L’éducation pour combattre le travail des enfants

Jean-François Venne Collaboration spéciale
De jeunes Afghans travaillent à tisser des tapis destinés à l’exportation.
Photo: Aref Karimi Agence France-Presse De jeunes Afghans travaillent à tisser des tapis destinés à l’exportation.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Depuis l’an 2000, l’Aide internationale pour l’enfance (AIPE) lutte contre le travail des enfants et leur exploitation. L’organisme mène plusieurs projets en Inde, en Thaïlande et en Haïti. « Le manque d’accès à l’éducation et la pauvreté, généralement liés, sont les plus grandes causes de l’exploitation des enfants dans le monde, rappelle Éloïse Savoie, directrice générale de l’AIPE. L’éducation constitue le meilleur moyen de contrer cette exploitation. »

De trop nombreux enfants doivent souvent prendre le chemin des champs ou de l’usine, plutôt que celui de l’école, parce que leurs parents sont trop pauvres pour se passer de leur salaire. L’AIPE cherche à briser ce cercle vicieux en soutenant financièrement les familles, afin que les enfants reçoivent une éducation. Ils organisent aussi des écoles dans certains bidonvilles, afin d’accueillir les enfants qui traînent dans les rues et de les aider à récupérer le retard d’apprentissage qu’ils ont accumulé. « Les projets s’adaptent toujours aux besoins des communautés locales », souligne Mme Savoie.

Elle constate que les enfants des individus qui ont été aidés lorsqu’ils étaient jeunes courent moins de risques de se voir privés d’accès à l’éducation. On peut donc bel et bien briser le cercle vicieux.

Toutefois, ces enjeux demeurent méconnus au Québec et de nombreux clichés persistent. Par exemple, l’image d’enfants travaillant dans des usines de textiles s’impose en premier à l’esprit des gens lorsqu’ils pensent au travail des enfants. Or, sept enfants sur dix travaillent dans l’agriculture, les pêches ou l’élevage. Du labeur dangereux et pénible, effectué dans des conditions généralement misérables. Les enfants manient des outils dangereux comme des machettes et des produits chimiques, sans protection. Mal nourris, ils se retrouvent souvent déshydratés après de longues heures passées à travailler sous un soleil de plomb, dans des postures difficiles.

Mobiliser les Québécois

Toute cette souffrance pour produire café, thé, cacao et autres produits que nous consommons. « Nous ne voulons pas payer plus et les grandes multinationales ne souhaitent pas faire moins de profits, donc au bout du compte les travailleurs écopent, surtout les enfants, qui ne coûtent presque rien à employer », indique Mme Savoie.

Loin de jouer la carte de la culpabilisation, elle veut surtout éduquer, sensibiliser et mobiliser les Québécois sur ces enjeux. « Il faut que les Québécois comprennent pourquoi ces enfants travaillent et le rôle qu’ils peuvent jouer, au Québec, pour contrer ce fléau », avance-t-elle.

Photo: Aref Karimi Agence France-Presse

Les Québécois peuvent agir en tant que consommateurs, notamment en s’assurant de choisir des produits équitables, locaux, et d’éviter la surconsommation. Ils peuvent aussi se faire entendre en tant que citoyens, en faisant pression sur leurs gouvernements et sur les commerçants, en signant des pétitions, en relayant les informations sur ce sujet sur les médias sociaux, en s’engageant dans des projets visant l’accès à l’éducation ou la lutte contre l’exploitation des enfants, etc.

L’AIPE mène chaque année de nombreux projets dans les écoles, comme des ateliers ou conférences au primaire et au secondaire. Elle forme des comités de jeunes dans certaines écoles secondaires, dont l’objectif est de proposer des activités de sensibilisation aux droits des enfants dans le monde. Elle organise aussi auprès des adultes des tables rondes, des projections de documentaires, des expositions photographiques et autres rassemblements. « Le but n’est pas seulement d’informer, mais de mobiliser les gens, soutient Mme Savoie. En général, nous constatons qu’ils sont très ouverts et interpellés par ce sujet, toutefois, il est un peu plus difficile de les mettre en action. »

Pourtant, souligne-t-elle, les actions ont des effets concrets. Dans dix villages où l’AIPE mène des projets, les mariages précoces, auparavant très courants, ont pratiquement disparu et l’éducation des enfants est devenue la norme. « Le changement est possible, mais c’est toujours un objectif à long terme », conclut la directrice générale.