Affaire Khashoggi: le Canada impose des sanctions à 17 ressortissants saoudiens

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland

Presque deux mois après l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi par un commando saoudien au consulat du Royaume à Istanbul, le Canada impose ses premières sanctions. Dix-sept personnes soupçonnées d’être responsables ou complices du meurtre sordide sont interdites de territoire et voient leurs avoirs canadiens gelés.

« Nous continuons de demander une enquête transparente et indépendante sur la mort de M. Khashoggi », a déclaré la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland. La ministre se trouve actuellement en Argentine pour la tenue du Sommet du G20, auquel participeront aussi le président turc, Recep Tayyip Erdogan, et le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane (MBS), entre qui les relations sont tendues depuis cette affaire.

En coulisses, si on soutient ne pas avoir attendu d’être en Argentine pour faire l’annonce des sanctions (qui devaient être approuvées par le cabinet et la gouverneure générale), on reconnaît que la coïncidence fait l’affaire du gouvernement canadien. Ces sanctions, pense-t-on, donneront plus d’impact encore aux propos que les responsables canadiens entendent tenir au sujet du cas Khashoggi à Buenos Aires. Au moment où ces lignes étaient écrites, il n’avait pas encore été déterminé si Justin Trudeau et Mme Freeland rencontreraient MBS.

Nous continuons de demander une enquête transparente et indépendante sur la mort de M. Khashoggi

 

Les 17 ressortissants saoudiens visés par le Canada sont exactement les mêmes que ceux contre lesquels les États-Unis ont déjà sévi de la même manière il y a deux semaines. Il s’agit des 15 personnes qui faisaient partie du commando qui s’est rendu à Istanbul pour abattre M. Khashoggi, auxquelles s’ajoutent Mohammad al-Otaibi, le consul saoudien qui était en poste au moment du meurtre, et Saud al-Qahtani, un proche conseiller de MBS congédié depuis. L’interdiction de territoire imposée par le Canada est quelque peu théorique, toutefois, puisque 15 de ces 17 personnes ont été arrêtées et emprisonnées par Riyad dans la foulée de l’assassinat. Il n’a par ailleurs pas été possible de connaître la valeur des avoirs canadiens de tous ces gens.

Jamal Khashoggi, un journaliste d’origine saoudienne basé aux États-Unis, s’était rendu au consulat saoudien d’Istanbul, sur rendez-vous, pour y obtenir des documents nécessaires pour son mariage. Un enregistrement de ce qui lui est arrivé en ce 2 octobre fatidique existe et a été écouté par plusieurs, notamment le chef du Service canadien du renseignement de sécurité.

Parmi les 15 membres du commando visés par les sanctions canadiennes, on retrouve Maher Abdulaziz Mutreb, un proche de MBS qui a été vu dans son entourage lors de voyages à l’étranger. Dans l’enregistrement, on entend M. Mutreb dire, après la mort du journaliste : « Dis-le à ton patron. » Plusieurs analystes soupçonnent que ce « patron » serait MBS lui-même. Un autre membre du commando visé par les sanctions, Salah Mohammad Tubaigny, était le médecin légiste en chef du ministère saoudien de la Sécurité. C’est lui qui aurait découpé le journaliste après sa mort, pour mieux le faire disparaître. On l’entend dans l’enregistrement dire aux autres personnes présentes : « Quand je fais ce travail, j’écoute de la musique. Vous devriez faire de même. »

Depuis que cette affaire a éclaté, le Canada est sous pression pour suspendre sa vente d’armes à l’Arabie saoudite. Le gouvernement libéral a enclenché une révision de tous ses permis d’exportation d’armes et interdit pendant ce temps l’émission de nouveaux permis, mais les permis actuels ne sont pas pour autant suspendus. General Dynamics Land System a conclu un contrat de 15 milliards de dollars avec l’Arabie saoudite pour lui fournir un nombre non divulgué de véhicules blindés légers. Jusqu’à présent, M. Trudeau s’est opposé à l’annulation de ce contrat au motif que cela entraînerait des pénalités de « milliards de dollars ».

Les partis d’opposition ont salué les sanctions, mais ils estiment que plus doit être fait. Le Nouveau Parti démocratique et le Bloc québécois demandent la fin des ventes d’armes au régime. La néodémocrate Hélène Laverdière réclame une enquête indépendante pour découvrir qui a commandé le meurtre. Mais la communauté internationale réussira-t-elle vraiment à obtenir la vérité en la matière ? « Si on n’essaye pas, c’est évident qu’on n’ira pas au bout de la question. » Le conservateur Pierre Paul-Hus estime que M. Trudeau devrait poser la question directement au prince lors d’un tête-à-tête.

Les 17 Saoudiens visés par les sanctions

Parmi les 17 Saoudiens visés, 15 sont des membres du commando s’étant déplacé à Istanbul. Le 16e, Mohammad al-Otaibi, était le consul saoudien en poste au moment du meurtre. Le 17e, Saud al-Qahtani, était un proche conseiller de MBS ; il ne faisait pas partie du commando.

  • Mansour Othman ABAHUSSAIN (né le 10 ou 11 août 1972)
  • Naif Hassan ALARIFI (né le 28 février 1986)
  • Fahad Shabib ALBALAWI (né le 24 janvier 1985)
  • Meshal Saad ALBOSTANI (né le 27 mars 1987)
  • Thaar Ghaleb ALHARBI (né le 1er août 1979)
  • Abdulaziz Mohammed ALHAWSAWI (né le 20 juillet 1987)
  • Mustafa Mohammed ALMADANI (né le 8 décembre 1961)
  • Badr Lafi ALOTAIBI (né le 6 juillet 1973)
  • Khalid Aedh ALOTAIBI (né le 28 juin 1988)
  • Saif Saad ALQAHTANI (né en 1973)
  • Turki Muserref ALSEHRI (né en 1982)
  • Waleed Abdullah ALSEHRI (né le 5 novembre 1980)
  • Mohammed Saad ALZAHRANI (né le 8 mars 1988)
  • Maher Abdulaziz MUTREB (né le 23 mai 1971)
  • Salah Mohammed TUBAIGY (né le 20 août 1971)
  • Mohammad AL-OTAIBI (né le 6 novembre 1964)
  • Saud AL-QAHTANI (né le 7 juillet 1978)