Le président Kadirov est inhumé - L'incertitude plane sur la Tchétchénie

Vladikavkaz — Les obsèques du président tchétchène, Akhmad Kadirov, assassiné dimanche dans un attentat dans le stade de Grozny, se sont déroulées hier dans le village de son clan, en présence de plusieurs milliers de personnes, alors que l'on s'interroge sur l'échec de la stratégie du Kremlin dans le Caucase et son éventuelle révision.

Le bilan de l'attentat, commis avec des obus d'artillerie placés sous la tribune, a été fortement révisé à la baisse. Alors que les urgences avaient annoncé 24 morts, il n'était plus question que de six morts et 57 blessés hier, selon le vice-ministre tchétchène des situations d'urgence, Akhmad Djeirkhanov. Le plus illustre de ces blessés est le chef du contingent russe lui-même, le général Valeri Baranov, qui se trouvait aux côtés de M. Kadirov et qui a dû être amputé d'une jambe. Deux ministres ont aussi trouvé la mort.

Les obsèques d'Akhmad Kadirov ont eu lieu dans son village de Tsentoroï, dans le sud-est de la République. Sa dépouille recouverte de blanc, couleur du deuil, le président, qui avait aussi été grand mufti de Tchétchénie, a été inhumé conformément au rite musulman, majoritaire dans cette petite république du Caucase. Il avait été élu en octobre sur le score de 83 % des voix, jugé fantaisiste par les organisations de défense des droits de l'homme, mais avait été nommé de fait par le Kremlin dès 2000 pour organiser une administration tchétchène pro-russe. Avec sa mort, c'est cette stratégie de «tchétchénisation» qui pourrait être remise en cause.

Complicités

L'assassinat n'a pas été revendiqué et l'on s'interroge en Russie sur les complicités dont ont pu bénéficier les auteurs de l'attentat dans un lieu placé sous si haute surveillance. Dans la ville en ruine qu'est Grozny, le stade Dynamo venait tout juste d'être rénové.

Le chef rebelle et ex-président Aslan Maskhadov a condamné l'attentat, si l'on en croit une déclaration qui lui est attribuée par un site Internet séparatiste. M. Maskhadov estime semble-t-il qu'Akhmad Kadirov a été la victime des services de sécurité russes, désireux «de liquider le gouvernement fantoche».

Le procureur général de Russie méridionale, Sergueï Fridinski, est, lui, convaincu de l'existence de complicités internes. Il a rappelé que les mesures de sécurité étaient telles qu'une «personne extérieure ne pouvait entrer et placer un engin explosif». Et il a annoncé que les enquêteurs allaient s'intéresser aux responsables de la sécurité. Contrairement aux premières informations, personne n'a été interpellé et qu'il n'y a pas de suspects identifiés recherchés, a-t-il ajouté.

Selon l'agence ITAR-Tass, l'engin qui a explosé était sous la dalle de béton de la tribune officielle. Les enquêteurs s'efforcent de retrouver les identités des ouvriers ayant travaillé à la rénovation du stade.

La question est maintenant de savoir ce que va faire le Kremlin. S'il ne décide pas la prise en charge directe de la République, il devra organiser un nouveau scrutin présidentiel dans les quatre mois. Parmi les candidats possibles figure Ramzan Kadirov, le propre fils du président, chef de la garde présidentielle, une milice accusée de commettre des exactions. Selon les agences russes, il a été nommé premier vice-premier ministre hier, tandis que le chef du gouvernement, Sergueï Abramov, assurera l'intérim présidentiel.

Selon plusieurs connaisseurs de la Tchétchénie, Moscou a commis une erreur en confiant le pouvoir à un clan, celui des Kadirov, qui a provoqué la haine de la population contre lui par ses abus. Promouvoir Ramzan reviendrait ainsi à persister dans l'erreur.