Anniversaire de Diên Biên Phu - Giáp: «une victoire pour les pays colonisés»

Võ Nguyên Giáp
Photo: Agence Reuters Võ Nguyên Giáp

Hanoï — Cinquante ans après avoir vaincu l'armée française à Diên Biên Phu, le général Võ Nguyên Giáp parle un langage de paix en soulignant l'exemplarité universelle à ses yeux du combat du Vietnam pour sa liberté.

«C'était une victoire pour les pays colonisés du monde entier», a déclaré à Reuters ce général d'armée aujourd'hui âgé de 92 ans.

Le vainqueur de Diên Biên Phu, malgré des déboires politiques avec le régime communiste vietnamien, demeure une icône dans son pays.

C'est lui qui mena les troupes viêt-minh à la victoire contre la garnison française du colonel Christian de Castries, promu général

en pleine bataille, prise au piège pendant 56 jours dans la cuvette de Diên Biên Phu, au fond d'une vallée située à 490 kilomètres au nord-ouest de Hanoï. La reddition le 7 mai 1954 des forces du général de Castries, première défaite de l'armée française depuis 1945, infligée de surcroît par un peuple sous tutelle, a sonné le glas de la colonisation française en Indochine.

Pour piéger la garnison française comme dans une nasse, les bo doi de Giáp avaient dû hisser des pièces d'artillerie de 105 mm et des canons de DCA dans une région de jungle très accidentée, un exploit que n'avaient pas prévu les stratèges français.

Selon le général Giáp, les troupes françaises, qui comptaient dans leurs rangs de nombreux soldats issus des colonies (Indochine, Afrique du Nord et Afrique noire), ont eu 16 000 tués, blessés ou prisonniers. Du côté du Viêt-minh communiste, on a dénombré quelque 10 000 morts.

Aujourd'hui, les anciens combattants de Diên Biên Phu ont marqué le 50e anniversaire de la bataille qui braque à nouveau les projecteurs sur le général Giáp, un homme menu à la chevelure argentée.

Ce dernier, après avoir été promu ministre de la Défense du Vietnam indépendant et unifié en 1980, a été écarté deux ans plus tard du Bureau politique du Parti communiste vietnamien, apparemment victime de cabales internes.

Aujourd'hui, il demeure une référence nationale, la plus courue des visiteurs étrangers.

Cet homme d'origine paysanne qui fut un ami proche du «père de l'indépendance», Ho Chí Minh, a également participé 20 ans plus tard à la victoire sur le Sud-Vietnam allié des Américains.

Autodidacte

Giáp est aujourd'hui l'un des derniers survivants de cette époque des combats révolutionnaires et nationalistes. «Personne ne peut se comparer à lui si on s'en tient à une perspective historique», explique Mac McLachlan, numéro deux de l'ambassade de Grande-Bretagne au Vietnam.

Paradoxalement, le vainqueur de Diên Biên Phu n'avait reçu aucune formation militaire, ce qui ne l'a pas empêché de devenir une figure quasi légendaire aux yeux des révolutionnaires du monde entier grâce à son expérience et à ses écrits sur la pratique de la guérilla. À tel point que le président cubain Fidel Castro a tenu à venir le saluer lors de sa visite en 2003 au Vietnam.

Pendant l'entretien accordé à Reuters dans la spacieuse villa mise à sa disposition par le gouvernement, le général Giáp s'est exprimé d'une voix forte, émaillant ses longues réponses de souvenirs sur Diên Biên Phu, ses conversations avec l'«oncle Ho», de références historiques sur le combat anticolonialiste et ses opinions sur la jeunesse de son pays.

Interrogé sur l'actuelle stratégie militaire américaine en Irak, il répond indirectement en racontant sa visite l'an dernier au siège européen des Nations unies à Genève, où il avait été prié de signer un livre d'or. «J'ai signé Võ Nguyên Giáp, général de la paix», dit-il fièrement.

«Rien n'est plus précieux que la liberté», affirme-t-il en évoquant les défis que le Vietnam doit relever aujourd'hui face à la pauvreté et à l'évolution des technologies.

Giáp, qui passe son temps libre à dévorer les nouvelles et à lire des livres, invite ses 81 millions de compatriotes, dont plus de la moitié sont nés après la fin de la «guerre américaine» en 1975, à ne pas céder à la facilité.

«Nous devons redoubler d'efforts pour parvenir à de grands succès. D'autres victoires à la Diên Biên Phu sont nécessaires», lance le vieux stratège à l'adresse des jeunes générations.