Coupable des tortures: la «chaîne de commandement»

Le général Antonio Taguba a insisté devant les sénateurs américains sur le caractère limité des mauvais traitements infligés aux prisonniers irakiens.
Photo: Agence Reuters Le général Antonio Taguba a insisté devant les sénateurs américains sur le caractère limité des mauvais traitements infligés aux prisonniers irakiens.

Washington — La responsabilité des sévices infligés par des soldats américains à des détenus irakiens incombe directement à une poignée de geôliers et à un commandement totalement déficient sur le terrain, a déclaré hier, au Congrès, le général américain chargé d'un rapport sur ce scandale.

Cet officier, le général Antonio Taguba, a insisté, devant les parlementaires de la commission des forces armées du Sénat, sur l'aspect limité du phénomène dans les rangs de l'armée, alors que certains craignent de voir ces mauvais traitements érigés en système.

«Nous n'avons trouvé aucune preuve d'une politique ou d'un ordre direct donné à ces soldats pour qu'ils fassent ce qu'ils ont fait» à des détenus irakiens, a déclaré le général Taguba. «Je pense qu'ils ont agi de leur propre chef et je pense qu'ils ont collaboré avec quelques-uns des enquêteurs des renseignements militaires à un niveau subalterne», a ajouté l'officier, âgé de 53 ans, auteur en mars d'un rapport sur les sévices commis à l'automne 2003 dans la prison d'Abou Ghraïb en Irak.

L'un des membres les plus éminents de la commission, le démocrate Carl Levin, a laissé entendre, au cours de l'audition, que des militaires de rang élevé dans la hiérarchie avaient pu donner l'ordre de maltraiter des détenus pour leur soutirer des informations.

«Les colliers utilisés sur les prisonniers, les chiens et les caméras ne sont pas soudainement sortis de nulle part, a déclaré M. Levin. «Ces abus ne pouvaient être des actes spontanés de militaires de base. Ils ont clairement été ordonnés par d'autres.»

Ces assertions ont été rejetées par le général Taguba. «En fin de compte, quelques soldats et civils se sont mis ensemble pour commettre des abus et mener des actes de violence sur des détenus et d'autres civils, hors des lois internationales et des Conventions de Genève», a-t-il dit.

Les médias américains ont montré ces dernières semaines des photos de détenus irakiens dans la prison d'Abou Ghraïb, nus et dans des postures particulièrement dégradantes. La chaîne de télévision CBS avait été la première à diffuser des photos d'exactions, le 28 avril.

Le général Taguba a notamment mis en cause la générale réserviste Janis Karpinski, de la police militaire, qui commandait les militaires affectés à Abou Ghraïb et qui a été suspendue de ses fonctions. La générale Karpinski avait affirmé pour sa défense qu'elle n'avait pas accès à tous les secteurs de la prison, notamment ceux où les mauvais traitements ont été infligés. «Il m'est difficile de croire qu'elle en avait été exclue», a rétorqué le général Taguba.

Le sous-secrétaire à la Défense chargé du renseignement, Stephen Cambone, a de son côté catégoriquement démenti que les sévices entraient dans le cadre d'une politique du Pentagone.

«Toutes les activités d'interrogatoire [en Irak] étaient menées selon les obligations et dans les limites des termes de la Convention» de Genève, a-t-il assuré à la commission. «Nous enquêtons actuellement pour savoir pourquoi des soldats [...] à la prison d'Abou Ghraïb ne se sont pas sentis tenus de respecter les procédures et les directives.»

Plusieurs sénateurs républicains influents, dont John McCain, Chuck Hagel et l'ultraconservateur Lindsey Graham, tous membres de la commission des forces armées du Sénat, insistent pour que toute la lumière soit faite et que personne n'échappe à ses responsabilités.

Les démocrates réclament la démission du secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, à qui le président George W. Bush a réaffirmé son soutien lundi.