À deux mois de la transition - Quel rôle attend l'ONU en Irak ?

Sunnites et chiites priaient ensemble, hier, à Fallouja.
Photo: Agence Reuters Sunnites et chiites priaient ensemble, hier, à Fallouja.

À huit semaines de la mise en place d'un gouvernement souverain à Bagdad, la détérioration de la situation et les difficultés grandissantes des Américains font peser des menaces sur la transition politique. Certains parmi les plus chauds partisans de ce processus commencent même à douter que le transfert de la souveraineté aux Irakiens, survenant trop tard, puisse ouvrir la voie à une solution.

Conscients du fait qu'ils ne s'en sortiront pas tout seuls, les Américains sont désormais décidés à faire revenir l'ONU en Irak et à lui donner un rôle clé dans la transition. Ils ont accepté le plan de son envoyé spécial Lakhdar Brahimi, proposant notamment la formation d'un gouvernement intérimaire d'ici le 30 juin et la tenue d'élections en janvier 2005. Des discussions sont engagées au Conseil de sécurité de l'ONU pour faire voter une résolution, sans doute à la mi-juin, entérinant la fin de l'occupation et le rétablissement de la souveraineté.

Mais ce qui paraissait relativement simple l'automne dernier, lorsque Paris proposait un calendrier de restitution des pouvoirs, semble aujourd'hui presque hors de portée. Comment par exemple choisir les hommes qui formeront le gouvernement intérimaire? Brahimi a parlé d'experts mais ils devront aussi être reconnus par les différentes communautés. Pour donner une légitimité au nouveau pouvoir, Brahimi propose une réunion interirakienne d'où sortirait une assemblée formée de représentants de la société civile, des clans, des tribus. Mais dans le chaos actuel, cela s'annonce compliqué.

La grande question reste par ailleurs, notamment aux yeux des Français, celle de la volonté des Américains de procéder à une véritable dévolution des pouvoirs. L'autorité de la coalition de Paul Bremer va disparaître mais une gigantesque ambassade américaine va s'ouvrir.

Quels seront les rapports entre le gouvernement intérimaire et les Américains? Ces derniers ne cachent pas qu'ils envisagent une souveraineté limitée dans certains domaines, comme la sécurité.

La seconde question demeure celle de la force multinationale qui va succéder aux forces d'occupation. Elle risque fort de leur ressembler dans la mesure où les Américains veulent toujours la commander. L'idée est dans l'air de constituer une deuxième force, réduite, avec des troupes de pays musulmans dont la mission serait d'accompagner les convois dans le cadre de la reconstruction, ainsi qu'une troisième pour assurer la sécurité du personnel de l'ONU. Mais rien ne dit que cela se concrétisera. Afin que les Américains n'utilisent pas l'ONU pour s'éterniser en Irak, la France demande que le mandat de la force multinationale soit limité dans le temps.