Paris et Londres se rapprochent sous le signe de l'Europe

Paris — La France et la Grande-Bretagne ont marqué hier leur «Entente cordiale» retrouvée en plaidant d'une même voix pour l'adoption d'une Constitution européenne en juin et la «préservation» du lien transatlantique, malgré les déchirures irakiennes.

«Ensemble, la France et le Royaume-Uni contribuent à faire de l'Europe un acteur responsable et respecté de la politique internationale, même si nous ne sommes pas toujours d'accord sur les moyens de parvenir à nos objectifs communs», a déclaré Jean-Pierre Raffarin en recevant à Matignon son homologue britannique Tony Blair.

Dans le cadre du centenaire de l'Entente cordiale (8 avril 1904), Paris et Londres avaient choisi de célébrer ensemble la Journée de l'Europe en conviant 600 jeunes à débattre des grands enjeux européens dans la capitale française.

Hier matin, Jacques Chirac et Tony Blair ont répondu durant une heure trente à l'Élysée aux questions de 400 étudiants britanniques et français. Jean-Pierre Raffarin les a ensuite rejoints pour un déjeuner de travail qui a porté essentiellement sur la Constitution européenne, l'Irak et le conflit israélo-palestinien.

«In France, today Europe day is a British day», a lancé Jean-Pierre Raffarin en anglais. («Aujourd'hui en France, la Journée de l'Europe est une journée britannique»).

Le premier ministre français, comme Jacques Chirac hier matin, ont ainsi appuyé Tony Blair dans sa décision risquée d'organiser un référendum sur la Constitution européenne dans un pays où l'euroscepticisme domine.

«Je n'imagine pas que la Grande-Bretagne puisse durablement donner une priorité à sa vocation de "grand large", elle devra forcément comprendre que l'essentiel de ses intérêts se trouve dans le grand ensemble européen», a dit le président français lors du débat.

«Je suis optimiste. Tony Blair est très convaincant», a dit le président, dans un unisson franco-britannique tranchant avec les tensions récentes.

Tony Blair a expliqué que «le moment est venu d'ouvrir un grand débat en Grande-Bretagne sur l'Europe» et qu'il est temps «que le peuple britannique comprenne qu'il y va de l'intérêt national de la Grande-Bretagne d'être au centre de l'Europe».

Lors d'une interview sur LCI en compagnie de Jean-Pierre Raffarin, Tony Blair s'est montré confiant sur l'issue du référendum.

«Je pense que si nous obtenons un bon système [institutionnel] — je crois que ce sera le cas — les Britanniques décideront au bout du compte que leur avenir est en Europe», a-t-il jugé. «On ne peut envisager la sortie du Royaume-Uni de l'Europe», a renchéri le premier ministre français.

Ce «bon système» au service d'une Europe à 25, Jacques Chirac et Tony Blair souhaitent qu'ils soit adopté lors du Conseil européen des 17 et 18 juin.

«C'est essentiel, parce que si nous n'arrivons pas à un accord, nous risquons d'avoir une Europe paralysée», a dit le président français.

Renforcer le lien transatlantique

Prompt à encourager Tony Blair sur la voie du référendum, Jacques Chirac n'a dit mot sur une telle éventualité en France, alors qu'enfle la polémique sur ce sujet au sein de la majorité à l'approche des élections européennes du 13 juin.

Le numéro deux du gouvernement, Nicolas Sarkozy, et Alain Juppé se sont prononcés hier pour un référendum lors du conseil national de l'UMP. L'Élysée a répliqué que Jacques Chirac trancherait «le moment venu» sur le mode de ratification de la Constitution et Jean-Pierre Raffarin a souligné sur LCI que le chef de l'État était souverain en la matière.

Pour bien marquer qu'une page nouvelle s'ouvrait dans les relations franco-britanniques après les dissensions sur l'Irak, Jacques Chirac et Tony Blair ont prôné «un lien fort» entre l'Europe et les États-Unis.

«Tout ce qui aujourd'hui peut mettre en cause maladroitement le lien transatlantique et sa solidité — qui suppose d'ailleurs le respect mutuel, ce qui n'est pas toujours le cas — est dangereux pour l'avenir à la fois de l'Europe et des États-Unis», a estimé le président français.

«Quelles que soient les divergences au sein de l'Europe ou entre l'Europe et les États-Unis, la chose la plus stupide à faire serait de négliger nos nombreux intérêts communs», a ajouté Tony Blair, soulignant que l'Europe n'était «ni un rival, ni un vassal» des États-Unis.

L'Élysée a fait savoir à l'issue du déjeuner de travail que Français et Anglais entendaient désormais travailler «en bonne coopération», à l'Onu et au niveau bilatéral, pour favoriser le transfert de souveraineté au peuple irakien.