Bush défend Rumsfeld

Le président Bush a confirmé avoir sermonné hier Donald Rumsfeld, qui aurait dû le prévenir plus tôt du scandale. «Je lui ai dit que j’aurais dû être informé des images et du rapport» sur les sévices. Ce rapport a été établi en mars par
Photo: Agence Reuters Le président Bush a confirmé avoir sermonné hier Donald Rumsfeld, qui aurait dû le prévenir plus tôt du scandale. «Je lui ai dit que j’aurais dû être informé des images et du rapport» sur les sévices. Ce rapport a été établi en mars par

Washington — Le président américain, George W. Bush, a présenté hier pour la première fois des excuses pour les sévices infligés par des soldats américains à des prisonniers irakiens, réaffirmant sa confiance en Donald Rumsfeld dont la démission est réclamée par des démocrates.

Profitant d'une conférence de presse commune avec le roi de Jordanie Abdallah II à la Maison-Blanche, M. Bush a déclaré: «Je lui ai dit que j'étais désolé des humiliations subies par les prisonniers irakiens, par les humiliations subies par leurs familles. Je lui ai dit que j'étais aussi désolé que les gens qui ont vu ces images ne comprennent pas la véritable nature du coeur des Américains.»

En réponse à une question, il a estimé que ces actes sont «une tache sur l'honneur et la réputation de notre pays. Je le comprends et c'est pourquoi il est important que justice soit rendue». «Ce que j'ai vu me rend malade», a-t-il affirmé, en répétant que ces sévices sont «répugnants».

Le président a confirmé avoir sermonné hier Donald Rumsfeld, qui aurait dû le prévenir plus tôt du scandale. «Je lui ai dit que j'aurais dû être informé des images et du rapport» sur les sévices. Ce rapport a été établi en mars par un général américain; il détaille les actes commis par des soldats américains à la prison d'Abou Ghraib, près de Bagdad.

George W. Bush a toutefois indiqué que M. Rumsfeld, dont la démission est réclamée par plusieurs parlementaires démocrates, resterait au gouvernement. «Le secrétaire Rumsfeld est un très bon secrétaire à la Défense. Il a rendu de grands services à notre pays. Il a été secrétaire pendant deux guerres, il est un membre important de mon gouvernement et il restera dans mon gouvernement», a assuré M. Bush.

Le président américain ne s'était jusqu'à présent pas excusé pour les sévices. Les images des exactions, dont de nouvelles ont été diffusées hier par le quotidien The Washington Post, soulèvent une vive indignation aux États-Unis et dans le monde entier.

Les nouvelles photos publiées par le Washington Post montrent une soldate, en pantalon de treillis et en t-shirt, tenant en laisse un Irakien allongé nu sur le sol. Une autre image montre un groupe de trois ou quatre prisonniers nus attachés ensemble sur le sol. Une troisième montre un prisonnier nu, la tête couverte d'un slip féminin, attaché à un lit métallique.

Outre l'ire du président, Donald Rumsfeld a aussi provoqué depuis le début de la semaine la colère de parlementaires démocrates comme républicains qui lui reprochent de ne leur avoir rien dit du scandale, en dépit d'une enquête lancée en janvier. Les commissions des Forces armées du Sénat et de la Chambre des représentants l'auditionneront demain avec le chef d'état-major interarmées, le général Richard Myers.

«Il devrait démissionner», a déclaré Nancy Pelosi, dirigeant la minorité démocrate de la Chambre des représentants, en accusant Donald Rumsfeld d'avoir «sciemment dissimulé des informations au Congrès» sur l'affaire. Le secrétaire à la Défense «doit démissionner et, s'il refuse, le président Bush devra le limoger», a renchéri le représentant James McGovern.

«Je pense que les conditions ayant conduit à ces exactions ont été créées au sommet de la hiérarchie lorsque notre secrétaire à la Défense a annoncé, au début de la guerre contre le terrorisme, que la convention de Genève ne s'appliquerait pas à nombre de nos actions, spécialement pour celles concernant les prisonniers», a précisé M. McGovern, s'indignant par ailleurs que les militaires américains «aient refusé l'accès à l'ensemble des prisons à des observateurs indépendants».

Hier après-midi, la Chambre américaine des représentants, à majorité républicaine, a voté à une écrasante majorité une résolution condamnant les sévices infligés aux prisonniers irakiens et réclamant que justice soit faite à l'encontre des coupables.

Ce texte symbolique, adopté par 365 voix contre 50, demande au département de la Défense de sanctionner rapidement tout membre des forces armées américaines qui serait reconnu coupable d'avoir participé à l'humiliation de détenus irakiens.

La résolution «déplore et condamne les abus sur des personnes détenues par les États-Unis en Irak quelles que soient les circonstances de leur détention» et demande au secrétaire de l'armée de terre de lancer une «enquête complète et approfondie sur toutes les allégations de mauvais traitement et de sévices contre des détenus irakiens».

Le Sénat devrait prochainement voter une résolution allant dans le même sens.

Les sociétés privées américaines ayant obtenu des contrats en Irak sont sur la sellette, l'une d'elles étant accusée d'employer des individus impliqués dans les sévices infligés par les Américains à des détenus irakiens dans la prison d'Abou Ghraib.

Le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, a indiqué mardi qu'un employé d'une société privée travaillant pour la CIA faisait l'objet d'une enquête judiciaire après la mort d'un détenu survenue dans cette prison le 3 novembre.

Un rapport écrit par un officier américain, le général Antonio Taguba, sur les sévices infligés dans la prison d'Abou Ghraib (banlieue de Bagdad) nomme deux employés de la société CACI International, qui seraient directement impliqués dans ce scandale indignant l'opinion mondiale. Ces deux employés, un interrogateur et un interprète, auraient laissé se commettre, voire ordonné, des actes d'humiliation.

La société américaine CACI International qui travaille à Abou Ghraib a exprimé mercredi son «dégoût» après la diffusion des images montrant ces sévices. Mais «je dois dire que nous n'avons pas reçu d'information pour mettre un terme à notre mission, pour suspendre un de nos employés [...]», a indiqué son responsable, Jack London, dans un communiqué diffusé hier.

Mercredi, le sénateur démocrate Ted Kennedy avait réclamé devant la commission des forces armées au Sénat une enquête «complète, pas seulement dans cette prison et pas seulement sur les militaires américains, mais portant aussi sur les employés de sociétés privées et s'interrogeant sur les raisons de leur présence en Irak».

Le ministère britannique de la Défense a déclaré hier que ses responsables interrogent actuellement un soldat qui a affirmé que des soldats britanniques ont maltraité des prisonniers irakiens.

Le ministère a confirmé des informations de la BBC selon lesquelles un soldat qui a servi en Irak s'était présenté à la police militaire royale, déclarant que des prisonniers avaient été maltraités par le Queen's Lancashire Regiment.

Piers Morgan, le rédacteur en chef du Daily Mirror, a déclaré à la BBC que le soldat, interrogé par le ministère, pourrait donner «une preuve potentielle» à la police militaire. «Il donnera également les noms des gens responsables, dont des caporaux et des sergents et certains officiers de haut rang qui, selon lui, sont coupables d'avoir permis tacitement que cela arrive», a déclaré M. Morgan.