d'hélicoptères israéliens, tandis qu'une épaisse fumée s'élevait dans les airs. L'incursion de l'armée, avec chars et bulldozers, était au départ destinée à repérer des ateliers de fabrication d'armes dans le secteur de Zeitoun. Mais elle a rapidement dégénéré après un attentat perpétré contre un de ses blindés. Plusieurs centaines de soldats ont envahi la zone, à la recherche des corps des six soldats tués dans l'explosion.

Le premier ministre israélien a convoqué une réunion d'urgence de son cabinet pour envisager des mesures de représailles contre des activistes palestiniens. Mais, selon des responsables de la sécurité israélienne, le président de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, ne devrait pas être la cible de ces représailles. Devant la Knesset, Ariel Sharon a, en tout cas, promis une contre-attaque de l'État hébreu.

«Nous combattons un ennemi sans pitié, dépourvu de sentiments humains. Nous ne cesserons pas de le combattre et de lui porter des coups, où qu'il agisse et où qu'il se cache», a-t-il déclaré.

«Aucune clémence»

Le général Dan Harel a précisé que l'armée resterait à Gaza jusqu'à ce que les corps des victimes israéliennes aient été récupérés. «Nous montons sur chaque toit et chaque balcon pour retrouver les restes du véhicule blindé et les corps de nos soldats». Car, après l'attentat, des membres du Hamas ont paradé avec des morceaux de métal et de chair humaine, affirmant les avoir recueillis sur les lieux de l'explosion.

Deux autres organisations palestiniennes, les Brigades des martyrs d'al-Aqsa et le Djihad islamique, ont également affirmé détenir des restes de soldats et se sont dit prêtes à négocier avec Israël, mais le général Moshe Yaalon, chef de l'état-major, a rejeté cette éventualité, affirmant que les coupables ne bénéficieraient «d'aucune clémence».

Selon des sources diplomatiques israéliennes, l'État hébreu a demandé au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) de l'aider à récupérer les corps de ses hommes. Requête acceptée par l'organisation, qui a pris contact avec les autorités palestiniennes.

Le blindé, qui transportait lui-même une centaine de kilos d'explosifs, a explosé vers 6h30, hier, en roulant sur une bombe de forte puissance, au moment où il quittait Gaza. Selon un responsable de Tsahal, la déflagration a déchiqueté les corps des soldats, projetés dans un rayon de 300 mètres.

Au total, huit Palestiniens, dont au moins trois hommes armés, ont été tués dans cette bataille, à laquelle ont participé des centaines de combattants: sept dans des échanges de tirs et un autre lors d'une frappe dirigée contre une voiture, peu après l'explosion. On ne savait pas, dans l'immédiat, pour quelles raisons ce véhicule, garé devant un atelier de carrosserie, avait été attaqué. De source hospitalière, on a précisé par ailleurs que 123 Palestiniens avaient été blessés, dont 14 grièvement, et six lors du raid aérien.

Le premier ministre palestinien, Ahmed Qoreï, a accusé Tsahal de chercher à saboter les espoirs de paix. «Chaque fois qu'il y a un espoir de paix et de reprise des pourparlers, Israël insiste pour aller dans certains endroits et entraîne une escalade de la situation», a-t-il dénoncé.

Yasser Arafat a réuni son cabinet de sécurité à Ramallah (Cisjordanie), avant de publier un communiqué dans lequel l'Autorité palestinienne déclare être en contact avec ses «frères de Gaza» pour résoudre la question des restes des soldats israéliens «selon les traditions religieuses et humanitaires».

Le secrétaire d'État américain, Colin Powell, a appelé son homologue israélien, Silvan Shalom, et s'est déclaré «très inquiet et choqué» par ce qui s'est passé à Gaza, selon son ministère.