Le Tchad exhorte Khartoum à s'opposer aux raids transfrontaliers

N'Djamena — Les autorités tchadiennes ont accusé hier les milices arabes soutenues par le Soudan d'avoir mené de nouvelles incursions sur leur territoire, menaçant Khartoum de représailles en cas de poursuite de ces opérations.

Plusieurs centaines de miliciens arabes soudanais auraient attaqué un village tchadien mercredi entraînant des combats avec l'armée tchadienne qui ont fait plus de 60 morts, a annoncé hier le ministre tchadien de la Défense Emmanuel Nadingar.

«Le gouvernement soudanais doit respecter l'accord et retenir les janjawid», a dit Emmanuel Nadingar. «Nous considérons cela comme une agression contre notre peuple et cela nous accorde le droit de le protéger ainsi que notre territoire.»

Par ailleurs, Khartoum a annoncé hier le président soudanais Omar el-Bachir avait ordonné à une commission d'enquêter sur la situation des droits de l'Homme dans le Darfour, où l'organisation Human Rights Watch a dénoncé une campagne de «nettoyage ethnique» des milices arabes contre les paysans africains.

L'attaque contre le village tchadien de Djanga, la pire signalée par les autorités tchadiennes, risque de provoquer des tensions entre le Soudan et le Tchad, qui conduit les efforts de médiation pour mettre un terme aux combats qui se déroulent depuis 15 mois dans le Darfour, dans l'ouest soudanais.

Les janjawid montés sur des dromadaires ont tués six civils lors de leur attaque sur Djanga, à 25 km à l'ouest de la frontière soudanaise. Les soldats tchadiens ont ensuite repoussé les miliciens, tuant 60 d'entre eux, selon M. Nadingar. Un soldat tchadien est mort et sept autres ont été blessés, a-t-il ajouté.

Vendredi, le ministère français des Affaires étrangères s'était dit «préoccupé» par les informations faisant état d'une poursuite de l'activité des milices armées au Darfour et au Tchad voisin, malgré l'accord de cessez-le-feu conclu le 8 avril après des négociations à N'Djamena.

Les janjawid sont accusés de perpétrer avec le soutien du régime soudanais des atrocités contre les tribus noires du Darfour, région frontalière du Tchad. Le gouvernement a démenti soutenir les milices arabes.

Au Soudan, l'agence officielle a annoncé hier que le président Omar el-Bachir avait ordonné à une commission d'enquêter sur la situation des droits de l'Homme dans le Darfour.

Vendredi, l'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch avait rendu public un rapport accusant le régime de Khartoum et les milices arabes de mener dans le Darfour une sanglante campagne de «nettoyage ethnique» — ponctuée de bombardements, massacres et viols — qui a déjà fait des milliers de morts et chassé de chez eux plus d'un million de personnes. Khartoum avait démenti ces accusations.