Washington rétablit toutes les sanctions contre l’Iran

«Les sanctions vont faire mal», prédit un diplomate européen, alors que l’Iran, son économie et notamment le rial, sa monnaie, souffrent déjà depuis plusieurs mois.
Photo: Atta Lemare Agence France-Presse «Les sanctions vont faire mal», prédit un diplomate européen, alors que l’Iran, son économie et notamment le rial, sa monnaie, souffrent déjà depuis plusieurs mois.

Six mois après avoir claqué la porte de l’accord sur le nucléaire iranien, les États-Unis ont confirmé vendredi qu’ils rétabliraient lundi leurs sanctions les plus importantes contre Téhéran, visant le pétrole et les banques, mais les doutes persistent sur cette campagne controversée de « pression maximale ».

« Le président Donald Trump réimpose les sanctions les plus dures jamais adoptées » pour faire plier l’Iran, a annoncé la Maison-Blanche.

L’Union européenne (UE), la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, signataires de l’accord de 2015 censé empêcher les autorités iraniennes de se doter de la bombe atomique, ont aussitôt regretté « vivement » cette décision.

L’été dernier avait vu le retour d’un premier train des mesures levées en 2015. Le second volet entrera en vigueur lundi. Il s’agit de sanctionner, en leur barrant l’accès au marché américain, tous les pays ou entreprises qui continueront d’acheter du pétrole iranien ou d’échanger avec les banques de la République islamique.

« L’objectif est de priver le régime des revenus qu’il utilise pour semer la mort et la destruction à travers le monde », a déclaré le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo. Huit pays seront toutefois autorisés à continuer d’acheter du pétrole iranien pendant au moins six mois supplémentaires, « car ils ont fait preuve d’efforts importants pour ramener leurs importations de brut vers zéro », a-t-il annoncé.

La liste de ces pays sera connue lundi. À ce stade, on sait que l’Union européenne dans son ensemble n’en fait pas partie, mais qu’elle inclut la Turquie. Les observateurs s’attendent à ce que des dérogations soient également octroyées à la Corée du Sud, à l’Inde, au Japon et peut-être à la Chine.

Stratégie nord-coréenne

Le gouvernement Trump assure que la mise en oeuvre des sanctions sera beaucoup plus « agressive » que par le passé, avec moins de dérogations et plus de contrôles. Le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, a ainsi affirmé que 700 noms seraient ajoutés à la liste noire américaine, soit 300 de plus que ceux qui en avaient été retirés après 2015.

Il a aussi dit que les États-Unis souhaitaient couper les établissements financiers iraniens frappés par des sanctions du circuit bancaire international Swift, un maillon essentiel du système financier. « Swift doit faire un choix : se soumettre à la menace de sanctions américaines ou continuer à faciliter des transactions avec des banques sur liste noire », se réjouit Behnam Ben Taleblu, de l’organisation Foundation for Defense of Democracies, qui milite pour une ligne dure.

« Les sanctions vont faire mal », prédit un diplomate européen, alors que l’Iran, son économie et notamment le rial, sa monnaie, souffrent déjà depuis plusieurs mois. Selon lui, « c’est le même plan de bataille qu’avec Kim Jong-un et la Corée du Nord : sanctions, pression maximale, et ensuite ils sont prêts à négocier ».

Le gouvernement Trump ne cache pas s’inspirer de cette stratégie, qu’il juge couronnée de succès, l’homme fort de Pyongyang s’étant engagé en faveur d’une « dénucléarisation » lors d’un sommet historique avec le président américain après un net durcissement des sanctions internationales.

Le président américain répète qu’il est prêt à rencontrer les dirigeants de la République islamique pour négocier un accord global sur la base de douze conditions : des restrictions beaucoup plus fermes et durables sur le nucléaire que le texte de 2015, jugé laxiste par Washington, mais également la fin de la prolifération de missiles et des activités jugées « déstabilisatrices » de Téhéran au Moyen-Orient.

«Les sanctions viennent»: Trump avertit l’Iran, façon «Game of Thrones»

« Les sanctions viennent » : Donald Trump a détourné vendredi la phrase emblématique de la célèbre série célèbre Game of Thrones pour saluer le prochain rétablissement des sanctions contre Téhéran qui avaient été levées dans le cadre de l’accord sur le nucléaire de 2015, dont Washington s’est depuis retiré.

Sur son compte Twitter, le président américain a posté — sans autre commentaire — une affiche le montrant en train de marcher, costume bleu nuit et cravate rouge, la tête dirigée sur le côté, avec la mention « Les sanctions viennent » (« Sanctions are coming » en anglais) en référence à « Winter is coming », titre du premier épisode de la série à succès.   L’affiche précise que ces sanctions arriveront le 5 novembre.

Autre référence à la série, les « O » sont barrés de trois bandes verticales.

Plus tôt dans la journée, les États-Unis ont formellement confirmé qu’ils rétabliraient lundi 5 novembre toutes les sanctions levées dans le cadre de l’accord signé entre l’Iran et les grandes puissances pour empêcher la République islamique de se doter de la bombe atomique.

Un premier train de mesures punitives avait déjà été réimposé en août.

Game of Thrones, produite par HBO et qui s’achèvera l’année prochaine après la huitième saison, est la série de fiction la plus couronnée dans l’histoire des Emmy Awards, les récompenses de la télévision américaine. Elle a connu un énorme succès dans le monde entier, et inspiré de nombreux admirateurs.

Mi-octobre, le président indonésien Joko Widodo s’était ainsi référé à Westeros, le nom de l’univers impitoyable dans lequel se déroule Le Trône de fer, en commentant une conjoncture mondiale assombrie par des tensions commerciales.