Violences intercommunautaires - Des milliers de personnes déplacées au Nigeria

Les veuves de Yelwa.
Photo: Agence Reuters Les veuves de Yelwa.

Lafia — Plusieurs milliers de musulmans de Yelwa ont fui hier cette ville de l'État du Plateau, dans le centre du Nigeria, où plusieurs centaines de personnes ont été massacrées dimanche par une milice chrétienne.

Sales, épuisés et redoutant d'au-tres raids, beaucoup ont réclamé l'aide de la police pour gagner les États voisins de Bauchi et Nassarawa, a indiqué Umar Mairiga, membre d'une mission de la Croix-Rouge arrivée jeudi dans la région. «Ils ont recours à des escortes policières pour les mener hors de la zone parce que des activistes chrétiens

ont établi des barrages sur les routes», a-t-il expliqué.

Un conflit au sujet de la répartition des terres entre les Taroks, des agriculteurs chrétiens, et les Foulanis (ou Haoussas), des éleveurs musulmans, donne lieu à de fréquents affrontements. Entretenue par les différences religieuses, l'animosité entre les deux communautés trouve également son origine dans le sentiment, répandu parmi les populations chrétiennes, selon lequel les musulmans sont des étrangers dans l'État du Plateau.

Selon des rescapés du massacre de Yelwa, 630 victimes ont été enterrées dans plusieurs fosses communes de la ville. Ce bilan n'a pu être confirmé de source indépendante, mais un officier de police a évoqué plusieurs centaines de morts. Remi Oyo, porte-parole du chef de l'État, a jugé exagéré le chiffre de 630 victimes sans toutefois avancer d'évaluation. Le gouvernement évite en général de confirmer les bilans des heurts interconfessionnels de peur d'attiser le désir de vengeance.

Avant dimanche, le conflit pour le contrôle des terres fertiles du Plateau, qui dure depuis trois mois, avait coûté la vie à 350 personnes au moins, selon l'armée et la Croix-Rouge. Depuis l'an 2000 et l'instauration de la loi coranique dans 12 États du nord du Nigeria, les violences religieuses et politiques ont fait plus de 5000 morts. Yelwa avait déjà payé un lourd tribut, en février. Une centaine de chrétiens y avaient été tués par une milice musulmane.

«Il s'agit d'un massacre organisé, a affirmé Justice Abdulkadir Orire, secrétaire général de la Jama'atu Nasril Islam, qui représente les 60 millions de musulmans nigérians. Les auteurs [...] sont des policiers ou des militaires à la retraite. C'est la raison pour laquelle nous voulons qu'une enquête judiciaire plonge jusqu'aux racines du génocide.»

Armés de fusils d'assaut et de machettes, les miliciens ont fouillé maison par maison, abattant indistinctement hommes, femmes et enfants, ont raconté des survivants. Des signes de mutilations ou d'agressions sexuelles étaient visibles sur certains cadavres, a ajouté un correspondant de Reuters sur place.

Umar Mairiga, qui faisait partie de la première mission humanitaire arrivée sur les lieux, a quant à lui fait état de très nombreux blessés par balles.