Une image vaut mille mots

Renaud Philippe Collaboration spéciale
Dessin de Mohammad Rahim, 10 ans. Souvenir du Myanmar et de la fuite vers le Bangladesh.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Dessin de Mohammad Rahim, 10 ans. Souvenir du Myanmar et de la fuite vers le Bangladesh.

Ce texte fait partie du cahier spécial Solidarité internationale

L’importance de la solidarité internationale — et l’impact d’un manque de solidarité —, le photojournaliste Renaud Philippe en a été témoin à plusieurs reprises. Revenant tout juste d’un deuxième séjour au Bangladesh, il partage avec «Le Devoir» l’histoire de sa rencontre avec un jeune réfugié rohingya de 10 ans, rencontré dans un « Child Safe Space », un lieu de répit pour contrer le grave manque d’accès à l’éducation des Rohingyas, mis en place par l’ONG SOS Children’s Village. Depuis 2012, en Birmanie, il leur était interdit d’étudier après les classes élémentaires. Maintenant en terre d’accueil, l’éducation n’est pas une possibilité.

Quelques coups de crayon et quelques éclats de rouge. Tout le monde essaie de mettre des mots ou des images, journalistes, politiques, photographes, humanitaires ; et toute l’absurdité s’exprime dans le silence d’un enfant de 10 ans. Juste quelques coups de crayon et quelques éclats de rouge.

Mohammad Rahim, 10 ans, Rohingya réfugié au Bangladesh. Un rare lieu de répit au sein des mégapoles de réfugiés que sont les camps de Kutupalong et Balukhali, dans un « Child Safe Space » implanté par l’ONG SOS Children’s Village. Une feuille blanche et un crayon, un dessin qui ne finit plus de se construire, où chaque coup de crayon recrache un souvenir, vécu ou collectivement partagé. Son père mort sous ses yeux, tombé sous les balles des militaires myanmarais. Les femmes du village, enfermées et violées durant des heures. Sa maison qui brûle, comme son village, comme les corps d’enfants sur la route de l’exil. Une rivière qui prend la forme d’un monstre aux dents acérées. Et de l’autre côté de la rive le Bangladesh, terre d’accueil. Là où il n’y a plus d’espace pour dessiner l’avenir.

Photo: Renaud Philippe Le Devoir Le camp Balukhali, dans lequel vit Mohammad.

Et tout redevient normal, du moins en apparence. Le camp ressemble à un gigantesque bidonville, le quotidien retrouve son rythme, celui des distributions alimentaires, les médias désertent, il n’y a plus de nouvelles. Sauf que dans cette longue errance dont personne n’est en mesure de prédire la fin, le comment et le quand, des générations d’enfants porteront les stigmates de l’indifférence de l’humanité.